dimanche 7 août 2011

Exposer des artistes arabes et musulmans en Israël, un vrai défi...


Exposer des artistes arabes et musulmans en Israël, un vrai défi...

Anita Varden

Le musée israélien de la Couture, situé sur la route qui sépare Jérusalem Est des banlieues arabes, présente une exposition destinée à faire tomber les barrières politiques au Moyen-Orient.

Créé en 1999, le musée de la Couture est installé dans un bâtiment de style ottoman conçu par un Palestinien. Il est situé au coin du quartier juif ultra-orthodoxe de Mea Shearim et du quartier arabe de Sheikh Jarrah. Au moment de la création de l’Etat d’Israël en 1948, il devint un poste de commandement juif sur la ligne de division entre la Jérusalem juive et celle qui était occupée par la Jordanie. Un checkpoint était le seul passage entre les deux secteurs, séparés par une barrière de fils de fer détruite lors de la victoire des Israéliens sur les Arabes en 1967.

La façade de la demeure en porte encore les stigmates, par la volonté de son directeur artistique Raphie Etgar, pour qui le fait d’exposer les traces de bombes et de balles « rappelle aux gens de quel choix ils disposent ».
Le musée tente depuis des années de convaincre des artistes arabes et musulmans d’exposer dans ses galeries, ce qui n’est pas une tâche facile.
Nombre d’artistes moyen-orientaux refusent, au nom de la politique israélienne envers les Palestiniens. Nombre de leurs gouvernements, l’Iran par exemple, leur interdisent tout contact, considéré comme illégal. L’Egypte, qui a signé un accord de paix avec Israël en 1979, comprend nombre d’associations d’artistes interdisant à leurs membres d’engager la moindre « normalisation » avec l’Etat juif.

Malgré cela, le musée de la Couture a finalement réussi à rassembler les œuvres de sept artistes originaires du Moyen-Orient pour cette exposition qui en présente 28 au total, intitulée West End. Le thème examine l'opposition Islam-Occident. Les artistes invités sont venus d’Iran, d’Arabie saoudite, du Maroc et d'Egypte, tous pays entretenant des relations frileuses ou hostiles avec Israël.
Les œuvres d’artistes américains, européens et russes y sont aussi présentées, mais le nombre d’artistes moyen-orientaux y est inhabituel. Ils subissent des pressions et craignent soit pour leur retour dans leur pays natal, soit pour leurs parents restés sur place, selon M. Etgar.
Deux artistes exposés (un Egyptien et un Saoudien) vivent dans leur pays d’origine, tandis que les autres ont opté des pays occidentaux. Mais même ces artistes vivant à l’Ouest sont difficiles à exposer en Israël.
La plupart des artistes du Moyen-Orient ont refusé de répondre aux demandes d’interview. Mounir Fatmi, Palestinien du Maroc vivant à Paris et rentrant régulièrement voir sa famille à Tanger, a accepté.

« Même si j’ai des amis arabes qui sont artistes et qui ne sont pas d’accord avec moi, je pense qu’il ne faut pas priver le public de notre travail pour des raisons de politique étrangère dans nos pays. Je continuerai à exposer aussi longtemps que j’aurai des propositions intéressantes », dit-il.
Le Maroc et Israël ont entretenu des relations formelles entre 1994 et 2000, sans jamais avoir signé un accord de paix, suivies d’une rupture à l’initiative du Maroc au moment de la deuxième intifada.
Aucun artiste palestinien de Judée-Samarie n’est exposé, et ce n’est pas faute d’avoir essayé.
« Par le passé, chaque fois que j’ai approché des artistes du monde musulman, la réponse était décevante », raconte M. Etgar, « et c’était encore pire chez les Palestiniens de l’autre côté de la rue ».

Mais les choses changent depuis deux ans, dit-il.
« Je pense qu’il y a eu une prise de conscience individuelle et une maturation des artistes. Ils ont compris que leur contribution serait beaucoup plus significative s’ils présentent leur travail à notre public », conclut-il.

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