Par Paul Benaïm pour Guysen International News

Nous sommes en mai 2011, en pleine affaire DSK. Le récit qui va suivre n’a qu’un très lointain rapport avec les accusations portées contre l’ancien directeur du Fond Monétaire International. Ici, la victime est un homme, pris dans un engrenage administratif qui ne connaît pas de frontières.
Les deux événements, celui qui fait l’objet de cette nouvelle, et l’affaire du Sofitel de New York, comportent des points communs et des différences majeures : comme dans l’affaire DSK, une partie de l’action se déroule dans les locaux d’un commissariat de police (Figure 1), mais ici la victime est un ami très proche qui m’a raconté son histoire. Je la rapporte fidèlement, sans en omettre un détail, à la façon d’un greffier.
« Le 21 mai 2011, un samedi matin, je trouve dans mon courrier une enveloppe marron clair portant le sigle de la préfecture de police, une enveloppe contenant une
Convocation de police à la demande de Mademoiselle Léopoldine B.
Je suis stupéfait : je suis le destinataire de cette lettre.
Pensant à une méprise, j’interroge mon entourage, mes enfants : ce nom de Léopoldine B. leur est inconnu. Je me rends aussitôt au commissariat de police tout proche : il est fermé le samedi. Par contre la mairie est ouverte et une charmante hôtesse tente de me rassurer : si cela était sérieux, vous auriez reçu une lettre recommandée, vous avez peut-être perdu quelque objet… », mais ces paroles ne m’apaisent pas. Il me faudra attendre lundi. Je confie à l’hôtesse que je suis sujet à des crises d’arythmie, et que j’ai bien peur que ce souci ne déclenche une nouvelle crise.
Cela n’a pas manqué : dans la nuit du samedi au dimanche, mon cœur bat la chamade, avec des battements rapides et irréguliers, et cela jusqu’au matin. Cela fait près d’un an que je n’ai eu aucune crise. De ce fait le lien entre mes préoccupations présentes et le dérèglement du rythme cardiaque m’apparaît probable, confirmant une fois de plus que le cœur n’est pas le siège des émotions, comme le croyaient les anciens, mais qu’il en est la cible.

Une nouvelle crise, d’une durée de plusieurs heures, se produit dans la nuit du dimanche au lundi, et dès 9 heures je me présente au commissariat, muni de ma convocation.
Je suis aussitôt reçu par une jeune femme en uniforme qui se présente comme mademoiselle Léopoldine B., officier de police.
La clef du mystère
Me voici donc assis dans le bureau de Mademoiselle Léopoldine B. qui feuillète un dossier dont elle précise qu’il émane d’un juge espagnol.
Je suis de plus en plus intrigué : mon dernier séjour dans la patrie de Cervantès date de plus de dix ans et, très respectueux du code de la route, je n’y ai commis aucune infraction.
Léopoldine lit une phrase qui répond enfin à mes interrogations : il s’agit d’un litige portant sur une paternité contestée et le juge espagnol me demande d’apporter mon témoignage.
Vous connaissez Monsieur Robert H. depuis plus de 50 ans. Ce monsieur aurait eu une liaison avec une assistante sociale d’origine espagnole : de cette liaison serait née une enfant, aujourd’hui âgée de 48 ans et cette personne désire la reconnaissance paternelle.
Et l’officier me précisa que d’autres « témoins » font l’objet d’une convocation similaire.
En quoi suis-je concerné ? Ai-je demandé : je n’ai jamais vu cette personne et n’ai jamais assisté aux ébats de M. Robert H. Je n’ai donc aucun avis sur cette question.
Et je ne peux m’empêcher de faire part à Mademoiselle B. des conséquences de cette convocation qui a fait naître en moi un état d’anxiété à l’origine de troubles du rythme cardiaque.
Pourtant, répond Léopoldine, vous n’avez rien à vous reprocher?
J’eus l’imprudence d’ajouter : effectivement, je n’ai pas commis d’agression sexuelle depuis plus de six mois !
Grave erreur, je suis trop bavard, on ne plaisante pas avec l’autorité publique, même si elle est représentée par une jolie jeune femme : Léopoldine me jette un regard soupçonneux et je m’empresse de dire : je plaisante, bien sûr, en pensant à ce malheureux passager d’un avion américain arrêté à son arrivée aux Etats-Unis pour avoir déclaré qu’il s’était attardé aux toilettes, occupé à la préparation d’une bombe !
Des suites dommageables
Depuis ce jour fatidique, j’ai eu en moyenne un accès par jour, parfois deux ou même trois, chacun durant 4 à 6 heures. Au début, la fréquence de survenue des crises croissait régulièrement, comme si chaque crise faisait le lit de la suivante (Figure 2)
De plus, mon sommeil est perturbé : je me réveille au cours de la nuit et ne me rendors qu’au petit matin.
Tout cela à propos d’une affaire judiciaire sur laquelle je n’ai rien à dire !
Mais je ne suis pas vindicatif : au début du mois de juin, je me suis rendu à nouveau au commissariat pour remettre à l’officier une invitai à une séance de dédicaces de mon dernier livre, en y joignant un compte-rendu de ce livre paru dans un hebdomadaire, une invitation contre une convocation…
Cette confessionlibératrice aura peut-être un effet bénéfique, atténuera ou fera disparaître mes désordres rythmiques. »
C’est ce que je souhaitai à mon ami en le quittant.
Quelques jours plus tard, il me téléphonait.
« Je n’ose pas y croire : depuis que j’ai entrepris il y a 7 jours, le 14 juillet, de vous raconter cette étrange histoire, je n’ai eu aucune crise. Mais il me faut encore un peu de recul pour crier victoire et penser que cette « attaque » d’arythmie, cette vague de crises, est, du moins pour un temps, arrivée à son terme ».
Ainsi s’achève le récit de mon ami qui, à ce jour, plus de deux semaines après sa troublante confession, va très bien.
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