mercredi 1 juin 2016

Admirer le passé juif -détester les Juifs vivants et surtout, haïr Israël- ou le complexe de Cromwell......



Il y a quatre ans, j’écrivais les lignes suivantes :

J’observais alors qu’il était de bon ton d’aimer le Juif mort, le Juif victime, le Juif humilié, frappé et tué après avoir été persécuté ; qu’il était de haute culture de continuer d’apprécier Racine et sa pièce « Esther » ; qu’il était protestantement correct de lire la Bible et d’en citer les personnages toujours exemplaires, à condition de lire parfois ce qui n’était pas écrit, par exemple, Palestine là où il est écrit Judée ou Galilée.
Quatre années ont passé.
Et ce n’est plus seulement le Juif vivant que l’on déteste, c’est aussi son passé que l’on s’emploie à effacer à coups de hache mémorielle, à fin de mieux le nier et pour lui faire sentir l’incongruité de son existence. C’est en particulier ce à quoi s’emploie ce que faute d’autres termes nous appellerons : les einsatzgruppen de la mémoire et les nouveaux Lyssenko de l’Unesco.
Le discours du 14 juillet 2015 du Président Hollande a donné lieu a différents types de commentaires.
De bons amis, des gens honnêtes et -me semble-t-il- des personnes ayant la tête sur les épaules, se sont réjouis du propos. Ils ont trouvé que c’était un beau et juste discours. Ils ont écrit qu’il exprimait la réalité politique de l’homme de la normalitude. Ils y ont même vu un acte politique courageux, engageant le personnage et son appareil gouvernemental, -dans un sens positif pour les Juifs.

Le CRIF était même franchement enthousiasmé

En effet, une cérémonie commémorant la grande rafle parisienne s’est déroulée en présence du Président de la république, du Premier ministre, du ministre de la défense, du vice-président du Sénat, – femme binationale, franco-marocaine si mes souvenirs sont exacts-, et de Madame Taubira ministre Garde des sceaux. Cette dernière a aussi parlé, à l’occasion, et tenu à féliciter Jacques Chirac. L’ancien Président « ayant eu le courage »- expliqua Christiane Taubira- de reconnaître « la responsabilité française » dans la mise en œuvre de la shoah.

Le diable des pensées réelles se trouve dans les détails

Ici, le détail est gros, il est même très gros, pour ne pas dire immense. De la responsabilité de l’appareil d’Etat et de sa continuité juridique dans l’appareil étatique français d’après-guerre, on est passé à la responsabilité collective de la nation, avec la « responsabilité française » de Madame Taubira.
Fils, petit-fils, neveu et cousin de déportés Juifs arrêtés en France et déportés depuis ce pays, à l’aide et avec les moyens de l’appareil d’Etat français et ceux de la SNCF, je récuse ces paroles de Madame Taubira.
Je lui refuse le droit de porter une si grave accusation, parfaitement mensongère au demeurant.
Mon grand-père a été prévenu, quelques jours avant la grande rafle. Il en a cependant été victime, avec son épouse, ma grand-mère Malka et ma tante Sulamita, leur fille.
L’homme venu le mettre en garde n’était autre que le commissaire de police du commissariat de la rue du Surmelin, dans le 20ème arrondissement de Paris.
Le père des frères Borensztajn, les deux meilleurs amis de mon père, fut caché pendant la grande rafle et les jours qui suivirent, par des voisins non-juifs.
Les enfants Szyferman furent cachés, pendant toute la guerre, par tout un village nivernais. Et quant une habitante de ce village manifesta l’intention d’aller les dénoncer, le mari de la candidate délatrice prit son fusil de chasse et menaça de lui tirer dessus « si elle faisait un pas de plus pour mettre son intention à exécution ». Elle renonça immédiatement et définitivement à son projet.
Dans un bourg voisin, une femme dénonça des enfants juifs cachés. Ils furent déportés. Le maquis local vint chercher la femme, la jugea et la fusilla dans les bois tout proches. Son cadavre fut ramené au bourg et déposé devant la porte de la maison de la délatrice, en guise d’avertissement à ceux à qui il prendrait l’envie de dénoncer à la gestapo les autres enfants juifs cachés dans et par le village. Il n’y eut pas d’autre délation, dans ce bourg français.
Et ce qui se passa dans le pays nivernais se passa en Haute Loire, en Vendée et dans d’autres endroits. Il n’est qu’à lire le livre de souvenirs d’Ida Grynszpan, une rescapée d’Auschwitz : enfant cachée, chez des paysans vendéens, les gendarmes du coin n’en ignoraient rien. Ce fut le changement de responsable de cette unité militaire française qui provoqua l’arrestation et la déportation d’Ida Grynszpan.
Mon père obtint des faux papiers, sous le nom d’un jeune homme sympathisant du PCF. La fausse carte d’identité fut confectionnée à Marseille, par les services officiels de la préfecture. Quand, fin janvier 1944, l’officier de police remit à mon père sa vraie fausse carte d’identité, il lui posa la main sur l’épaule et lui dit : « bonne chance mon gars ». L’officier de police savait que l’homme qui recevait la carte d’identité n’était pas le propriétaire réel du nom figurant sur le document. Il savait qu’il remettait à un Juif un document qui était un moyen pour passer entre les gouttes mortelles.
Quand mon père revint à Paris, ce fut une imprudence qui le ramena dans le quartier où tout le monde le connaissait. Une dénonciation provoqua son arrestation le 2 avril et sa déportation le 15 mai 1944.
En d’autres termes, comme au moment de l’affaire Dreyfus, la France de la seconde guerre mondiale, son peuple, la nation, les partis, les groupements, les églises, les syndicats, les loges maçonniques, se sont divisés et opposés.
Il y eut aussi une petite troupe magrhébine de membres de la « gestapo française » de Bonny-Lafond, constituée en unité de Waffen SS. Elle se livra à d’horribles exactions. La majorité des nationalistes algériens, -ceux qui suivaient Messali Hadj-, dénonça et combattit les Algériens émules du mufti Husseini. Devrait-on réclamer les excuses du peuple algérien, en tant que nation ? les crimes de ces sinistres personnages le rendrait collectivement coupable ?

