jeudi 26 mai 2016

A propos du film d’Yvan Attal : « Ils sont partout »


Ce lundi 23 mai, l’OJE (Organisation des Juifs Européens) organisait au cinéma l’Arlequin à Paris,une projection du dernier film d’Yvan Attal : « Ils sont partout ».

Film émouvant, courageux, dont le fil rouge est représenté par le divan d’un psychanalyste avec lequel un homme cherche à comprendre ce à quoi il est confronté et auquel il n’était, semble-t-il, nullement préparé : la haine antisémite.
Attal utilise la métaphore du Divan pour mettre en scène la relation des Juifs à leur environnement sociétal.

La haine dont le juif est la cible l’oblige à se questionner sans cesse : qui suis-je ? Que dois-je faire ? Partir ? Rester ?

Le personnage sur le divan questionne inlassablement son psychanalyste qui demeure évidemment muet devant la question des questions : pourquoi l’antisémitisme ? Qu’avons-nous fait pour mériter cela ?
Au fil des séances, une grande partie de la mécanique antisémite est démontée. Les principaux clichés qui alimentent le monstre, travesti dans des scénettes dignes de laComédia del arte : les Juifs sont riches ; les Juifs dirigent le monde ; les Juifs ont tué Jésus…
Dernier volet d’une trilogie de films français consacrés aux Juifs, ce film clôt le cycle initié par Rabbi Jacob et La Vérité si je mens.
Dans ces deux films, l’antisémitisme est léger, voire sympathique. Les Juifs sont optimistes. Ils sont dans une France qui leur permet de rire des clichés antisémites. On se souvient du célèbre dialogue :
  • Quoi ! Salomon vous êtes Juif ?
  • Oui monsieur.
  • Et votre père ?
  • Mon père était rabbin.
  • Mais il n’était pas juif !
⇒ La découverte du juif caché provoque dans Rabi Jacob un immense éclat de rire.
Le travestissement du goy en juif, dans La Vérité si je mens, permet de multiplier les scènes cocasses. On joue. C’est léger, drôle.
Dans Ils sont partout, la découverte du « juif caché » provoque une réaction d’horreur ; crée un vrai psychodrame, une angoisse, un scandale.
L’apparition du juif dans les salons dorés est dévastatrice. Nouvelle métaphore de la présence du juif en Europe et en France ? Incarnation de « l’insoutenable lourdeur de l’être » européen ?
Même appréhendée sous l’angle de la comédie et de l’humour, la problématique d’Yvan Attal est plus proche de la crise existentielle propre aux films de Bergman que de la comédie de mœurs. La haine dont le juif est la cible l’oblige à se questionner sans cesse : qui suis-je ? Que dois-je faire ? Partir ? Rester ?

Attal tente de redonner de l’humanité aux antisémites ; de les aider à se sauver malgré eux

Attal tente d’extérioriser – on pourrait même dire d’exorciser – l’espèce d’émotion qui s’empare des juifs face aux actes antisémites ; émotion où la crainte se mêle de manière inextricable à la honte ; honte de soi pour certains, mais surtout, honte de l’autre, celui qui se rabaisse à être antisémite.
Attal ne déroge pas à la règle : par l’humour, il tente, comme les Juifs l’ont toujours fait, de les sauver, mais également, de redonner de l’humanité aux antisémites ; si on peut rire d’eux et de nous-mêmes, alors c’est que nous appartenons à la même humanité ! Il faut donc aider les antisémites à se sauver, malgré eux. Il faut les aider à s’élever, car l’antisémitisme les ramène dans le ruisseau, dans la fange. Souvenons-nous de Nietzsche qui écrivait : Wagner est tellement vulgaire qu’il en devient antisémite.
Attal tente de jouer avec nos peurs, comme le faisaient Lubitsch ou Chaplin.

L’antisémitisme n’est donc pas lié à l’errance comme le croyait un peu naïvement Herzl ?

Mais une différence énorme sépare l’antisémitisme d’avant-guerre, du notre : la présence d’Israël.
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Les Juifs ne sont plus désarmés face au monstre. Ils ont un Etat, puissant, moderne, dynamique. Mais, last but not least : la présence de cet Etat moderne ne change pas la donne : l’hydre de l’antisémitisme repousse ; mille têtes nouvelles apparaissent. L’antisémitisme n’est donc pas lié à l’errance comme le croyait un peu naïvement Herzl ?
Le grand absent du film, l’Islam et ses variantes extrémistes, fait une apparition fulgurante à la fin : Attal se demande s’il va accepter de jouer le rôle qu’on lui propose : celui d’un musulman confronté au sein de sa famille, au problème de l’intégrisme.
Extraordinaire métaphore que celle de la fin. La question que se pose Attal est celle à laquelle est confronté non seulement tout juif, mais tout citoyen français ou européen : rester implique de jouer le rôle du musulman, en clair, de jouer le jeu de l’Islam, de « jouer », c’est-à-dire de vivre dans la problématique de l’Islam, avec tout ce que cela implique : apprendre à penser, à regarder, à vivre selon l’Islam.
Terrible épilogue.

Pour tous les Juifs du Maghreb, retour à la case départ, celle de leur père, leur grand-père. Les voici plongés de nouveau dans un environnement islamisé

Attal répond : je crois que je vais accepter. S’il reste, si nous restons, avons-nous un autre choix ? La France offre-t-elle à ses citoyens une autre perspective ? Terrible ironie de l’histoire. Pour tous les Juifs du Maghreb, retour à la case départ, celle de leur père, leur grand-père. Les voici plongés de nouveau dans un environnement islamisé.
La fin du film est en soi un pur chef d’œuvre.
La question que se pose Attal résume à elle seule tout le drame de la France et de l’Europe confrontés à la vague angoissante de l’islamisation.
Ce film donne à penser, à réfléchir. C’est une chose rare dans la France d’aujourd’hui. Il est servi par une pléiade d’acteurs talentueux : outre Yvan Attal, Benoit Poelvoorde, Dany Boon, Valérie Bonneton, Charlotte Gainsbourg, Denis Podalydes, Popeck…
Il faut aller voir ce film.
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Sidney Touati pour Dreuz.info.

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