mardi 25 juillet 2017

Avec l’attaque de l’ambassade, les liens jordaniens avec Israël, déjà rances, deviennent toxiques.....


Alors que les tensions ne cessent de monter en raison des agitations qui entourent le mont du Temple, l’incident de dimanche dans l’enceinte de l’ambassade israélienne à Amman pourrait marquer un tournant critique dans les liens développés entre Israël et la Jordanie.

Dans ce qui a été très clairement un attentat terroriste, un garde israélien de la sécurité a été attaqué avec un tournevis par un menuisier local qui était là pour installer des meubles. Le garde a ouvert le feu, tuant l’agresseur ainsi que le propriétaire des lieux, qui se trouvait également sur cette scène de drame.

Suite à l’incident, les proches de l’un des deux défunts ont bloqué les rues, place de la mer Méditerranée, à Amman et demandé à ce que le garde de la sécurité israélien soit sévèrement sanctionné.
Dans des circonstances diplomatiques normales – c’est-à-dire sans les tensions qui sont nées des mesures de sécurité prises par Israël sur le mont du Temple suite à l’attentat terroriste commis dans ce lieu saint, tensions qui planent en arrière-plan – il est probable que cette manifestation aurait été dispersée rapidement et que le garde de la sécurité ainsi que l’équipe diplomatique de l’ambassade auraient été immédiatement rapatriés en Israël.
Mais en raison du tollé politique et régional qui a été causé par la décision prise par Israël de placer des détecteurs de métaux sur le mont du Temple, non seulement la Jordanie refuse actuellement d’autoriser le retour du garde en Israël – et ce malgré son immunité diplomatique – mais elle demande également à l’interroger.
Les forces jordaniennes de sécurité montent la garde aux abords de l'ambassade israélienne à Amman suite à un 'incident', le 23 juillet 2017 (Crédit : JKhalil Mazraawi/AFP PHOTO)
Les forces jordaniennes de sécurité montent la garde aux abords de l’ambassade israélienne à Amman suite à un ‘incident’, le 23 juillet 2017 (Crédit : JKhalil Mazraawi/AFP PHOTO)
Cette atmosphère hostile – qui a pour origine les tensions qui entourent la mosquée Al-Aqsa administrée par le Waqf jordanien – a mené à une crise diplomatique entre la Cour royale jordanienne et le bureau du Premier ministre, une crise d’une ampleur inédite depuis que des agents du Mossad, en 1997, avaient tenté de tuer le chef du groupe terroriste du Hamas Khaled Meshaal en plein jour dans les rues d’Amman en 1997.
Benjamin Netanyahu qui, à l’époque, en était à son premier passage aux fonctions de Premier ministre, avait été obligé de fournir l’antidote au poison qui avait été versé dans l’oreille de Meshaal et de libérer de prison le père spirituel des kamikazes, Ahmed Yassin, le fondateur du Hamas, afin de garantir la libération des deux agents du Mossad qui avaient été capturés lors de la tentative d’assassinat.
Les Jordaniens transportent un modèle du Dôme du Rocher durant une manifestation à Amman contre les nouvelles mesures sécuritaires sur le mont du Temple, le 21 juillet 2017 (Crédit :/Khalil Mazraawi/AFP)
Les Jordaniens transportent un modèle du Dôme du Rocher durant une manifestation à Amman contre les nouvelles mesures sécuritaires sur le mont du Temple, le 21 juillet 2017 (Crédit :/Khalil Mazraawi/AFP)
La colère en raison du mont du Temple et les affrontements violents survenus à Jérusalem et en Cisjordanie trouvent un écho partout où Moyen Orient et particulièrement en Jordanie qui, en plus de son rôle d’administration au mont du Temple/Al-Aqsa, possède également une très importante population palestinienne.
Cela fait longtemps que les attitudes adoptées par l’opinion publique jordanienne envers l’Etat juif sont toxiques. Mais les choses pourraient bien avoir nettement empiré depuis l’attentat du 14 juillet au mont du Temple.
La Jordanie a été le premier pays à dénoncer le choix rare d’Israël de fermer le mont du Temple aux fidèles ce vendredi-là et le lendemain, une fermeture imposée par les recherches d’armements supplémentaires sur le site par la police, par l’examen des arrangements sécuritaires, et par la nécessité de déterminer comment les terroristes étaient parvenus à dissimuler leurs armes dans la mosquée Al-Aqsa.
Les responsables du Waqf dirigent la prière aux abords du mont du Temple le 16 juillet 2017. Les responsables de l'instance religieuses ont demandé aux fidèles de ne pas pénétrer sur le site via les détecteurs de métaux placés par Israël pour des raisons sécuritaires après un attentat terroriste survenu le 14 juillet. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les responsables du Waqf dirigent la prière aux abords du mont du Temple le 16 juillet 2017. Les responsables de l’instance religieuses ont demandé aux fidèles de ne pas pénétrer sur le site via les détecteurs de métaux placés par Israël pour des raisons sécuritaires après un attentat terroriste survenu le 14 juillet. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les médias jordaniens ont lourdement critiqué Israël, comme c’est leur habitude, mais c’est le président du Parlement jordanien Atef Tarawneh qui a donné le ton officiel en appelant les terroristes arabes israéliens originaires d’Umm al-Fahm et auteurs de l’attentat – qui a tué deux policiers druzes – des « martyrs qui ont ensemencé et arrosé la terre pure ».
« Qu’Allah accorde la miséricorde à nos jeunes, aux membres de la famille Jabarin, dont les membres de la famille méritent de recevoir la gloire et les honneurs », a ainsi déclaré Tarawneh au cours d’une session au Parlement.