Et au moment de l’affaire Dreyfus ?

Sans Jaurès, le mouvement ouvrier se laissait entrainer sur la pente de l’indifférence.
Souvenons-nous des arguties de Jules Guesde, le chef du POF (le parti ouvrier française se disant « marxiste », socialiste intransigeant) ; c’était un raisonnement puéril, que l’on aurait dit « gauchiste » dans le langage léniniste ou dans celui de Trotski. Pour Guesde, et ceux qu’il influença, pourquoi défendre Dreyfus ?
Guesde ne dira pas : nous ne le défendrons pas parce que c’est un Juif. Non, ce sera plus subtil. Il faudra lire entre les mots.
Il ne fallait pas défendre Dreyfus, bien que victime d’une imposture judiciaire, par décision de juges militaires :
  • Parce que c’était un officier, et que le POF et le mouvement ouvrier étant, par principe, contre la caste militaire, il était impossible de défendre un membre de la dite caste des officiers.
  • Il ne fallait pas défendre Dreyfus, parce que c’était un bourgeois, et comme le POF et le mouvement ouvrier étaient contre la bourgeoisie, on ne pouvait défendre un bourgeois, même innocent du crime dont il était accusé.
  • Il ne fallait pas défendre Dreyfus, parce qu’il ne demandait même pas qu’on le défende, et comme il y avait déjà tellement d’injustices, on n’allait pas perdre son temps à défendre quelqu’un qui ne le demandait pas et qui était bourgeois et officier.
Suivant Clémenceau et Zola, Jaurès sauvera l’honneur du mouvement ouvrier.
Les Guesdistes se déconsidéreront. Ceci étant dit, Guesde n’était pas seul en cause. L’homme – qui parce qu’il se disait « marxiste »- amena, en réaction, Marx à dire : « non, moi, je ne suis pas marxiste »- héritait d’un passé d’hostilité envers le juif. Il n’était pas le seul homme de bien, de justice et de progrès social à être englué dans les préjugés envers les Juifs.
Contrairement à ce qu’écrit la lettre ouverte adressée, par un ami, à Henry Guaino, l’hostilité, le mépris, la haine du juif en pays français n’est pas l’apanage spécifique de la tradition maurassienne et des officiers catholiques souvent socialement conservateurs.
Le grand Hugo, cette icône de la tradition dont se réclame l’actuel Président, -même lui, Hugo-, exprimera cette rancœur, doublée d’une admiration pour le passé national et religieux d’Israël.
Son livre pamphlet, « le crime », écrit pendant et après le combat contre le coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte, témoigne de l’hostilité et du mépris hugolien pour le Juif.
Le futur Badinguet, ou Napoléon-le petit, étant soutenu par Gould, un Juif banquier, Victor Hugo ne se limitera pas à critiquer Gould ; il dénoncera celui-ci à plusieurs reprises, en tant que…« le Juif Gould ».
Manifestement, le livre d’Hugo le montre avec une précision que Marx n’aura pas dans son livre « la lutte des classes et la guerre civile en France », ce n’est pas à Gould que le neveu du grand Bonaparte, devra le succès de son pronunciamento.
Louis Bonaparte devra son succès au fait que le peuple de Paris hésitera à s’opposer en masse au coup d’Etat.
Dans certains quartiers parisiens, il y eu des réactions. Elles donnèrent lieu à de la mitraille, voire à la cannonade. On fusilla sans jugement et on enterra sans scépulture, dans la cour de l’ancienne caserne Dupleix, des centaines d’ouvriers parisiens.
Victor Huge tentera de rallier les associations ouvrières à la cause de l’assemblée nationale. Il n’y parviendra pas.
La masse du peuple n’approuvait pas le putsch, mais s’y résignait.
Le banquier Gould n’était pas l’élément essentiel et marquant dans l’affaire. Néanmoins, sans que cela n’apporte quoi que ce soit à son pamphlet, Hugo éprouvera le besoin de le dénoncer, en tant que juif. On dirait, stigmatiser le Juif, du côté de chez le nouveau Président.
Hugo ne dénonce pas uniquement l’individu et l’être social Gould, non, c’est le Juif qu’il demande que l’on cloue au pilori
C’est le Juif*, qu’Hugo semble avoir besoin de mettre en accusation, en l’installant sur le devant de la scène, comme partie visible de l’iceberg Israël en France, rendu coupable du triomphe de Badinguet.
Je me suis donc permis de défendre Henry Guaino, quand il a réagi aux propos de Madame Taubira et surtout à ceux de l’actuel Président. Je persiste à dire ici que l’ancien conseiller eut raison de réagir à ces discours.
En effet, ces paysans nivernais, que j’évoquais, sont diffamés par le discours du ministre Garde-des sceaux, confirmé et amplifié par celui de François Hollande.
Non, ce n’est pas la Nation française, ce n’est pas le Peuple français, qui a prêté la main à la shoah dans notre pays.
Quel merveilleux discours ? Entendra-t-on du côté du CRIF et du président des Fils et Filles de déportés juifs de France.
Il y aurait eu de quoi jeter son chapeau en l’air, pour exprimer tendresse et allégresse…
J’avoue n’avoir ni lu, ni entendu, les mêmes choses que ces amis, même si c’était les mêmes mots et les mêmes phrases. Quel rabat-joie es-tu, allez-vous me dire.
J’avoue ne pas partager l’enthousiasme de ces amis
Le discours se voulait effectivement convergent, avec celui des associations juives défendant la mémoire de la Shoah.
J’avoue, je le répète, en avoir fait une lecture totalement différente

