jeudi 16 août 2018

Gap: la publicité à la fillette voilée piétine les principes républicains parAurélien Marq.....


Dans une publicité pour sa gamme « kids », la marque de vêtements Gap montre une petite fille vêtue d’un voile. Or, un voile islamique n’est pas un simple vêtement mais une marque d’adhésion à une idéologie qui proclame notamment « les femmes ne doivent pas avoir les mêmes droits que les hommes ».  Retour sur la controverse.


Au milieu de la polémique qui suit la présence d’une fillette voilée sur une affiche publicitaire de la marque de vêtements Gap, deux articles se distinguent par leur grande qualité, ceux de Gilles Clavreul et de Céline Pina. En plus d’en recommander chaudement la lecture, j’aimerais en souligner quelques points, et en nuancer l’un ou l’autre.

Courageuse Céline Pina

Inutile d’insister sur les questions que soulève ce voilement d’une enfant : questions du discernement et du consentement à un âge précoce, de l’endoctrinement parfois ouvertement revendiqué (par exemple par Asif Arif, ce qui n’empêche pas le mal nommé « Observatoire de la Laïcité » de l’avoir longtemps soutenu), questions du rapport au corps et à la féminité, de vouloir séduire un marché (économique ou électoral) au mépris de la morale, et de la banalisation d’une marque d’appartenance dont les thuriféraires réclament pour eux-mêmes, lorsqu’ils sont minoritaires, des libertés qu’ils n’accordent pratiquement jamais aux autres une fois qu’ils sont au pouvoir.
Rappelons simplement qu’un voile islamique n’est pas un simple vêtement mais une marque d’adhésion à une idéologie qui proclame notamment « les femmes ne doivent pas avoir les mêmes droits que les hommes ». Oublions la pseudo-excuse religieuse, oublions l’argument fallacieux de la coutume, et demandons-nous ce que nous penserions si cette fillette était exhibée avec un tee-shirt arborant un tel slogan !
Pour citer Céline Pina : « nul n’a eu le courage politique d’assumer qu’un signe qui marque l’infériorité de la femme par rapport à l’homme, son infantilisation et sa réduction à sa fonction sexuelle n’a rien à faire dans des sociétés démocratiques où la reconnaissance de l’égale dignité des hommes et des femmes est à la base du contrat social. (….) Pendant que les femmes iraniennes prennent tous les risques et nous crient à quel point le voile est un instrument d’obscurantisme et de soumission, nous leur montrons qu’ici et maintenant, là où on est censé interdire les persécutions d’une partie d’une population au nom de la religion, on peut piétiner les droits des enfants, surtout des petites filles, si c’est fait au nom de la religion. »
Et encore, dans une réflexion tout aussi pertinente : « le scénario (….) confond respect et soumission, tolérance et sujétion et ne conçoit d’aller vers l’altérité qu’en effaçant sa propre identité. En creux il révèle à quel point nous croyons que le seul moyen d’aller vers l’autre, c’est d’abolir ce que nous sommes. Une impasse culpabilisatrice qui favorise au contraire le rejet et la radicalité face à cette impossible commande du politiquement correct. »

Tout ne relève pas du droit

Gilles Clavreul, lui, interroge notamment « la précipitation grandissante avec laquelle on tend à traiter ce genre de faits de société en se demandant « que dit le droit ? », tout se passant comme si tout problème était d’abord un problème de droit, devant en tant que tel avoir sa réponse juridique, ou qu’en tout cas la réponse juridique serait par avance et par construction revêtue de qualités supérieures, d’objectivité et de légitimité, qu’aucune réflexion philosophique, sociologique ou politique ne serait capable d’atteindre. En somme on ne cherche pas à éclairer le débat par le droit, mais à le clore. »
L’essentiel est dit. Contaminés par la dérive anglo-saxonne qui consiste à porter tout désaccord devant les tribunaux, nous en arrivons à renoncer à « la réflexion philosophique, sociologique ou politique » pour ne plus penser qu’à la loi, en une dérive étrangement similaire à celle des fanatiques qui nous combattent, et pour lesquels l’obéissance à une loi divinisée et prétendument divine abolit toute exigence éthique.
Or, chaque fois que la loi se pique de dire le Bien et le Mal, au lieu de se contenter du domaine déjà complexe de l’obligatoire, du permis et de l’interdit, le totalitarisme est là.

Le contrat-roi

A l’inverse, l’abandon de l’exigence morale pour ne garder que la dimension contractuelle des relations humaines et du droit aboutit à la loi de la jungle, la capacité d’instrumentaliser les subtilités juridiques tenant lieu de force, son vernis policé ne devant pas en masquer la sauvagerie. Les bons avocats ne coûteraient pas si cher s’ils n’étaient pas capables de faire gagner des procès que d’autres qu’eux auraient perdus, ce qui prouve si besoin était le manque d’objectivité et de fiabilité d’un tel système, qui malgré ses mérites s’apparente de plus en plus à des combats entre champions mercenaires.
Entre les deux, entre le totalitarisme du Bien et la brutalité de la contractualisation permanente, notre devoir à tous, notre devoir de citoyens, est de tenter de suivre l’injonction millénaire et toujours vraie qu’Eschyle place dans la bouche d’Athéna : « Que mon peuple évite l’anarchie comme le despotisme ! » (Les Euménides)
Reste, tout de même, une remarque. Gilles Clavreul semble défendre in fine le droit positif. Je crois au contraire, pour ma part, que seule la recherche du droit naturel, de « ce qui est bien en soi et quoi qu’on en pense », peut garantir la liberté et les libertés.
Car qu’est-ce au fond que le droit positif, sinon la dictature du consensus du moment, d’un effet de mode, et le risque toujours présent de mettre démocratiquement fin à la démocratie ? On ne peut échapper à ce paradoxe qu’en recherchant un bien objectif, s’appuyant sur une échelle de valeurs structurante.

