mardi 2 avril 2013

Perfect Mothers, Dead Man Down, 11.6... Les films de la semaine....3 Avril !



Noomi Rapace retrouve le réalisateur de Millenium, Nicolas Philibert filme Radio France, Cluzet dans la peau du convoyeur-braqueur Toni Musulin, deux cougars qui couchent avec le fils de l'autre, un thriller hitchcockien signé Soderbergh et un huis-clos moite dans un studio de mixage... Les films à voir (ou pas) cette semaine.

Les films à voir
Dead Man Down, de Niels Arden Oplev ****

Le succès de Millenium a ouvert les portes d’Hollywood à Niels Arden Oplev et a offert à la brillante Noomi Rapace une carrière internationale. La belle Suédoise retrouve son mentor aux States, aux côtés de Colin Farrell. Victor est un homme de main d’Alphonse, parrain de la mafia qui voit petit à petit les caïds qui l’entourent se faire enlever et tuer par un inconnu. Béatrice est la voisine de Victor et connaît la vraie nature de ses activités. Défigurée après un accident de voiture dont le coupable coule des jours heureux, elle décide de faire chanter Victor pour qu’il l’aide à faire justice. Mais découvre vite que ce dernier cache bien des choses sur son passé… Avec son style sec et froid, ses scènes de gun fight savamment chorégraphiées et une mise en scène appliquée, le Danois s’en sort encore une fois très bien. Et s’impose en excellent directeur d’acteurs : la paire Noomi Rapace (décidément parfaite en névrosée) – Colin Farrell (qui peut être un acteur crédible, presque talentueux, si si) fonctionne à merveille. La complicité des deux acteurs sert une sombre et puissante histoire d’amitié, entre rédemption et vengeance. En bonus, et non des moindres, le grand retour d’Isabelle Huppert à Hollywood, trente-trois ans après La Porte du Paradis de Michael Cimino. MD. 
 La Maison de la radio, de Nicolas Philibert ****

Nicolas Philibert, documentariste patient et exigeant (on lui doit, entre autres, le phénomèneÊtre et avoir), ne manque vraiment pas de bonnes idées. Fidèle à ses excellents principes (absence de voix off et d’esbroufe, proximité de chaque instant avec ses « personnages »), le cinéaste a planté sa caméra pendant six mois un peu partout dans les studios et les couloirs de Radio France, un lieu mystérieux et envoûtant où les artisans des ondes, 24 h sur 24, travaillent au bonheur (ou à l’énervement) de nos oreilles. Il en ramène un documentaire foisonnant et délicieux, un film qui invite à regarder la différence. En 1h40, Philibert réussit une sorte d’exploit : donner à voir (et à entendre) diverses facettes de la fabrication du son, sans jamais ennuyer. Très loin de la complaisance envers les stars du service public, le cinéaste explore avec humour et poésie les coulisses de la radio et rend hommage, discrètement, mais chaleureusement, à toutes ces voix qui nous parlent dans le poste. Une merveille, pas moins. ODB.

 11.6, de Philippe Godeau ****

Pour raconter l'histoire de Toni Musulin (novembre 2009, ce convoyeur de fonds défraie la chronique en se faisant la malle avec 11,6 millions d'euros), Philippe Godeau retrouve François Cluzet, trois ans après  Le dernier pour la route. Ici, ce n’est pas le braquage ni son audace qui intéresse le réalisateur mais le parcours d’un solitaire, un aigri mal aimable dont on peine à comprendre les motivations. Un parti pris risqué mais qui tient la route. Cluzet excelle en taiseux complexe qui n’aime personne, le genre de collègue irréprochable, consciencieux et monomaniaque mais avec qui on n’irait pas passer ses vacances. Le comédien, déjà parfait dans la peau de l’escroc philanthrope Philippe Berres (À l’Origine, de Xavier Giannoli) campe avec brio un homme difficile à cerner. Godeau ausculte les humiliations de la classe laborieuse et les aspirations d’un de ses hérauts, un gars en apparence ordinaire, qui, par son acte, fait un beau bras d’honneur au grand capital en pleine crise financière. Les seconds rôles, Corinne Masiero en tête, parviennent avec justesse à mettre en relief toute la psychologie torturée du protagoniste. À voir, ne serait-ce que pour la performance de Cluzet. MD.
 Perfect Mothers, d'Anne Fontaine ****

