mardi 24 mai 2016

Daniel Gottlieb « Les Israéliens ne dépensent pas plus qu’ils ne gagnent »


Centres commerciaux rutilants, facilités de paiement, crédits bancaires alléchants et (trop ?) accessibles. Comment les consommateurs israéliens naviguent-ils entre la nécessité de boucler leur budget et les nombreuses tentations du shopping ? Quelles sont leurs principales difficultés ? Daniel Gottlieb, expert en politique socio-économique, économiste du Bitouah Leumi et auteur de nombreuses études sur l’économie et la société israélienne, nous en dit plus. Décryptage.
Grandes villes, périphéries, qu’est-ce qui change pour le consommateur qui vit en grande agglomération ou dans de petites localités ? La vie est-elle forcément moins chère en région ou en zone de développement ? Consomme-t-on différemment ?
danielLa périphérie n’est pas nécessairement moins chère, sauf pour le logement, évidemment. Mais il y est aussi plus difficile d’économiser de l’argent, car ces localités ne sont pas toujours bien desservies par les transports en commun et que la vie y est plus chère en raison du cout de l’acheminement des biens depuis le centre. Il n’existe cependant pas d’étude sur cette question au Bureau Central des Statistiques, même si c’est une question importante.
Le crédit a-t-il toujours de beaux jours devant lui si l’on considère que les Israéliens dépensent plus qu’ils ne gagnent ?
Nous étudions cette question, mais on ne peut pas dire que les Israéliens dépensent plus qu’ils ne gagnent. Les gens qui ont perdu leur travail n’adaptent pas immédiatement leur niveau de vie à leurs revenus qui ont baissé. De même, ceux qui reçoivent plus d’argent, n’augmentent pas aussitôt leur niveau de vie, et cela parce qu’ils veulent être assurés que ce nouveau revenu sera permanent… Les Israéliens ne dépensent pas plus qu’ils ne gagnent, au contraire. Si une personne vit sur son crédit bancaire, elle fera attention et dépensera moins, notamment parce qu’elle sait qu’elle devra payer plus tard des taux d’intérêts. Elle devra aussi inclure dans son budget le remboursement de ses dettes.  Autant de paramètres qui accroîtront sa vigilance. A long terme, personne ne peut vivre au-dessus de ses moyens.
« DE PLUS EN PLUS DE GENS QUITTENT ISRAËL POUR ALLER VIVRE EN EUROPE, EN ALLEMAGNE, À BERLIN NOTAMMENT, PARCE QUE LA VIE Y EST MOINS TAXÉE ET MEILLEURE MARCHÉ »
Comment se définirait le consommateur israélien type ?
Il se balade beaucoup sur Internet, achète sur Amazon, et aime acheter à l’étranger. Les jeunes consommateurs israéliens reçoivent des paquets entiers d’achats faits sur la Toile. Mais en réalité, je ne pense pas que ce comportement soit spécifique aux Israéliens … A part le fait qu’ils aiment vraiment souvent voyager ! Nous vivons sur un petit territoire et les gens dépensent énormément pour les vacances, pour aller voir ce qui se passe au-delà de nos frontières. C’est une question de goût mais il y a aussi le fait que nous soyons entourés de pays avec lesquels nous avons des difficultés… Le petit voyage en Europe ou en Amérique donne la possibilité de respirer…
Produits sans marque, soldes, boom des enseignes discount, achats sur internet, comment ces nouvelles tendances modifient-elles les habitudes de consommation des Israéliens ?
Le consommateur israélien suit la mode, et la mode d’aujourd’hui est de comparer les prix. Avec « Zap », sur Internet, par exemple. Les gens savent beaucoup plus vite ce que le produit peut leur apporter. On essaie d’économiser en achetant dans des solderies, mais je pense que l’Israélien sait très bien distinguer entre une enseigne qualitative et une autre plus ‘cheap’. Et puis il y a eu, comme partout en général dans le monde occidental, une ouverture aux produits d’importation de Chine, de Corée, et des pays ultra compétitifs. Nous consommons ces produits et faisons des ‘affaires’ avec ces pays-là. Le « business » est encore israélien mais la production est délocalisée.
Les biens d’équipement, l’électroménager et le secteur automobile, notamment, sont les produits les plus coûteux, et fortement taxés, lorsqu’ils sont importés. Dans ce contexte, le gouvernement parle de mesures en faveur du pouvoir d’achat des ménages.  Qu’en est-il réellement ?
De plus en plus de gens quittent Israël pour aller vivre en Europe, en Allemagne, à Berlin notamment, parce que la vie y est moins taxée et meilleur marché. Les informations circulent sur internet pour pointer du doigt la différence de niveau de vie existant bel et bien entre Israël et d’autres pays. Face à cette Yerida (descente), le gouvernement réalise qu’il doit mener une politique plus attractive – réduire les impôts et le coût de la vie, pour diminuer le décalage avec les autres pays développés. Les taxes spéciales israéliennes ne peuvent plus supporter la comparaison avec les taxes étrangères, surtout par rapport aux autres pays où il est possible d’aller vivre. C’est une sorte de correction qui se fait lentement parce qu’il y a des intérêts en jeu et des gens près du gouvernement qui sont des importateurs importants. Lentement mais sûrement, ces différences-là vont se réduire.
Les chiffres officiels estiment le budget moyen d’un ménage israélien à 13.142 shekels par mois et 40 % des ménages n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Une fois le logement, l’alimentation, les transports, et même l’éducation, payés, sur quoi rogne-t-on ?
Les consommateurs qui voient leurs revenus chuter de façon provisoire ne modifieront pas nécessairement leur train de vie ni leurs habitudes d’achat. En revanche, ils équilibreront leur budget en diminuant les dépenses si leur baisse de revenus se pérennise. Souvent les dépenses de santé sont les premières visées. Si le soin n’est pas inclus dans le « panier » d’assurance classique, il n’est pas acheté. Idem pour les soins dentaires… Autre chose, nous avons fait des recherches autour de l’alimentation et nous avons observé que les personnes qui doivent rogner sur un poste feront des économies d’abord sur la nourriture… Une famille qui se retrouve subitement en difficulté ne pourra pas réduire ses dépenses de logement et changer d’appartement, ce qui coûte de l’argent. C’est ce que révèlent des études faites en 2011 et 2012.
« IL FAUT SAVOIR POURTANT QUE SUR LES TROIS DERNIÈRES ANNÉES, LES PRIX ONT BAISSÉ ! »
Avec l’explosion à la hausse des principaux postes budgétaires (Logement +60 %, en 5 ans, Alimentation +45 %, Frais de transport et de santé +22 %) comment éviter l’endettement récurrent des classes moyennes et la baisse inexorable du pouvoir d’achat ?
Il faut savoir pourtant que sur les trois dernières années les prix ont baissé ! On dit qu’ils sont toujours élevés en Israël, et c’est vrai si vous comparez avec la France ou d’autres pays. Mais d’après le CBS (Bureau des Statistiques israélien) soit les prix descendent, soit ils augmentent très peu. C’est à dire qu’il n’y a pas d’inflation en Israël, il y aurait plutôt une tendance à la déflation. S’il faut réduire certaines dépenses, les gens iront vivre dans des localités moins chères. Le consommateur qui doit réduire son budget et qui vivait jusqu’à présent à Tel-Aviv déménagera à Bat Yam, par exemple. C’est ce que les gens font en général. En ce qui concerne la population arabe, elle plébiscite beaucoup plus les grandes maisons où vit toute la famille, avec différentes générations sous le même toit, ce qui permet des dépenses sur d’autres postes. Il n’en demeure pas moins que les Arabes, et les Haredim (ultra-orthodoxes) ont moins de moyens que le reste de la société.
Dans les rapports de l’OCDE, Israël se retrouve systématiquement en queue du peloton des pays membres en matière de redistribution de la richesse nationale. Quelles conséquences sur le comportement des consommateurs les plus faibles économiquement ?
C’est vrai que nous ne sommes pas à une bonne place selon les critères de l’OCDE. Nous avons pu améliorer notre position mais pas suffisamment. Pour cela, il faudrait repenser les droits sociaux qui sont très bas en Israël comparés à d’autres pays. De manière générale, cette redistribution des richesses n’est pas assez avancée et la conséquence pour le consommateur le plus faible est qu’il a moins d’argent à dépenser.

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