Je m’explique :

Je reconnais y avoir vu, en réalité, une manœuvre souterraine encore, mise en route sous couvert de la reconnaissance d’une responsabilité de la « nation », en tant que telle, dans la vaste et meurtrière rafle destinée à pourvoir Auschwitz en « pièces »*1 pour la chambre à gaz et en esclaves pour les travaux destinés aux sélectionnnés pour le travail « rendant libre ».
Avec ce discours, il ne s’agit plus seulement d’une culpabilité précise : celle des institutions gouvernementales, policières, celles de la haute fonction publique et de la magisture française, mais une culpabilité diffuse et collective, largement partagée, celle de celle de la Nation. C’est une conception qui nous ramène, insidieusement, au stalinisme, quand il déclara le peuple allemand tout entier coupable des crimes hitleriens, avec le mot d’ordre : « à chacun son boche ».

Pour quel objectif politique, cette manœuvre ?

Vous ne voyez pas ?
Je vais répondre à votre interrogation. J’y vois une manœuvre d’encerclement, destinée à préparer le prochain discours « historique », celui d’Alger.
Pour parler autrement, et sans détour : François Hollande s’est –me semble-t-il- servi de la commémoration de la rafle dite du vel-d’hiv (les grandes rafles des 16 et 17 juillet 1942) pour préparer l’opinion à une déclaration de culpabilité nationale grave, pour la période allant de 1830-1962.

L’avenir nous départagera

Je souhaite me tromper, mais malheureusement, les faits sont là, et quel autre sens ont-ils ?
Vous ne voyez pas les pitoyables contorsions ministérielles devant les agressions répétées, quasi-quotidiennes -donnant lieu à des violences allant crescendo- contre les membres de la police et contre des citoyens ?
Vous n’observez pas, les contorsions verbales et la censure pour ne pas les qualifier pour ce qu’elles sont, et surtout ne pas les traiter conformément à la loi et aux besoins légitimes de la défense de l’Etat en tant qu’il est outil de protection de la population dans son ensemble contre les guerres privées, déchaînées quotidiennement par des gens mus par le système de « la loi du plus fort » et par la volonté de razzier l’impie et de le dhimmiser pour le réduire à merci?

Le discours du 14 juillet m’a donné un haut le cœur

J’y ai vu des larmes de crocodiles versées sur la mémoire des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants juifs, pris chez eux, au saut du lit, emmenés vers les autobus de la TCRP pour le vélodrome d’hiver ou le camp d’internement de Drancy, pour alimenter l’usine de mise à mort d’Auschwitz Birkenau.
Larmes de crocodile, parce que dans le même temps, le gouvernement de la normalitude s’est associé à la troupe de pogromistes furieux qui contestent aux Juifs le droit de continuer à vivre dans leur capitale politique et morale, puis spirituelle, et enfin de nouveau politique et morale, tout cela depuis plus de trois millénaires.
Dans le même temps que le 7ème Président de la cinquième république larmoyait, -faisant chevroter sa voix en s’émouvant sur le sort terrible des milliers de raflées des 16 et 17 juillet 1942, fils et filles du peuple d’Israël destinés à la chambre à gaz-, son appareil gouvernemental contestait le droit d’Israël à laisser à Jérusalem sa Knesset (son parlement souverain) et à y organiser la vie municipale (sachant lui aussi, ce que nul n’ignore au Quai d’Orsay et à l’Elysée, à savoir : que la très grosse majorité des arabes « palestiniens » de la vieille ville et de toute la partie orientale de Jérusalem, dite Jérusalem-Est, quitterait ce secteur, -pour demander le droit de venir résider dans la partie qui pourrait rester israélienne, sous administration « juive »-, si un quelconque gouvernement « palestinien » installait son autorité politique et administrative sur ce qui serait « Jérusalem-Est/Al Qods » capitale de l’Etat arabo-musulman de Palestine.
Ce n’est pas la jeune femme et mère de famille arabe palestinienne chrétienne, égorgée cette semaine devant une importante assistance passive, par un époux arabe palestinien musulman devenu fou furieux, refusant par le poignard, -le divorce demandé par la victime, et que les enfants brutalisés aient trouvé réfuge chez leur grand-père paternel, un arabe palestinien chrétien-, qui aurait contredit ce point de vue majoritaire de ses frères et sœurs arabes palestiniens, chrétiens autant que musulmans. Ils savent ce qu’est la vie populaire arabe réelle dans les pays arabo-musulmans et ce qu’elle est réellement en Israël.
Mais de cette réalité, qui contredit les dogmes de la majorité des ministres de la normalitude, de cette  réalité de la vie nationale sous souveraineté démocratique, libre, d’Israël en tant que nation, l’homme qui pleure sur les ombres des raflés des 16 et 17 juillet 1942 n’a cure ou fait comme si.
Si le Président-pleurant les hommes, les femmes, les vieillards et les enfants razziés pour être entassés à cinquante dans un wagon à bestiaux pour trois jours de voyage debout jusqu’à la grande cité de l’assassinat industrialisé, si le Président avait commencé par regarder ce qui se passe dans les médias, à Antenne2, à l’agence France presse, alors j’aurai pu, moi aussi, commencer à croire aux paroles d’un dsicours, ce discours du 14 juillet 2012.
S’il s’était interrogé sur le rôle bien peu reluisant de ces médias, dans la diffusion d’un message mensonger -aidant quotidiennement à fortifier une haine plusieurs fois séculaire se prétendant volonté punitive divine, en lui fournissant le carburant de ces mensonges répétés qui n’ont guère à envier à ceux des Stürmer et Beobechter- j’aurai moi aussi probablement été touché par les paroles du Président François Hollande.
Mais cela n’a pas été le cas.
Le discours du 14 juillet, c’était des mots, toujours des mots, rien que des mots ; et derrière ces mots, se profilant dans des brumes encore lointaines, la manœuvre se mettant en place pour s’en aller reconnaître, piteusement, style nouveau bourgeois de Calais, que l’horrible France coloniale, que toute la nation française, aurait gravement pêché contre la nation algérienne ; nation algérienne qui naîtra après 1830, de la défaite de l’empire ottoman qui avait laissé faire de cette région du monde un repaire permanent pour la piraterie maritime et pour le trafic esclavagiste sur les côtes méditerranéennes et sur les franges de l’Afrique noire…
Pour revenir à un de mes amis, -enthousiasmé par le discours présidentiel-, son enthousiasme l’a transporté, il a débordé, jusqu’à lui faire en découdre avec Henry  Guaino et le maurassisme.
Pour qui me connaît, il sait que si je possèdais un dénominateur commun avec l’écrivain monarchiste, ce serait certainement le plus petit commun possible. Ce serait une appréciation objective, positive du rôle historique constructeur de ces quelques rois qui feront des pas importants avec le peuple.
Ils feront ces pas, ces rois de France, pour affaiblir ou briser la puissance des grands féodaux qui entravaient la centralisation étatique et l’organisation administrative.
Ils feront ces pas, ces capétiens, lors des révolutions communales du onzième siècle et encore dans le vaste mouvement qui constituait le peuple des villes et des campagnes en « Tiers état » et en fondement de la nation politique que deviendra la nation française, avec l’élection des 800 députés des Grands états-généraux du milieu quatorzième.
Ce n’est pas mince, comme commun dénominateur, c’est vrai.
En ce début de 21ème siècle, la nation, là où elle existe, reste le seul et unique socle de la démocratie politique. Elle reste le seul et véritable outil de souveraineté de la société permettant d’aller dans le sens du développement de la richesse sociale et de la diminution de l’inégalité économique.
J’avoue, ce trait intellectuel commun avec une tradition monarchiste, qui voyait dans la dynastie des Capet une pépiniaire d’hommes d’Etat, constructeurs d’un pays organisé.
De la même façon que je ne confonds toujours pas la socialisation des grands moyens de production et d’échange, le développement rationnel des forces productives avec la planification bureaucratique et totalitaire, je me refuse à confondre la défense de la nation et de ses côtés forts et positifs, -le patriotisme républicain et ses étapes succéssives, remontant loin dans l’Histoire de ce pays-, avec le régime de Vichy qui n’en était pas la continuité et avec le maurassisme qui n’en fut qu’un fragment n’ayant pas assimilé que la révolution française était plus une continuité qu’une rupture.
Mon maurassisme à moi, me fera dire, avec Jean Jaurès s’opposant à Gustave Hervé : (…)« un peu d’internationalisme (socialiste) éloigne de la patrie (de la Nation), beaucoup d’internationalisme (socialiste)  en rapproche ».

