samedi 28 mai 2016

«À Moissac, 95% des Juifs ont été sauvés de la déportation»


C’est ce soir que s’ouvrent les journées historiques et mémorielles de l’association Moissac, ville de Justes oubliés qui se tiendront, ce week-end, sous le hall de Paris et au Concorde. À cette occasion, l’historien François Boulet, l’une des chevilles ouvrières de la manifestation, en profitera pour présenter son dernier ouvrage, «Moissac 1939-1945. Résistants, Justes et Juifs» (éditions Ampelos, 15 €), qui vient de paraître (1).

Cela fait quelques années que vous vous intéressez à l’histoire de Moissac… Qu’est-ce qui motive cet intérêt ?

En premier lieu, je suis natif de Moissac, et durant mon enfance, j’ai beaucoup entendu parler des témoins des maquis, à l’instar de Jean-Louis Demeurs… C’est naturellement, au cours de mes premières recherches historiques, que je me suis intéressé à ma commune et au département, avec le sujet du bonapartisme au radicalisme (mémoire de maîtrise).

Dans votre nouvel opus, vous dites de Moissac qu’elle fut une ville exemplaire durant les années noires…

25% des Juifs n’ont pas pu être sauvés en France, et 95% des Juifs ont été sauvés à Moissac. À ce titre, c’est une ville exemplaire, d’autant que la commune fait partie de cette France non religieuse (non protestante, à la différence du Chambon-sur-Lignon), un peu anticléricale, avec un milieu franc-maçon, à l’instar du résistant Paul Loubradou, qui accueille sans difficulté cette communauté de Juifs religieux que sont les éclaireurs israélites de France (EIF).


On estime que 600 enfants juifs ont été sauvés à Moissac. Sans complicité locale, cela aurait-il été impossible ?

Il y a d’abord eu le soutien du préfet (Louis Boucoiran) en 1939 et du maire radical Roger Delthil dans l’accueil des EIF à Moissac. En 1942, au moment des rafles, tout le monde se tait sur ce refuge d’une jeunesse saine, ardente et patriotique.
 Même le président de la Légion française des combattants, Vichy, font l’éloge de cette Maison où l’on reprend certains canons de la propagande du moment : le travail, la jeunesse, le retour à la terre et Dieu. 
Il ne faut pas oublier le travail clandestin du secrétaire de mairie Manuel Darrac, aidé d’Alice Pelous et d’Henriette Ducom, qui s’ingénie à faire de faux papiers et des cartes d’alimentation, et au plus dur de l’Occupation, ils trouvent des familles d’accueil pour disperser tous les enfants grâce au réseau d’amitié de Moissac et aux alentours (Lizac, Le Pin, Auvillar). N’oublions pas les policiers et les gendarmes à Moissac qui sont bienveillants envers les enfants de la Maison de Moissac. 
Ils participent à l’atmosphère du refuge pour de nombreuses raisons. Ils savent fermer les yeux aussi, voire prendre les ordres de façon «humaine», donc ne pas obéir totalement.

1 : une dédicace de l’auteur a lieu aujourd’hui à 17 heures, à la librairie Chaumerliac, rue Sainte-Catherine.
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Les Bourel, une famille de Justes moissagais à l’honneur..

Ce week-end de commémoration sera l’occasion de célébrer les Justes de Moissac. La commune, qui en comptait six pour l’heure, passe donc à dix Justes parmi les nations. Ces personnes ayant, par leur action totalement altruiste, sauvé des juifs pendant la guerre. 
Ainsi, après Manuel Darrac, Henriette Ducom, Jean Gainard, Albini et Ernestine Ginisty, Alice Pelous, c’est la famille Bourel qui sera à l’honneur ce week-end. Cette fratrie d’agriculteurs du quartier de La Madeleine à Moissac, constituée de Pierre Bourel; de son épouse Alida, née Souldadie; de leur fils Henri et de son épouse Renée, née Verdier, a, en effet, porté secours et assistance à Daniel et Bernard Simon. Après la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942 à laquelle ils échappèrent, Bernard, alors âgé de 18 ans, rejoint à nouveau Moissac. 
Il fut alors accueilli par les Bourel. Il y resta jusqu’après la Libération. Il était considéré comme un membre de la famille. Il avait de faux papiers au nom de Simonnet, avec un âge lui permettant d’échapper au STO. Les Bourel faisaient aussi parvenir des vivres à la famille Simon restée à Paris, qu’ils ne connaissaient pas. Après la guerre, les liens amicaux sont demeurés entre Bernard et les Bourel, chez qui il revenait souvent.

Colloque, expos Projections..

Ces deuxièmes journées débutent samedi 28 mai de 9 heures à 18 h 30, sous le hall de Paris, avec le colloque historique qui portera sur les enfants et adultes juifs, entre accueil, sauvetage et Résistance (1939-1945). Trois lieux d’étude : Le Chambon, Dieulefit, Moissac. À 20 heures, toujours sous le hall de Paris, théâtre avec la pièce «Le Petit Chaperon uf», de Jean-Claude Grumberg, par la compagnie des Feux, et lecture par l’auteur. 
Dimanche 29 à 9 heures, sous le hall de Paris, conférence de Beate et Serge Klarsfeld; à 11 heures, cérémonie de nomination des Justes à l’esplanade des Justes parmi les nations. L’après-midi, au cinéma Le Concorde, trois projections, dont «J’avais oublié la maison de Moissac», de Nicolas Ribowski.

Pour en savoir plus : www.des-villes-et-des-justes.com
happywheels

http://www.liguedefensejuive.com/a-moissac-95-des-juifs-ont-ete-sauves-de-la-deportation-2016-05-28.html

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