
Interview de Nicole Guedj – Présidente de la Fondation France-Israël
par Guitel Ben-Ishay du leptithebdo
pour © 2011 www.aschkel.info
Nicole Guedj, née à Constantine, est une juriste et femme politique française. Elle est membre de l'UMP et a, notamment occupé le poste de secrétaire d'Etat en 2004. Elle est très engagée sur de nombreux terrains, surtout sociaux et humanitaires. Depuis deux ans, elle préside la Fondation France-Israël. Dans ce cadre, elle organise une visite de petits-enfants de Justes parmi les Nations, à Yad Vashem et dans tout le pays pour la deuxième année consécutive. Cette année, cette délégation était présente pour commémorer Yom Hashoa. A cette occasion, nous avons interrogé Nicole Guedj sur la Fondation France-Israël, ce voyage et sa vision de la politique française.
Le P'tit Hebdo : Qu'est-ce que la Fondation France-Israël ?
Nicole Guedj : Elle a été créée en 2005 par Jacques Chirac et Ariel Sharon. L'idée était de prolonger le réchauffement des relations entre la France et Israël au-delà des sphères politiques et diplomatiques et de promouvoir les échanges entre Français et Israéliens. Depuis sa création, la Fondation soutient ainsi les domaines scientifiques, culturels et économiques. Récemment, nous avons initié Isralink, un réseau social, principalement destiné aux entreprises françaises et israéliennes. L'objectif est d'agir sur tous les terrains où des échanges sont possibles.
Lph : Pourquoi faire venir des petits-enfants de Justes en Israël ?
N.G : Pour ces petits-enfants, qui ont entre 20 et 30 ans, il s'agit d'effectuer un double travail de mémoire : d'une part vis-à-vis de leurs grands-parents et d'autre part à l'égard des victimes de la Shoa.
Par ailleurs, ce voyage leur permet de porter un autre regard sur Israël que celui associé à un pays d'hommes armés, en conflit. Ils découvrent un Etat d'une grande richesse culturelle ainsi qu'une terre d'innovation. Ils rencontrent également des Israéliens et échangent avec de jeunes soldats.
Du point de vue israélien, ces rencontres sont également bénéfiques. Par la présence de ces descendants de Justes parmi les Nations, en Israël, la France présente ses héros et ses Justes. Ainsi, lorsque l'on parle de la France, ce n'est plus l'image du pays antisémite et ayant collaboré avec les nazis qui vient à l'esprit.
Pour moi, il s'agit d'un projet très important puisqu'il permet au passé de continuer à exister et au présent et à l'avenir de s'exprimer ; tout ceci pour une meilleure compréhension entre nos deux pays.
Cet évènement, largement soutenu en France, a d'ailleurs reçu un chaleureux encouragement de la part du Président Sarkozy qui nous a félicités lors de son intervention au dîner du CRIF.
Le Président israélien, Shimon Peres soutient, lui aussi, avec force toutes nos actions. Il en va de même pour le gouvernement israélien, dans son ensemble. Ainsi, Avigdor Lieberman a souhaité me rencontrer lors de sa récente venue en France, pour me faire part des attentes qu'il plaçait dans notre fondation.
Lph : Et les participants quel souvenir en gardent-ils ?
N.G : Nous avons rencontré à la veille de notre départ pour Israël, les jeunes qui ont participé au projet l'an dernier. Lorsqu'ils évoquent leur voyage, l'émotion est palpable.
Pour ce qui est des 20 personnes que nous emmenons cette année, elles abordent ce voyage avec beaucoup d'impatience et de curiosité.
Lph : Vous avez occupé et occupez toujours diverses responsabilités politiques en France. Quelle est votre analyse de la politique française à l'égard d'Israël ?
N.G : Je tiens à souligner que Nicolas Sarkozy est un ami véritable d'Israël. Il le prouve à chaque fois qu'il en a l'occasion.
Dans le cadre de mes fonctions, je peux, chaque jour, mesurer l'appui de la France envers Israël. Parmi les membres du Conseil d'administration de la Fondation France-Israël figure, notamment, Christian Masset, un membre du Quai d'Orsay. Il est l'une des personnes les plus engagées, efficaces et actives de notre Fondation.
Nous devons nous méfier des raccourcis péjoratifs et peu constructifs concernant le ministère des affaires étrangères ou la politique française en général.
Ce que je veux dire, c'est que la France compte beaucoup d'amis d'Israël dans les rangs de ses diplomates et hommes et femmes politiques. Notre devoir est de les soutenir et de les encourager.
Lph : Vous avez été membre de la Commission Stasi (2002) relative à l'application du principe de laïcité en France. Que dire du débat qui secoue la France aujourd'hui autour de ce thème ?
N.G : Je pense qu'il est toujours bon de débattre. Mais permettez-moi de remarquer que les travaux de la Commission Stasi avaient déjà fait le tour de ces questions.
Il est fondamental qu'aucune communauté ne se sente stigmatisée.
De mon point de vue, il serait préférable de réaliser l'ensemble des recommandations émises par la Commission Stasi, et notamment la création d'un observatoire de la laïcité.
Celui-ci permettra, entre autres, de définir ce qu'est une transgression du principe de laïcité et l'ampleur des phénomènes posant problème. Par exemple, il est évident qu'il faut interdire la burqa mais nous devons être conscients de l'ampleur très limitée de ce phénomène religieux.
La France doit rester l'exception qu'elle est en matière de laïcité : un pays libre et tolérant.
Lph : Au mois de novembre 2012, seront élus des députés représentant les Français de l'étranger. Que pensez-vous de cette catégorie inédite de représentants ?
N.G : Je trouve cette démarche très importante. Nos compatriotes expatriés doivent être davantage associés au destin de notre Nation.
Israël est un pays qui compte beaucoup de francophones ; le député qui les représentera fera valoir les valeurs de la francophonie en Israël et fera le lien entre les deux pays, comme le fait la Fondation France-Israël.
Quelque soit le candidat qui sera élu, il aura tous mes encouragements, tout mon soutien et pourra compter sur ma collaboration sans faille.
Lph : Un mot pour la communauté francophone d'Israël ?
N.G : Je veux lui témoigner ma profonde affection. Le choix que ces Français ont fait est le bon. Au sujet de l'Alya, ma position est claire depuis de nombreuses années : chaque homme et chaque femme doit pouvoir choisir son destin dans la liberté, par conviction et par passion, jamais par peur.
Notre vie en France est certes enviable, mais ceux qui ont choisi de vivre en Israël méritent toute mon affection.
Je m'intéresse, de longue date, au destin d'Israël et de ses habitants. Ma mission guide mes pas et mes pensées vers eux.
Par Guitel et Abraham - Publié dans :ANALYSES/INTERVIEW/DISCOURS - Communauté : L'Equipe J.A.G - TOP NEWS
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