lundi 31 juillet 2017

Napoléon Bonaparte et la portée du deuil à Ticha Béav....


Ou pourquoi Ticha Béav et Pessah tombent toujours le même jour de la semaine.


La légende raconte que Napoléon Bonaparte se promenait un jour de Ticha Béav dans les rues de Paris lorsqu’il passa devant une synagogue. Alerté par les pleurs et les lamentations qui s’en échappaient, il demanda à l’un de ses hommes : « Que se passe-t-il ici ? Pourquoi ces hommes pleurent-ils ? » Son second lui expliqua que ces Juifs portaient le deuil pour la destruction de leur Temple.
Napoléon s’enquit alors : « Quand s’est produite cette tragédie ? » « Il y a environ 1800 ans. » lui répondit-on. Et l’empereur de s’exclamer alors : « Un peuple qui est capable de pleurer la perte de son Temple pendant si longtemps méritera à coup sûr de retourner sur sa terre et d’assister à la reconstruction de son Temple. »
Ticha Béav est le jour où nous, Juifs, pleurons la destruction du Temple de Jérusalem ainsi que de nombreuses autres tragédies qui se sont produites tout au long de notre histoire en cette date fatidique.
Le Talmud ne manque pas de remarquer que Pessah et Ticha Béav tombent toujours le même jour de la semaine. Ceci laisse entendre que ces deux dates notoires du calendrier juif ont un point commun. Or cette corrélation est difficile à établir. En effet, Pessah est le moment où nous commémorons la sortie d’Égypte et la naissance du peuple juif. C’est une fête où nous célébrons les notions de liberté et de rédemption. En revanche, Ticha Béav marque la destruction du Temple et le début de l’exil. C’est une journée de deuil, de tragédie. Quel lien peut-il bien avoir entre ces deux dates ? Il semblerait plutôt qu’elles soient situées l’une aux antipodes de l’autre.
La réponse à cette question est intimement liée à la perception du judaïsme sur la douleur et la souffrance. Au cours de notre existence, nous avons tous un jour ou l’autre traversé des moments difficiles. Et pourtant, il s’avère que c’est précisément au cours de ces périodes que nous nous efforçons de grandir, de nous améliorer, d’atteindre de nouveaux sommets spirituels. C’est précisément au cours de ces moments que nous puisons en nous des forces émotionnelles insoupçonnées, que nous adoptons une approche plus mature sur les événements et les personnes qui nous entourent.
Ces défis ressemblent à la démarche que le paysan entreprend pour cultiver du blé. Avant de pouvoir récolter, il va devoir labourer, semer, arroser, affronter la pluie et le soleil. Mais s’il persiste, ses efforts porteront leurs fruits et il pourra bientôt récolter de magnifiques épis de blé. Les épreuves de la vie sont difficiles à affronter. Mais paradoxalement, ce sont elles qui nous font grandir, qui nous font ressortir le meilleur de nous-mêmes.
De fait, les notions d’exil et de rédemption sont inextricablement liées. Tel est le sens du rapprochement que le Talmud établit entre Pessah et Ticha Béav. Le Tout-Puissant ne nous envoie pas des épreuves de façon arbitraire. Chaque défi que nous traversons a été spécialement conçu pour nous permettre d’exprimer notre potentiel latent et ce, aussi bien d’un point de vue individuel que national, pour nous permettre de devenir celui ou celle qu’Il souhaite nous voir devenir.
À Ticha Béav, nous ne nous contentons pas de pleurer un cataclysme survenu il y a plusieurs millénaires. Nous nous efforçons aussi – et surtout – de réparer les comportements qui ont conduit à cette tragédie pour nous forger un avenir meilleur.
Dans le judaïsme, nous portons le deuil pour un proche disparu pendant sept jours ; c’est la chiva. Nous consacrons toute cette semaine à penser au défunt, et à raconter ses qualités et ses accomplissements
En rappelant ses traits de caractère admirables, l’endeuillé est encouragé à marcher dans la voie que le défunt a tracée. Et c’est en s’inspirant de sa personnalité qu’il  perpétue le souvenir du défunt, qu’il lui accorde une continuité dans ce monde-ci.
De même, le but de Ticha Béav est de prendre pleinement conscience de la perte occasionnée par la destruction du Temple, ce qui va nous exhorter à œuvrer pour sa reconstruction.  Ce qui nous fait cruellement défaut depuis la destruction du Temple, c’est la possibilité de ressentir de manière concrète la présence du Tout-Puissant dans nos vies quotidiennes, mais aussi l’union et l’harmonie formidables qui régnaient entre tous les membres du peuple juif à Jérusalem.
C’est ce que disait Napoléon Bonaparte. Un peuple qui, chaque année et pendant plusieurs millénaires, consacre du temps pour se concentrer sur la destruction de son Temple, doit forcément apprécier ce que signifie son absence. Et c’est donc un peuple qui aura la motivation de faire tout son possible pour le reconstruire.
Ce Ticha Béav, essayons de transformer nos expériences douloureuses passées en tremplins vers le progrès et le changement. Essayons d’y puiser les sentiments de force et courage qui vont nous permettre d’aborder notre avenir avec une vision et des valeurs authentiques.
En nous souvenant de la douleur et des tragédies de notre passé qui furent le résultat de la destruction du Temple, nous trouverons en nous la volonté et la résolution de faire de notre mieux pour éliminer la souffrance dans notre monde divisé et contribuer ainsi à la reconstruction du Temple.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire