jeudi 15 mars 2018

Edouard Cukierman ”L’innovation israélienne est importante pour les Chinois”


Le fond d’investissements Cukierman & Co. Investment House Ltd. est crée en 1993 par Edouard Cukierman. Son objectif est annoncé: promouvoir les entreprises israéliennes sur le marché international, soit par des investissements, soit par un soutien à la production, soit par des levées de capitaux et des introductions en bourse. Grâce à  Cukierman & Co. Investment House Ltd., l’innovation israélienne a pénétré de nombreux marchés en Europe mais surtout, depuis quelques années, en Chine.
Le P’tit Hebdo: Avoir créé Cukierman & Co. Investment House Ltd. était-il pour vous une forme de sionisme?
Edouard Cukierman: Je suis né en France d’un père français (Roger Cukierman, ancien Président du CRIF et cadre dans le groupe Edmond de Rotschild, ndlr) et d’une mère israélienne. Tous les étés, nous venions en Israël. A 18 ans, c’est donc par sionisme que j’ai fait mon alya. J’avais d’abord comme idée de rentrer à l’armée. Finalement, le programme a été un peu modifié: j’ai d’abord étudié au Technion puis j’ai effectué mon service militaire. Je suis officier de réserve dans l’unité des négociations en situation de crise et pendant longtemps j’ai été porte-parole de l’armée pour les médias francophones.
Souvent, on pense que j’ai créé Cukierman & Co. Investment House Ltd., pour suivre les traces de mon père. Mais en réalité, gérer un fonds d’investissement comporte une part de risque qui n’existe pas dans les métiers de banquiers. Il n’est pas facile de lever de l’argent pour des sociétés israéliennes. La création de cette société était, en effet, un choix de vie, un choix sioniste. Elle me permet d’agir pour que les entreprises israéliennes se développent au niveau international. Israël étant un petit marché, les entreprises sont toujours intéressées par l’établissement de relations avec des partenaires internationaux.

Lph: A quel niveau se situent aujourd’hui les investissements étrangers en Israël?
E.C.: D’une manière globale, on estime à cinq milliards de dollars, les investissements étrangers sur le marché hi-tech israélien. Israël est clairement devenu une puissance technologique. Nous nous situons juste derrière la Silicon Valley et New York en ce qui concerne le rapport montants d’investissements par habitant. Dans le Med Tech, les investissements étrangers en Israël représente la moitié de ce qui est investi dans l’Europe entière.

Lph: Depuis quelques années vous travaillez essentiellement avec la Chine. Comment un pays de plus d’un milliard d’habitants peut-il être aussi attentif à ce qui se passe dans un pays d’à peine huit millions d’habitants?
E.C.: Israël possède quelque chose qui étonne et passionne les Chinois. Il s’agit de l’innovation. Celle-ci joue un rôle majeur sur de nombreuses entreprises chinoises leur permettant d’être plus compétitives. Les Chinois font preuve d’un engouement très important pour ce qui se passe en Israël. Aujourd’hui, la dépendance est mutuelle. Sur ces cinq dernières années, les Chinois ont investi 15 milliards de dollars en Israël. Petit à petit, ils se rapprochent des montants investis par les Américains.

Lph: Comment sont nées ces relations si fructueuses?
E.C.: Mes partenaires et moi-même avons pris cette initiative d’aller vers la Chine grâce à des contacts très importants sur place. Une grande banque chinoise est entrée dans notre fonds d’investissement et nous avons ouvert un bureau à Hong Kong. Notre directeur général, Haggai Ravid, s’est installé en Chine. C’est par l’intermédiaire de Ronnie Chan,  président de Hang Lung Properties, le géant chinois de l’immobilier et cofondateur de Morningside, un fonds d’investissement actif dans le domaine des technologies de pointe, que nous avons fait décoller nos échanges, notamment à travers les rencontres GoforIsrael.
Les deux précédentes années, ces rencontres se sont tenues en Chine et sur les 2800 participants, 2500 étaient chinois. En deux jours, plus de 1000 rendez-vous ont été fixés entre des investisseurs et les sociétés israéliennes.

Lph: Peut-on nouer des relations économiques avec Israël sans parler de politique?
E.C.: Les Américains et les Chinois sont très pragmatiques. Quand ils investissent en Israël, ils voient leurs intérêts et sont prêts à dépenser des milliards de dollars. En 2017, 30 milliards de dollars ont été dépensés en acquisition de sociétés israéliennes par des grands groupes internationaux. Avec les Chinois, la prise de décision se fait à partir d’une analyse objective de l’intérêt des grands groupes. A cela s’ajoute, un engouement des Chinois pour Israël et la communauté juive avec laquelle ils partagent des valeurs communes. Ils sentent que la matière grise israélienne peut beaucoup contribuer au développement de leur pays, que ce soit dans le domaine médical, du traitement de l’eau ou de la hi-tech.

Lph: Peut-on envisager des échanges avec les puissances arabes voisines?
E.C.: On note une volonté des sunnites modérés de développer des relations. Mais peu de leaders arabes ont le courage de le dire. Sur le terrain, des coopérations existent. Néanmoins, il faut souligner que les pays environnants ne sont pas de grands consommateurs d’innovations et de technologies. Alors pour le moment, nous avons les accords avec l’Egypte et la Jordanie, notamment sur le gaz, il y a aussi la désalinisation de l’eau qui nous permet d’être un fournisseur important. Il existe bien des intérêts de coopération. J’appartiens à une organisation créée par Yossi Vardi et Mounib Masri, hommes d’affaires israélien et palestinien, ”Breaking the Impasse”. Nous pensons que les échanges économiques sont primordiaux pour diminuer les tensions avec nos voisins. Quand on a une économie forte, on préfère éviter les conflits pour ne pas perdre cet acquis. Par ailleurs, une économie stable permet de se focaliser sur son développement et non plus sur la haine de son voisin.

Lph: D’autres marchés internationaux devraient-ils être explorés?
E.C.: Il y a un très gros potentiel avec la Russie, sachant que 37% des ingénieurs en Israël sont d’origine russe. Tous les marchés émergents (Amérique du Sud, Inde) sont très importants, mais ces économies ne se développent pas aussi vite et sont moins motivées que la Chine. Cette dernière va devenir, à terme, la première puissance économique mondiale et dans ce but, l’innovation israélienne est importante pour elle. Nous sommes donc ouverts à d’autres pays émergents, mais la Chine reste numéro 1 pour nous.

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