Régulièrement, Israël dirige sa colère – et c’est justifié – contre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas concernant les incitations au terrorisme dans les médias palestiniens contre l’Etat juif. Ces dénonciations servent l’agenda politique du Premier ministre, qui remporte ainsi l’approbation de sa coalition de droite. Mais quelqu’un parmi les dirigeants israéliens doit clairement expliquer à la Jordanie que ses agressions contre Israël doivent cesser – quelqu’un de plus influent que le président de la Knesset Yuli Edelstein, qui a déclaré que Tarawneh devait « se taire » s’il n’avait rien d’autre à offrir que des éloges des terroristes.
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas donne un discours durant une rencontre des dirigeants palestiniens dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, durant lequel il annonce le gel de tous les contacts avec Israël (Crédit : Flash90)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas donne un discours durant une rencontre des dirigeants palestiniens dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, durant lequel il annonce le gel de tous les contacts avec Israël (Crédit : Flash90)
Les incitations jordaniennes contre Israël se sont intensifiées ces derniers jours avec les détecteurs de métaux cristallisant les tensions. Les responsables du Waqf, qui ont choisi de ne pas entrer au mont du Temple via les nouveaux portiques de sécurité et qui ont été à la tête de l’opposition aux mesures de sécurité, sont employés par la Jordanie, qui les rémunère également.
Le pays semble avoir oublié que la Jordanie et Israël ont signé un traité de paix depuis 1994, que les deux pays jouissent de liens économiques forts et en particulier d’une coopération sécuritaire profonde, l’ampleur exacte de l’aide militaire israélienne étant gardée secrète.
Ce ne sont pas que quelques Jordaniens qui doivent aux services de renseignement israéliens d’avoir pu rester en vie, mais les dirigeants hachémites du royaume font de leur mieux pour cacher ce fait à leurs sujets. Il est préférable que le royaume ne soit pas considéré par l’opinion publique arabe comme étant un pays bénéficiant de relations militaires et autres avec Israël.
Cet effort de minimiser en public l’étendue des relations entre la Jordanie et Israël souligne les différences vives entre la Jordanie du roi Abdallah et celles de feu son père, Hussein. Contrairement à son fils, Hussein ne cherchait pas à minimiser l’accord de paix qu’il avait initié. Abdallah a oeuvré à conserver une paix froide.
Le président américain Bill Clinton, avec des lunettes de soleil, avec le président Ezer Weizman, le Premier ministre Yitzhak Rabin, et le roi Hussein de Jordanie après la signature du traité de paix israélo-jordanien dans le sédert d'Arava, en octobre 1994. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)
Le président américain Bill Clinton, avec des lunettes de soleil, avec le président Ezer Weizman, le Premier ministre Yitzhak Rabin, et le roi Hussein de Jordanie après la signature du traité de paix israélo-jordanien dans le sédert d’Arava, en octobre 1994. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)
Abdallah a permis à la presse étroitement muselée dans son pays d’attaquer Israël à chaque occasion et il a donné le feu vert aux politiciens – comme le président du Parlement – pour faire l’éloge de terroristes. Et tout cela alors même que la Jordanie profite des fruits de sa coopération sécuritaire avec Israël qui a aidé à prévenir un certain nombre d’attentats terroristes par des groupes islamistes contre des cibles jordaniennes.
Et maintenant, la querelle sur le mont du Temple est venue seulement empoisonner davantage l’atmosphère.
Malgré tout cela, Abdallah est la seule personnalité qui puisse aider à mettre un terme à la crise du mont du Temple, et aider à sortir de l’impasse la question de l’attaque perpétrée à l’ambassade.
Les conseillers du roi jordanien accusent Israël de les induire en erreur, affirmant que Netanyahu n’a pas tenu Abdallah au courant de la décision d’installer des détecteurs de métaux au cours de l’entretien téléphonique entre les deux hommes qui avait suivi l’attentat du 14 juillet.
L’Autorité palestinienne a également accusé Netanyahu de la tromper, disant qu’il avait promis à Mahmoud Abbas que le statu-quo en place depuis la capture du site en 1967 par Israël serait préservé et que le Premier ministre n’avait pas mentionné les détecteurs de métaux au cours de leur conversation suite à l’attaque.
Israël maintient toutefois qu’aucun changement n’a été apporté au statu-quo, disant que les arrangements existants sur le mont du Temple n’ont été aucunement altéré et que le placement de détecteurs de métaux relève de sa responsabilité, qui est de garantir la sécurité dans le lieu saint.
Pendant ce temps, sur le terrain, nous vivons maintenant l’ordinaire des crises importantes.
Des manifestants fuient les forces de sécurité israéliennes après des affrontements à la porte des Lions de la Vieille ville de Jérusalem, le 23 juillet 2017 (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP PHOTO)
Des manifestants fuient les forces de sécurité israéliennes après des affrontements à la porte des Lions de la Vieille ville de Jérusalem, le 23 juillet 2017 (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP PHOTO)
Dimanche, ce sont des milliers de musulmans qui se sont rassemblés dans les rues aux abords de la porte des Lions et qui ont une fois encore refusé d’entrer dans le complexe du mont du Temple/mosquée Al-Aqsa. Des émeutes ont également éclaté dans un certain nombre de villages palestiniens aux environs de Jérusalem et en Cisjordanie.
Et les leaders israéliens ? Ils se sont réunis pendant plus de six heures cette nuit sans prendre aucune décision et devraient se rencontrer à nouveau dans l’après-midi de lundi.
Pourquoi se précipiter ? Les détecteurs de métaux ont été installés à la hâte mais maintenant, le cabinet croit, à l’évidence, qu’il peut prendre son temps et réfléchir à de telles initiatives avec toute la gravité qu’elles exigent.

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