Quelque part dans une contrée australienne bénie des Dieux. Lil et Roz, deux amies très proches depuis l’enfance, vivent a priori un bonheur parfait dans leurs luxueuses demeures, sises près de l’Océan. Dans ce paradis sur terre, les hommes brillent par leur absence. Lil (Naomi Watts, excellente, comme toujours) est veuve depuis quelques années. Roz (Robin Wright, convaincante comme rarement) ne souhaite pas accompagner son époux qui s’en va travailler à Sidney. Seules avec leur fils respectif, de beaux gars d’une vingtaine d’années, les deux mamans entament bientôt des relations amoureuses et sexuelles avec le rejeton de leur amie. Aux antipodes des surenchères crapoteuses et du plan de coupe sociologisant sur les biens connues cougars, Perfect Mothers plonge à fond dans le tumulte intérieur de ses deux héroïnes, en proie à des fantasmes contrariés depuis des lustres. Mettre en scène le désir et son assouvissement n’est pas chose aisée. Anne Fontaine s’y est essayée et elle a eu raison. ODB.
 Le film à voir, à la rigueur
Effets secondaires, de Steven Soderbergh ***
Jon Banks (Jude Law, très sérieux), un psychiatre réputé, croise à l’hôpital la jeune Emilie (Rooney Mara, parfaite) alors qu’elle a essayé de mettre fin à ses jours. La pauvre est en pleine rechute d’une dépression qui l’oppresse depuis plusieurs années et a foncé dans un mur avec sa voiture pour en finir. Et le moment est plutôt mal choisi puisque son mari vient de sortir de prison où il purgeait une peine pour délit d’initié. Le docteur décide donc de lui prescrire un tout nouveau médicament supposé soigner la dépression. Emilie commence alors à être victime de sérieuses crises de somnambulisme. Un matin, son mari (Channing Tatum) est retrouvé assassiné dans l’appartement conjugal. Pour cette exploration du milieu médical, de la dépression et de la dualité d’une femme, Soderbergh et le scénariste Scott Z. Burns lorgnent du côté du génie de Vertigo d’Hitchcock et de la grâce et de l’étrangeté duDressed to Kill de De Palma. Mais avec un dernier tiers de film assez faible et tristement classique, il n’arrive pas à hisser Effets Secondaires au niveau des meilleurs thrillers. Il n’en est pas moins un honnête divertissement, avec en prime un twist final surprenant. PLG.
 Le film à éviter 

Berberian Sound Studio, de Peter Strickland

Peter Strickland s’était fait remarquer en 2009 à Berlin avec Katalin Varga, portrait troublant d’une femme affrontant son passé. En 2013, il revient avec Berberian Sound Studio, hommage aux films d’horreur de série Z, mais qui n’en est pas un. Gilderoy est ingénieur du son pour documentaires gentillets de la télé britannique. Il débarque en Italie, où un maestro de l’épouvante fait appel à lui pour mixer la bande son de sa dernière réalisation. Le discret british intègre donc le miteux Berberian Sound studio. Là, la surprise est grande. Le soi disant roi des films d’horreur n’est jamais là, l’équipe est exécrable et la paie se fait longuement attendre. Derrière ses platines, Gilderoy déchante vite. Si Strickland réussit dès les premières minutes à instaurer une atmosphère moite et angoissante, son huis-clos patauge dans la semoule pendant une heure et demi qui en paraît trois. Berberian Sound Studio, à coup de bruitages stridents et de doublages ratés, se réduit à une complexe mise en abyme, un exercice de style pour cinéphiles autistes où le son prend le dessus sur l’image. C’est dommage pour Toby Jones, qui fait de son mieux et parvient à sauver son honneur, hélas pas le film. MD.

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