Est-ce un crime de continuer de penser comme le tribun ouvrier ?

Si c’en est un, je commettrais alors, sans complexe aucun, le même type de crime politique que celui de Marx lorsqu’il reconnaissait un rôle progressiste au capitalisme, ou que celui de Lenine et de Trotski défendant l’un comme l’autre, qu’à défaut de démocratie ouvrière, ils étaient défenseurs inconditionnels de la « démocratie bourgeoise ».
Face aux bureaucraties « mondialistes », qui dévorent par tous les bouts la souveraineté des peuples, dépossédant les nations, les parlements élus, réduisant les centrales syndicales ouvrières à des tâches subalternes de facilitateurs accompagnant la régression sociale et les destructions d’emplois, je persiste à penser que le socialisme vivant, le socialisme « à visage humain » (comme disaient les Tchèques et les Slovaques du printemps de 1968), c’est l’organisation rationnelle de la production et des échanges, fondée sur le multipartisme en politique et la soumission des organes décisionnaires à la société, y compris ceux concernant l’économie.
Il n’y a pas actuellement de bon despotisme éclairé bureaucratique, s’il y eut jamais un despotisme éclairé durable.
On le voit très précisément, avec la question du logement.
L’union européenne pousse à la dissolution de la nation française. Pour cela, elle invite à favoriser les politiques favorisant les flots migratoires. Le représentant de François Hollande s’en est donc allé en Afrique du nord, pour discuter les déclinaisons de ces décisions avec les gouvernements.
Résultats : plusieurs dizaines de milliers de Marocains, de Tunisiens, d’Algériens (des familles, hommes, femmes, enfants, ascendants) vont être invités à venir vivre sous le ciel français. Il faudra bien naturellement les loger.
Le DAL/NPA-l’Eglise catholique-la Cimade-et la Fédération protestante française vont exiger que ces personnes aient immédiatement un logement digne.
Ces entités exigeront : que ces dizaines de milliers de nouveaux venus n’aillent pas s’entasser dans l’insécurité et dans la promiscuité, dans les hôtels « sociaux » prohibitifs.
Pour répondre à cette attente « légitime », les nombreux actuels demandeurs de logements sociaux, y compris, pour certains, des immigrés eux aussi, continueront d’attendre…ils seront déclarés « moins prioritaires » !

Est-ce être réactionnaire ? Est-ce être xénophobe ?

Est-ce être maurassien, que de dire : négatif, je ne suis pas d’accord avec cela ! Parce que c’est parfaitement irresponsable et absolument antidémocratique !?
Je veux dire : Le peuple qui a construit ce pays, qui le construit et le reconstruit chaque jour, y a des droits autant que des devoirs. Il est fils et filles de ce Tiers-état qui est devenu tout, qui est devenu le « peuple souverain qui s’avance » !
Dire que refuser la « contrition de la nation », -comme l’ont promu les discours du 14 juillet de Madame Taubira et de Monsieur François Hollande-, c’est mal, que c’est « maurassien », c’est en réalité faire comme le célèbre clown diplomé, vous savez, le philosophe des terrasses de café de Saint-Germain des prés, l’homme qui choisira, chaque fois, de se ranger du côté de la nomenklatura et ses répressions massives contre la classe ouvrière et la société : que ce soit en juin 1953 à Berlin-Est, en novembre 1956-février 1957 en Hongrie, ou que ce soit en 1968 en Tchécoslovaquie.
C’est prétendre, -consciemment ou inconsciemment- que le peuple ne peut jamais savoir ce qui est bon pour lui, qu’il doit payer sans exiger en retour.
Par contre, si les « peuples arabes » se donnent des dictatures religieuses, on trouvera toujours cela très bien. Ce seront des « révolutions arabes ». Ce sera la légitime révolte de « l’islam conservateur » syrien, opprimé par des dictateurs arabes nationalistes et laïques.
*1 A partir de la « shoah par balle » (1,5 à 1,8 millions de victimes juives fusillées à bout portant), on ne désignera plus les Juifs mis à mort que comme des « pièces ». Quand ils envoyaient leurs rapports, les commandants d’unités d’einsatzgrüppen indiquaient les nombre de Juifs fusillés en qualité de x ou y « pièces ».

