mercredi 27 juillet 2016

Les égorgeurs et les fines bouches..Emmanuel Dubois de Prisque....


Les dénégateurs de la barbarie sont toujours de sortie.....


La barbarie varie ses effets et frappe aujourd’hui le cœur battant de notre civilisation, celui qui réunit un prêtre hors d’âge, trois bonnes sœurs et deux paroissiens, pour célébrer un matin d’été comme un autre le culte du Dieu vivant. Deux fiers combattants de l’Etat islamique se sont enregistrés pendant qu’ils égorgeaient un vieillard en train de célébrer la messe, et un autre en train d’y assister. 
Il y a des gens quelque part dans le monde pour se réjouir de ça. Des gens éduqués en France, qui parlent notre langue, partagent des bribes de culture avec nous. 
Des gens qui fêtent ce genre de chose. Des gens qui se pensent furieusement du bon côté, des gens qui ricanent à l’unisson du sadisme de leurs frères d’arme. Des gens qui ne demandent qu’à recommencer, qui recommenceront demain, aujourd’hui s’ils le peuvent.
Mais il paraît que ces gens-là ne méritent pas notre haine. Qu’il faudrait vaquer. Continuer d’un air dégagé à tapoter sur nos portables, siffloter dans la rue et lutter contre les violences policières. Célébrer l’Euro de footballle Tour de France et la diversité culturelle. Bref, que le mieux ce serait de faire comme si de rien n’était. Business as usual, circulez braves gens, il n’y a rien à voir, rien à dire, rien à haïr ! Parce que ce serait attiser les braises, et faire le jeu de, et aussi un cadeau aux terroristes, et patati et patata. 
Et puis peut-être aussi parce qu’on s’en fout un peu. On n’a guère l’âme guerrière : la guerre, la police, c’est des saletés tout ça, des trucs de bourrin, de bas du front qui veulent en découdre, nous on est au-dessus de ces trivialités, pas question de salir les jolies mains qu’on n’a pas, et en plus on sait qui sont les méchants.
Les méchants on n’en démordra pas, ce sont les petits blancs, les beaufs racistes qui discriminent. On veut des ennemis sur mesure. Des ennemis inoffensifs et bien de chez nous qu’on peut mépriser en toute tranquillité. A l’extrême rigueur, on dénoncera les extrêmes qui s’alimentent l’un l’autre. 
Nous, on chantera des chansons, on respectera des minutes de silence mais on restera dans le juste milieu, on « refusera l’emballement »comme dit tranquillement après cette horreur l’équanime Cécile Duflot sur Twitter.


On sera du côté de la raison raisonnable qui refuse de pencher d’un côté ou de l’autre. Qui est équitablement indifférente. Ah le beau rôle qu’on se donne là ! Les beaux atours de la lâcheté contemporaine ! Tous les extrêmes, contre lesquels on lutte, c’est tout le monde et personne et surtout pas de noms propres! Ce sont les mêmes qui cherchaient des raisons de s’indigner avec Stéphane Hessel qui aujourd’hui font la fine bouche et restent froids. 

On égorge un prêtre et un paroissien octogénaires dans une église en pleine messe, mais il ne faut pas s’emballer ?
Cependant, tout bien élevé qu’on est, on a ces dernières années couvert d’injures ceux qui sentaient venir ces horreurs, on les a traités d’islamophobes, de racistes, d’ennemis de la République, du genre humain, on a même vu en eux la nouvelle menace qui pointait, et maintenant qu’on ne peut que se rendre compte qu’on s’est planté dans les grandes largueurs, on se pose en gardien des bonnes manières. On prétend raison garder. On se donne le beau rôle du pondéré, de celui qui en pleine tempête garde la tête froide. 
Après avoir alimenté la violence victimaire de l’islamisme en dénonçant fiévreusement des dangers imaginaires, ventre fécond, bête immonde et peste brune, on prétend s’opposer à la« volonté de guerre des religions », comme vient de le faire Jean-Luc Mélenchon sur Facebook. 
Faut-il avoir perdu toute décence, tout bon sens, pour dénoncer tout uniment « la volonté de guerre » de l’islam et celle du christianisme dans les circonstances actuelles, quelques heures après ce drame atroce? Il y a des corrections fraternelles qui se perdent.