Une certaine idée de l’Homme

Pour exister et perdurer, la démocratie doit admettre comme prérequis, qui gagne à être explicité, une certaine idée de l’Homme, qui d’une part veuille l’Homme libre, et d’autre part l’estime capable d’accéder à cette liberté puis de l’assumer.
Exalter l’émancipation de l’Homme n’a de sens que si l’on croit cette émancipation possible, et l’Homme digne d’y accéder. On ne peut conquérir une liberté dont on ne dispose initialement pas que si notre nature contient en germe au moins le désir et la potentialité de cette liberté. Une idée de l’Homme permettant la démocratie relève donc bien de convictions relatives à la nature humaine, c’est-à-dire du droit naturel.
Et au passage, pourvu que l’on partage cette vision de la nature humaine, l’essentiel n’est pas que l’on en voie l’origine dans les hasards et les nécessités de l’évolution, dans une téléologie impersonnelle, ou dans une volonté ou ascendance divine.
Rien à voir, bien sûr, avec l’argument du « droit naturel » comme justification d’un quelconque « ordre moral », pour condamner des comportements qualifiés de « contre-nature », ou pour faire passer pour naturel ce qui n’est que préjugé arbitraire. L’opposition entre « nature » et « culture » montre d’ailleurs toutes ses limites une fois que l’on comprend qu’il est dans la nature de l’Homme d’avoir une culture, voire de sublimer et de dépasser sa nature, et que c’est justement de refuser toute réflexion critique sur la manière dont nous vivons notre nature qui serait pour nous…. contre-nature !

La révolte universelle contre toute souffrance absurde

Notion à manier avec prudence, donc, mais néanmoins indispensable. En effet, « l’égale dignité des hommes et des femmes » ne relève pas uniquement du « contrat social », tout simplement parce que la société n’est pas seulement un contrat. Surtout, cette égale dignité n’est pas une question d’opinion : elle est, ou elle n’est pas. Ce qui fonde la dignité humaine est partagé par les hommes et par les femmes, ou ne l’est pas. Si nous croyons vraiment en ce en quoi nous disons croire, osons donc nous poser la question sans craindre la réponse !
Alors je le dis tout net : cette égale dignité est factuelle. La différence entre hommes et femmes est une réalité, et les chromosomes ne sont pas une construction sociale, même s’il existe de nombreuses manières d’être homme ou d’être femme, y compris par de multiples orientations sexuelles. Mais ce qui fait à mes yeux la valeur de l’Homme, on le rencontre aussi bien chez des hommes que chez des femmes, et ce sans distinction de sexe, de couleur de peau ou de sexualité. Yadh Ben Achour voit le fondement des droits de l’Homme dans la révolte universelle contre toute souffrance absurde, et cette révolte a poussé à la grandeur des femmes comme des hommes. Mencius trouvait l’origine de toute véritable éthique dans l’élan instinctif qui nous pousse à vouloir empêcher un enfant même inconnu de tomber dans un puits, et ce réflexe a poussé à la bonté des femmes comme des hommes – d’ailleurs, en défendant avant tout l’intérêt supérieur de l’enfant, Gilles Clavreul se fait lui-même le digne héritier du grand philosophe chinois.
Quel que soit le droit que l’on voudrait concéder aux hommes mais refuser aux femmes, il y a des femmes qui en seraient nettement plus dignes que bien des hommes. Et à l’heure où un certain féminisme dévoyé rêve de matriarcat plus que d’égalité, il n’est pas inutile de dire aussi : quel que soit le droit que l’on voudrait concéder aux femmes mais refuser aux hommes, il y a des hommes qui en seraient nettement plus dignes que bien des femmes.

Ce n’est pas néo-colonialiste de condamner les sacrifices humains

La contractualisation fluctuante et le consensus mou n’ont jamais permis de donner du sens à une civilisation. Bien sûr, il y a des choses qui relèvent de l’équilibre du moment, du particularisme local, et cette diversité est une composante précieuse de la richesse de l’Humanité : le besoin de chaque peuple de développer librement sa propre culture fait partie de ce que tous les peuples ont en commun ! Y compris d’ailleurs les peuples occidentaux, auxquels une certaine bien-pensance voudrait maintenant dénier ce droit….
Mais si chaque civilisation a créé des styles de musiques uniques selon son génie propre, et si certaines de ces musiques peuvent me sembler étranges, il n’en demeure pas moins que toute musique est de la musique, et non du bruit. Ce n’est pas du néo-colonialisme que de condamner les sacrifices humains, l’esclavage ou l’excision.
Certaines choses ne dépendent ni du moment, ni du lieu, ni de la jurisprudence. Ne méprisons pas la valeur de la concorde sociale, mais n’ayons pas honte d’aller contre l’air du temps pour défendre ce qui mérite de l’être.
Relativiser les valeurs de la République n’est pas une ouverture à l’autre, ce n’est qu’un lâche abandon des générations futures, une fuite des responsabilités dans un lent suicide collectif. Ce n’est pas de la tolérance, c’est un crime.

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