PS

Au fait, pourquoi titrer mon article en évoquant le Complexe de Cromwell ?

Nous allons y venir maintenant et voir pourquoi, avec quelques vers tirés de différents actes de la pièce écrité en 1826 par Victor Hugo, et publiée en 1827.
Ces vers, pris parmi beaucoup d’autres, au long de cette œuvre magistrale, montrent un Cromwell, son entourage et une société britannique, fascinés par l’ancien Israël et les personnages juifs de la Bible.
Les cinq actes de ce texte magnifique, montrent que si les Juifs passés étaient objet de dévotion, -on s’y identifiait ; depuis la lutte entre le Long Parliament et Charles Ier jusqu’à son son exécution et après, l’Histoire anglaise était vue comme un retour de l’histoire de l’ancien Israël ainsi qu’un combat entre celui-ci et ses anciens ennemis. On remplaçait souvent son patronyme britannique par un nouveau nom, hébreu, emprunté à la Bible juive- le Juif, le rare Juif vivant se trouvant sur le sol anglais, était contradictoirement objet d’opprobre, de mépris et de haine.

Lisons Hugo. Ecoutons Cromwell et son entourage :

Richard Cromwell, le fils du protecteur du royaume d’Angleterre s’adresse ainsi à un des comploteurs monarchistes voulant mettre fin au gouvernement du Lord-Protecteur du royaume, afin de rétablir la monarchie : 
– « (…) qui fut votre recours, dans vos terreurs profondes,
Contre les usuriers, pis que les têtes rondes ?
Pour qui, répond Clifford, ai-je remboursé
Quatre cents nobles d’or au rabbin Manassé ?
Clifford, confus.
Je ne saurai nier (…) le maudit Juif (…)
(Victor Hugo N° 232, Cromwell acte premier page 118, Jules Rouff et Cie éditeur- Paris 1827).
A l’acte II, page 42, Hugo fait intervenir l’archétype du Juif dans l’imaginaire du monde britannique cromwellien. Hugo nous le présente :
« Manassé-Ben-Israël, vieux rabbin, robe grise, en haillons, œil perçant sous de gros sourcils blancs, (…) Cromwell le congédiant du geste.
– on verra,
Manassé, s’inclinant jusqu’à terre.
  • nous baisons vos pieds.
  •                 à part.
  •         ces vils Chrétiens !
Cromwell
  • vis en paix !
  •               à part.
  • Juif immonde, à pendre entre deux chiens !
  • (…) parmi les malveillants, l’avis du Juif maudit,
(…) (page 45, Acte II scène VII)
Si dans l’acte premier, le Juif n’était semble-t-il pas nécessaire à l’intrigue,- répétons-le, il s’agit d’un complot contre le Lord protecteur du royaume qui a l’intention de se faire proclamer roi, par proposition du Parlement soumis à une dictature personnelle plus implacable que celle d’un monarque- dans le second acte, le rabbin -qui sert d’espion et d’agent provocateur à l’ambitieux Lord-protecteur- possède un objectif qui lui fait jouer ce rôle peu reluisant.
Nous sommes ainsi conviés à admirer le déploiement du principe des motivations contradictoires se rencontrant sur la scène : Manassé veut obtenir la rouverture des synagogues et la révocation de la loi contre les astrologues (un des métiers juifs de l’époque, pour les quelques Juifs vivant en Angleterre).
Ses objectifs, sont raisonnables, nobles par certains côtés. Mais ses moyens sont ceux de la perfidie.
La perfidie n’est ici pas un moyen subsidiaire du Juif. Ici, pour Hugo, elle est le moyen juif par excellence.
Vingt-cinq années avant « le crime », le Juif, chez Hugo, est un fourbe. Il est un ennemi de l’homme de bien. On fait appel à lui pour l’argent, pour un argent dont sa vêture et sa maigreur montrent qu’il ne profite guère. L’avaricieux est le double du Juif.
Les propos que le grand Hugo, l’icône de la tradition anti-maurassienne, prête à ses personnages, vont nous conforter dans cette idée, -en même temps, qu’en totale opposition à leur hostilité méprisante pour le Juif en tant que personne humaine-, qu’ils professent une dévotion totale pour le symbolique Juif antique, pour le Juif passé et pour son Histoire nationale biblique avec ses idéaux. Son Histoire biblique devenant le patrimoine humain.
Si des Juifs sans défense ont péri et périssent encore sous le glaive, d’une main injuste, c’est alors parfait. On peut soupirer d’émotion, et même lâcher quelques larmes, comme le 14 juillet 2012…
A l’acte II toujours, à la scène XXI, Richard Cromwell s’adresse à Lord Rochester :
  • (…) sous ta peau de serpent, sous ta robe d’église
  • tu parles de duel ! te crois-tu donc moins vil
  • Qu’un Juif ? Rends-toi justice, infâme !
(page 116)
La suite de cette œuvre forte, le film de cette tentative échouée de « thermidor » britannique contre le Robespierre anglais, nous déroule le passé d’une Angleterre qui se vivait comme l’Israël nouveau et véritable. Mais au quotidien, pour cette Angleterre là, l’Israël réel, l’Israël des descendants physiques des Hébreux et toujours porteurs de leur message, est objet de mépris et de dérision.
A l’acte III, « les fous », scène V, la contradiction est plus forte. Elle illustre, à près de deux siècles de distance, le fond des propos présidentiels du 14 juillet 2012.
Milton, s’adresse à Cromwell (le Lord Protecteur du royaume d’Angleterre) :
  • (…) tu fus si grand qu’en toi j’ai cru trouver mon rêve,
  • mon héros ! Je t’aimais entre tout Israël (…) – (page 47).
Admiration et détestation, toujours : après avoir évoqué la « verge d’Aaron, et le glaive de Judas » (acte III, scène XIV), nous rencontrons encore le rabbin Manassé (page 110 et la suite).
Hugo donne ici la parole à ce Juif. Il lui fait dire, « à part », de Cromwell qui le reçoit pour se faire remettre un sac d’argent, et le questionne :