Afin de constater à quel point une nouvelle guerre des religions nous guette, on pourra d’abord lire Le Parisien, selon lequel la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray était devenu un foyer de radicalisation islamiste1. Et en poursuivant sa lecture par une dépêche AFP reprise par Le Point on apprendra que le terrain de cette même mosquée avait été généreusement offert par la paroisse catholique de la ville. 
Loin de moi l’idée de jeter la pierre aux victimes de ces actes atroces, mais force est de constater que pendant qu’au Moyen-Orient les chrétiens sont massivement persécutés et les églises détruites, ici, la douce et généreuse Eglise de France offre dans sa tendre naïveté et bien malgré elle sans doute, les moyens aux futurs égorgeurs de religieux d’acquérir les bases de leur idéologie mortifère. 
Le Christ, nous autres catholiques, nous a certes envoyé comme des agneaux au milieu des loups, mais nous a dans un même mouvement conseillé la prudence des serpents…
Faut-il mettre un bracelet électronique au diable ? Proposer un programme de « déradicalisation » à un barbare ? « Enfermer tous les suspects »? Face au diable, rendez-nous les prêtres exorcistes. Face aux barbares, rendez-nous Churchill et De Gaulle. Face aux suspects, préservons l’état de droit mais donnons–nous aussi les moyens d’une pleine et radicale lucidité. Apprenons à connaître vraiment notre ennemi et combattons-le jusqu’à ce qu’il soit hors d’état de nuire à la France et aux Français, pour l’amour qu’on lui doit malgré tout, on verra plus tard. 
En attendant, les tristes apôtres de la tête froide, ceux qui ont toujours eu tout faux, ne nous priveront pas de nos émotions. Et s’il est bien sûr bien difficile de ne pas se laisser aller à haïr les barbares, il est presque aussi difficile de ne pas céder à la colère contre tous les dénégateurs de la barbarie. Et on se demande d’ailleurs pourquoi, sinon par respect des enseignements d’une Eglise qu’ils méprisent tant, il faudrait n’y pas céder.
Colère à l’encontre de tous ceux, ils sont nombreux, qui ont traité d’islamophobes ceux qui voyaient monter ce qui arrive aujourd’hui, qui leur ont collé au visage la plus infamante des étiquettes, celle du raciste, tout en nous chantant l’égale nocivité ou l’égale bénignité, c’est égal, de toutes les religions. De tous ceux qui font semblant de croire que le problème aujourd’hui c’est la violence policière. La violence policière ? Voici donc le temps des héros à deux balles qui dégoulinent de trouille respectueuse devant la racaille, mais brandissent comme des médailles les deux baffes qu’ils se sont mangées par des policiers à bout de nerfs chargés de leur sécurité. 
On ne peut que se demander encore une fois ce qui est advenu du sens commun en notre douce France, lorsque la doxa s’indigne de deux baffes malheureuses et de trois charges un peu rudes de la police, de cette même police que des dingues lynchent et tuent, alors que des dizaines, peut-être des centaines d’autres dingues sont en liberté et cherchent à organiser des meurtres de masse. Il est difficile vraiment de ne pas se laisser submerger par la colère à l’encontre de ceux qui refusaient, qui refusent, de voir ce qui nous tombe dessus, qui incitent à haïr ceux qui nous protègent et à excuser ceux qui nous persécutent. 
Qui relativisent la barbarie islamiste comme d’autres en leur temps ont tout fait pour s’accommoder de la barbarie nazie plutôt que de risquer une nouvelle guerre, et qui ont eu, on le sait, et la guerre et le déshonneur.
  1. La question de savoir si c’est la mosquée du coin, Internet ou quelque autre jolie facette de la modernité française qui est responsable de la « radicalisation » et surtout du passage à l’acte de ces combattants de l’EI pourra paraître oiseuse, mais tandis que la machine à déni s’est mise en place (« Adel Kermiche n’a jamais fréquenté notre mosquée » répètent fidèles et responsables religieux locaux, « agacés » les pauvres qu’on puisse oser leur demander des comptes après cette horreur), RTL nous apprend que ce brave garçon il y a deux mois parlait à ses coreligionnaires « à la sortie de la mosquée »« de se faire une église »

  2. Personne parmi tous ces braves gens n’a semble-t-il daigné le prendre au sérieux. On leur accordera notre pardon, quand ils nous le demanderont. 

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