jeudi 10 août 2017

»Donner du sens à notre douleur » Nicole et Eliyahu Abrahami....


Le 18 août 2011, 18 av 5771, le Sud du pays était victime d’une série d’attentats meurtriers, près de la frontière égyptienne. Huit personnes y ont été assassinées.
Parmi elles, Pascal Yom Tov Abrahami, z »l, agent de l’unité de lutte anti-terroriste de la police israélienne. Cet homme de 49 ans était originaire de France, arrivé en Israël avec sa famille en 1977. Son père, Eliyahu, et sa mère, Nicole, font partie des premiers francophones à s’être installés dans le quartier de Guilo. Ils y ont fondé une midrechet qui permet aux anciens et aux nouveaux Olim de se rencontrer, d’échanger.
Pascal était marié et père de trois garçons. Malgré son âge, il était un agent très performant, suscitant le respect de tous les jeunes soldats.
C’est toujours avec la même énergie et la même détermination qu’il a, ce jeudi 18 août, mené les opérations lorsqu’il a repéré un groupe d’hommes suspects de l’autre côté de la frontière égyptienne. Il a été tué par les balles d’un terroriste posté au sommet d’une colline.
Pascal était connu pour son courage, il avait même été décoré de deux des décorations les plus prestigieuses de l’armée israélienne.
Cette semaine a été inaugurée une place à son nom à Pisgat Zeev. Nicole et Eliyahu ont répondu à nos questions à l’occasion de cet événement et de la hazkara de leur fils.

Le P’tit Hebdo: Qui était votre fils Pascal Yom Tov?
Nicole Abrahami: Lorsque nous avons fait notre alya, Pascal avait 15 ans. Nous n’avions alors pas mesuré l’impact que ce changement pouvait avoir sur l’adolescent qu’il était. Il n’était pas prêt pour un si grand changement, et au départ, c’était pour lui difficile. C’est l’internat proposé par la Alyat Hanoar qui lui a fait du bien, il a ensuite passé son bac. Lorsqu’est arrivé le moment du service militaire, Pascal a voulu entrer dans les parachutistes. Nous ne savions même pas à quoi cela correspondait, mais lui était déterminé. C’est là qu’il s’est réellement construit, qu’il a commencé à comprendre ce qu’était Israël et le rôle qu’il pouvait y jouer.
Lors de la première guerre du Liban, il a été blessé. Sa blessure l’a renforcé dans ses convictions et il a voulu entrer au commando de la police: l’unité Yamam.
Il a été refusé une première fois parce que son niveau d’hébreu était jugé insuffisant. La deuxième tentative a été la bonne puis il n’a jamais quitté cette unité.
Nous connaissions Pascal, le fils aimant, qui venait nous rendre visite régulièrement, qui égayait notre quotidien. Nous ne connaissions pas Pascal dans son activité, ce n’est que pendant la Shiva que nous avons appris à le connaitre.

Lph: Qu’avez-vous découvert sur votre fils?
N.A.: Quand le drame s’est produit, nous avons été sous un choc énorme. Notre fils servait depuis 25 ans, nous nous étions habitués même si nous savions que ce qu’il faisait était dangereux, nous étions confiants. Pendant la Shiva, nous avons vu arriver des centaines de personnes que nous n’avions jamais rencontrées auparavant. Parmi elles, des anonymes de tout le pays, des personnalités de l’armée, de la police. C’est à travers leurs récits que nous avons compris qui était notre fils. Un Monsieur est venu de Haïfa, il était assisté par des bouteilles d’oxygène pour respirer, il nous a dit:  »J’étais obligé de venir pour vous dire merci d’avoir eu un tel fils! »…

Lph: Pascal a servi jusqu’à un âge avancé. Ne montrait-il pas parfois l’envie de souffler un peu?
N.A.: Jamais. A chaque fois qu’on lui suggérait de s’arrêter, il répondait:  »Yesh Avoda » (il y a du travail). Nous avons appris, par la suite, qu’il était comme un père pour les nouvelles recrues, il était un vrai modèle pour tous. Voilà pourquoi, il ne pouvait pas arrêter.

Lph: Une association a été créée à la mémoire de Pascal. Pourquoi avoir choisi ce moyen de perpétuer sa mémoire?
N.&E.A.: Lorsque nous sommes sortis des chlochim de Pascal, nous avions été très entourés. Nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas continuer à souffrir  »inutilement ». Revenir en arrière était impossible, ce qu’il nous restait, c’était de donner un sens à notre douleur. Pour cela, nous avons entrepris de nous appuyer sur  les valeurs qu’incarnait Pascal. Notre association, העמותה להנחלת זכרו, מורשתו וערכיו של פסקל יום טוב אברהמי הי »ד mène différentes missions.
Nous voulions absolument toucher les écoles. Nous avons donc fait un film sur qui était Pascal, pour qu’il soit diffusé dans les établissements scolaires. Nous avons fait écrire un livre sur notre fils et sur le Yamam, unité qui n’était pas très connue ni reconnue alors. Mon mari et moi, nous passons dans les collèges et les lycées pour raconter. Tout cela se fait par le biais de cette association.
Nous devions faire quelque chose pour lui qui a tant fait pour nous, par son amour d’Israël. La modestie de Pascal et son courage devaient être dévoilées.

Lph: Les enfants, c’est par eux que vous voulez que la mémoire de Pascal soit entretenue?
N.A.: Quand nous passons dans les écoles nous constatons avec quel intérêt les enfants nous écoutent. Ils sont avides de ces exemples de héros. Nous avons demandé un rendez-vous à Naftali Bennett, ministre de l’éducation, pour nous entretenir sur ce sujet avec lui. En effet, nous avons l’intention de lui proposer de mettre en place un nouveau pan dans l’histoire enseignée à nos enfants. A côté des histoires des anciens héros de notre peuple, nous devons davantage apprendre celles des héros contemporains. Le lien entre les héros d’hier et ceux d’aujourd’hui doit être mis en avant pour donner un sens à toutes ces disparitions. Les enfants en ont besoin, ils s’y identifient mieux et cela leur donne encore plus de forces et de messages importants pour leur avenir et celui de notre pays.
Lph: Cette semaine une place au nom de Pascal est inaugurée à Jérusalem, dans le quartier de Pisgat Zeev. Est-ce une reconnaissance importante pour vous?
N.&E.A.: Cet événement nous replonge profondément, même si nous y sommes à chaque instant, dans notre deuil. C’est aussi une satisfaction de voir que ce pour quoi nous œuvrons dans notre association porte ses fruits. Cette place au nom de Pascal est une reconnaissance de son action, de son engagement et au-delà de celle du Yamam et de tous ceux qui, chaque jour, agissent pour nous protéger. La présence de Nir Barkat et d’un combattant du Yamam pour cette inauguration en est une preuve. Nos héros d’Israël doivent être sans cesse rappelés.

Pour plus de renseignements sur l’association:

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