  • que sais-tu de nouveau, face de purgatoire ?
  • (…) je méprisais ce Juif.
  • que suis-je auprès de lui ?
  • qu’est-ce que ma puissance auprès de son empire ? (page 113)
  • (…) mais quoi ! Cet homme impur, ce Juif, ce mécréant
  • fouiller le Saint des Saints de son regard immonde ! (…)
Ecoutons donc Manassé-Ben-Israël, qui répond au candidat au trône :
  • (…) je leur revends l’argent que je leur ai volé ;
  • car voler des chrétiens, c’est chose méritoire.
« Voler des chrétiens », voire aussi tuer un prêtre catholique en poste à Damas, ce sera une accusation portée qui provoquera des condamnations à mort et des violences. La croyance en était tellement encrée qu’il avait suffi d’affirmer le fait pour qu’il fut cru.
Chez le Cromwell d’Hugo (nous pourrions dire, chez nos discoureurs de 14 juillet), la contradiction devient pathétique. Ainsi encore, lorsque le « Juif immonde » répond, à l’aspirant monarque ayant fait décapiter le monarque dynastique, avec une dignité remarquable, en refusant de lui révéler l’avenir :
« (…) Cromwell, l’interrompant avec impatience.
  • il suffit. Je te paie pour me servir.
Manassé
  • Tu confonds. L’homme peut à l’homme s’asservir
  • oui, tandis que je vis d’une vie incomplète,
  • puisque, enfin, cette chair couvre mon squelette,
  • mon œil sert ici-bas tes plans ambitieux :
  • mais quand t’ai-je promis d’espionner les cieux ?
(Cromwell) haut à Manassé, avec violence.
  • dis-moi si ma planète est propice à mes vœux, obéis.
Manassé
  • je ne puis. (…)
Après ce refus courageux, digne d’admiration, digne d’éloge, sous la critique et les sarcasmes de Cromwell-Hugo, une répétition qui fait dire à Manassé :
« Cromwell tire son poignard et s’approche de Rochester toujours endormi (page 123) :
Manassé
  • frappe ! Tu ne peux faire une action meilleure.
                à part
– par une main chrétienne, immolons un chrétien.
Il faudrait citer la pièce entière.
On s’y retrouve plongé dans le monde Sheakspearien de Schylock. Le Juif n’est qu’un chien. C’est un homme d’argent, seulement digne de recevoir force coups de pieds et de poings, ou d’aller au gibet.
J’invite mes lecteurs à se procurer cette œuvre forte et paradigmatique. Elle illustre, chez Hugo, la fascination-haine qui ne lui est pas propre et qu’illustre bien, en 2012, la schyzophrénie d’un gouvernement français formé à deux tiers de partisans d’une politique musclée à l’encontre d’Israël, mais commémorant, avec éclat et onctuosité, la mémoire des milliers de raflés des 16 et 17 juillet 1942.
Pour le plaisir de relire le grand Hugo et pour montrer au lecteur ce qui fonde mon propos, écoutons Lord Ormond, parlant de Manassé:
  • « (…) le vieux rogneur d’écus, le rabbin Manassé
  • m’a prêté quelque argent ; mais il est dépensé ! (livret n°4, page 21).
Il fait dire à Sir William Murray :
  • frère ! Sion avait des archers sur sa tour.
  • qui veillaient, s’appelant et la nuit et le jour.
  • vous leur êtes pareils.
Cromwell
  • merci. »
Je comprends parfaitement la protestation indignée d’Henry Guaino.
Je confirme une nouvelle fois : je m’y associe pleinement. La France n’est pas coupable en tant que nation.
Comme les Pays-Bas, elle a accueilli, sans condition, les Marranes fuyant le Portugal où l’inquisition cherchait à les rattrapper. Elle a fait de Montaigne une de ses icônes intellectuelles passées et toujours actuelles.
La révolution française, à chacune de ses phases, à mis en route l’émancipation des Juifs, en tant que personne.
On ne peut réduire la France de la monarchie capétienne aux expédients de Philippe-Auguste, emprunteur impécunieux se débarrassant de ses créanciers juifs en expulsant l’ensemble des Juifs vivant dans le royaume.
On ne peut non plus la réduire aux actions blâmables de Louis Neuf (Saint Louis).
Elle n’est pas réductible à l’article premier du Code noir, qui interdit toute présence juive dans les territoires américains et antillais du royaume de France, confirmant ainsi une précédente décision de Louis XIII.
La France est honorée, fort justement honorée, par le poème du Juif socialiste et ami de Marx, Heinrich Heine, « les deux grenadiers ».
Heine témoigne, 
Il atteste, devant l’Histoire, de ce fait exprimant alors l’essence de la nation française : Pour la France affrontant sur les champs de bataille de l’Europe les armées coalisées de la société médiévale et favorisant les oppositions de classes (entre bourgeois et paysans d’un côté, aristocratie terrienne de l’autre), pour sortir l’Europe toute entière du moyenâge l’émancipation du Juif n’était pas qu’une question française.
C’est ce fait connut, -mais visiblement oublié par François Hollande et les rédacteurs de ses discours, ainsi que par ses courtisans-, qui donnera à mon grand-père Lejbus, l’arme intellectuelle, la force personnelle et les arguments, quand, certain de son bon droit, il écrivit en mai 1942 à un ministre de Vichy, pour se plaindre de l’aryanisation de biens appartenant à un Juif, lui, dont le second fils prisonnier de guerre avait combattu, les armes à la main, pour défendre la France et le bon droit.
(5 août 2012)
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*PPS Faut-il pour autant censurer Hugo, lui interdire d’être lu tel qu’il fut écrit? Faut-il, 165 ans plus tard, lui faire procès d’avoir donné un arrière-plan « antisémite » à son carnet de bord anti-bonapartiste de décembre 1851?

