mercredi 6 juillet 2016

Le Hezbollah paie cher le pari de l’Iran à Alep ©


Les pertes du Hezbollah montent en flèche à Alep. 

L’absence de volonté de la Russie de fournir une couverture aérienne est accusée d’être responsable du pic récent dans le nombre de pertes de la milice libanaise. 

Le Secrétaire-Général du Hezbollah, Hassan Nasrallah a récemment abordé les dernières batailles au Sud-Ouest d’Alep, où le Hezbollah aurait,dit-on, subi ses pires pertes depuis son entrée dans le conflit en Syrie. Nasrallah a reconnu, au cours d’un discours diffusé en direct par la chaîne du groupe terroriste Al-Manar TV, le 24 juin, qu’au moins 26 combattants du Hezbollah avaient été tués depuis le début juin [s’il admet ce chiffre, ses pertes sont probablement plus élevées].
Cet aveu assez rare d’un score élevé de tués du Hezbollah semble être une tentative de minimiser la récente vague de victimes subies dans les combats près de la plus grande ville de Syrie. Ce décompte a été confirmé par l’Observatoire Syrien des Droits de l’homme, qui a  rapporté que“25 combattants du Hezbollah ont été tué au Sud-Ouest d’Alep, ce qui représente le nombre de tués le plus élevé pour les combattants du Hezbollah en une seule bataille depuis 2013″. Nasrallah a, ensuite, expliqué que ces pertes élevées survenaient à la suite de l’arrivée de milliers de combattants de l’opposition dans le secteur depuis la frontière turque, dont le but est de s’emparer d’Alep et de son arrière-pays environnant. Cependant, plusieurs experts affirment que les pertes en augmentation du Hezbollah sont essentiellement dues au manque de couverture aérienne russe dans cette bataille. 
L’annonce unilatérale d’un cessez-le-feu de deux jours à Alep, de la part de la Russie, était, en réalité, un des facteurs qui a contribué aux pertes lourdes du Hezbollah. Le Ministère russe de la Défense a déclaré que le but de ce cessez-le-feu, qui a commencé le 16 juin était de diminuer le niveau de violence et de stabiliser la situation à Alep. Cependant, on a, plus tard, affirmé que la Russie a annoncé le cessez-le-feu à Alep sans consulter ni Damas ni Téhéran et que les Russes avaient délibérément privé les forces pro-Assad d’Alep de toute couverture aérienne, à cause d’agendas conflictuels parmi les alliés. Mustafa al-Ahmed, un djihadiste rebelle combattant pour le Jaysh al Fatah à Alep, pense que l’absence de frappes aériennes russes est la principale raison des grosses pertes du Hezbollah. « Bien que l’usage intensif d’obus de mortiers et de voitures-piégées aient contribué à un taux élevé de tués parmi les combattants du Hezbollah, la raison principale reste l’absence de couverture aérienne pour les milices chiites soutenues par l’Iran, explique Ahmed. De façon identique, les partisans du Hezbollah mentionne t-on accusent la Russie d’être responsable de l’augmentation brutale du nombre de pertes et ils critiquent publiquement Moscou de ne pas utiliser ses forces aériennes pour protéger les combattants chiites du Hezbollah. 
L’épuisement parmi les combattants du Hezbollah, qui sont dispersés sur plusieurs fronts en Syrie, peut aussi contribuer au pic récent dans le nombre de tués. Ali al-Saadi, un commandant de terrain au sein de la milice chiite irakienne Harakat al-Nujaba,, qui est actif en Syrie et en Irak,  a déclaré Al-Quds al-Araby que le Hezbollah a requis des renforts urgents de la part des milices de Mobilisation Populaire afin d’appuyer ses combattants dans Alep. 
Saadi lie cette demande à l’incapacité grandissante du Hezbollah à combattre efficacement, alors que ses combattants sont actifs sur des opérations démultipliées à travers toute la Syrie. Il a ajouté que le gouvernement russe avait informé ses homologues syriens que les frappes aériennes en soutien au Hezbollah près d’Alep ne seraient pas utiles, à moins qu’il y ait assez de soldats sur le terrain afin de sécuriser les zones reprises aux rebelles.
Bien que le fait de ne pas avoir suffisamment de combattants peut avoir contribué aux pertes du Hezbollah, il est peu probable que cela ait pu être la raison principale de ce paroxysme dans le nombre de pertes. Le rédacteur-en-chef d’Al Akhbar, Ibrahim al-Amin a écrit le 17 juin que l’Iran, la Russie et la Syrie se sont mis d’accord sur un plan d’actions en vue d’une vaste bataille dans la province de Deir Ez Zor, où le Hezbollaghdevra jouer un rôle central. Cette assertion, si elle est vraie, réfuterait l’explication de Saadi et démontrerait que le Hezbollah veut et dispose de la main d’oeuvre pour étendre ses opérations sur de nouveaux fronts en Syrie.
L’explication la plus probable des pertes de masse est que la Russie n’était pas à bord, quand le régime syrien et l’Iran ont lancé leur offensive sur Alep. Nasrallah a expliqué que le combat près d’Alep est nécessaire pour « défendre ce qui demeure de la Syrie, du Liban, de l’Irak et de la Jordanie ». Cependant, il semble que le Hezbollah n’a pas su convaincre la Russie de soutenir pleinement cette bataille.
« Le dernier discours de Nasrallah a révélé l’échec de l’Iran à convaincre Moscou de se joindre pleinement au combat pour reprendre Alep et son arrière-pays encore aux mains de l’opposition », écrit Mustafa Fahs, un ancien chercheur à l’Institut des Relations Internationales de Moscou, qui est détenu par l’Etat. L’agence de presse Interfax a aussi cité l’ambassadeur de Russie en Syrie, disant qu’il ne s’attend pas à ce que l’armée syrienne se lance à l’assaut de la ville dans un avenir proche. 
Quoi qu’il en soit, il semble que l’Iran avait un plan pour pousser la Russie à changer d’attitude, mais que cette stratégie a eu l’effet inverse. « L’Iran tentait d’entraîner la Russie à Alep en commençant seul le combat et en espérant que les évolutions surle terrain pousseraient cette dernière (la Russie) à s’y joindre. Cependant, il semble que le Hezbollah est celui qui a payé le prix le plus élevé pour le jeu à qui perd gagne de l’Iran », déclare un diplomate occidental basé au Liban, s’exprimant sous couvert de l’anonymat.
« Nous devions être présentys à Alep et nous resterons à Alep », a déclaré Hassan Nasrallah lors du même discours. Le dirigeant du Hezbollah a même promis d’augmenter la présence de ses forces, puisque « battre en retraite n’est pas envisageable ». Cela dit, il semble que le dirigeant du Hezbollah ignore les récentes améliorations dans les relations entre la Russie et la Turquie, qui peut tendre à réduire l’implication de la Russie à Alep et pourrait en retour accentuier encore les pertes du parti du Hezbollah à Alep.
Haid Haid est un chercheur Syrien qui se focalise sur la politique étrangère et les questions de sécurité, la résolution de conflits et les mouvements kurdes et islamistes. Il tweete sur @HaidHaid22 
Publié le : 5/07/2016 ..

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