La question peut se poser, en 2016

En effet, au nom de « l’antiracisme », une censure d’un genre particulier s’est mise en branle chez les éditeurs. Ils amputent, hardi petit, des textes ou les font réécrire, si des mots, des images ou des situations, à connotations « racistes », apparaissent chez tel auteur, écrivain ou dessinateur.
Selon de nouveaux critères de bonne moralité littéraire, Victor Hugo peut tomber désormais sous le coup des nouveaux tribunaux de moralité publique et de la vindicte « antiraciste ».
Le roman de Jules Verne, Hector Servadac, -remis à mon père en 1936 ou 1937 en guise prix d’honneur, dans un beau gros livre aux pages dorées à l’or fin sur la tranche-, montre un Juif Isaac que l’on n’aura pas envie de fréquenter si l’on n’y est pas obligé; Isaac est un être fort peu sympathique, pour ne pas dire plus, montrant tous ces traits moraux, rendantle Juif détestable ou antipathique, qui seraient chez lui commun, dans la France du milieu du 19èmesiècle.
Pour ce qui me concerne, je ne réclame : ni la mise au pilon, ni la réécriture, de Jules Verne et de Victor Hugo : j’accepterai et cela me suffirait, que dans une réédition de ces ouvrages on rajoute une préface ou quelques notes répondant aux assertions ou aux stéréotypes critiquables de nos auteurs.
Je n’en demanderai pas plus pour Verne et Hugo.
Je n’en demanderai pas non plus, pour Shakespeare et son Shylock de « marchand de Venise ».
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Alain Rubin pour Dreuz.info.

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