jeudi 29 juin 2017

»Bien plus que du chocolat »


Quand tout bascule
Sarah raconte:  » Nous menions une vie  paisible  avec les aléas classiques du quotidien, lorsque tout ce qui semblait stable et sûr s’ébranla. Un vendredi de février 2013 notre fille, alors âgée de 3 ans, fut  diagnostiquée atteinte d’un cancer de type neuroblastome stage IV métastatique ». Ora est alors hospitalisée à Hadassah Ein Karem.

Deux ans et demi d’allers-retours à l’hôpital
Le traitement qu’Ora va devoir subir suit une feuille de route aussi précise que terrible: chimiothérapie pour réduire la tumeur, opération pour retirer la tumeur, autogreffe, radiothérapie.
Tous ces traitements sont inefficaces pour, si ce n’est faire disparaitre, même réduire la tumeur. L’opération est abandonnée car jugée trop risquée pour la vie de la petite. Le reste des traitements sera pratiqué mais sans le succès escompté. Le service d’oncologie pédiatrique est un milieu difficile, des enfants décèdent, l’ambiance peut être difficile. Pour les enfants malades mais aussi pour leur famille, le cancer est un chamboulement dramatique. Les effets collatéraux sont inévitables. Sarah et son mari décident de tout faire pour que leurs deux ainés et leur bébé de 6 mois traversent le mieux possible la maladie de leur sœur. Sarah comprend vite que, même si cela lui coûte des efforts, elle doit aussi prendre du temps pour elle si elle veut envoyer des signaux forts et encourageants au reste de sa famille. « On n’a qu’une obsession: sauver son enfant. Mais je gardais un quotidien rythmé aussi normalement que possible. Je faisais du sport, je prenais soin de mon apparence. Des petits détails qui aident à garder la tête hors de l’eau. Combien de temps une maman  peut-elle être  24h/24 aux petits soins de son enfant qui souffre sans avoir un petit jardin vers lequel elle peut s’évader et se libérer?  ».
La famille dans son ensemble, grâce au recul que Sarah et son mari parviennent à prendre, se porte bien pendant toute la durée des traitements. Le mari de Sarah dormait à l’hôpital près d’Ora pendant qu’elle s’occupait des autres enfants et de sa maison.  »Nous avons reçu beaucoup d’aide, beaucoup de soutien. Et surtout, ce sont mes autres enfants qui me donnaient les forces de tenir le coup ».
Parmi les aides que la famille reçoit, celle de l’institut Zihron Menahem demeure centrale. Les enfants de Sarah s’y rendent deux fois par semaine pour des activités et une fois sortie de l’hôpital Ora y sera tous les matins. « Je veux aussi remercier personnellement tous ceux qui nous ont aidés pendant cette période que ce soit physiquement, moralement ou encore par leurs généreux dons et leur souhaiter beaucoup de bénédictions et de réussite ».

Une épée de Damoclès, mais choisir la vie plus que jamais
La tumeur ne diminue pas, mais elle ne grandit pas non plus. La décision est prise d’arrêter les traitements. L’état est qualifié de stable malgré une tumeur inopérable mais que les médecins suivent de très près, depuis un an et demi maintenant.
 »Bien sûr, on pense toujours à ça », Sarah parle même d’un post-traumatisme. Sur le moment, pendant les traitements, ils se laissaient guidés comme des robots, mais quand tout s’est calmé, les angoisses refoulées sont remontées et toujours cette Épée de Damoclès au-dessus de la tête…. Mais Sarah et sa famille prennent une décision:  »Et tu choisiras la vie », comme le disent nos textes.  »Pour l’instant tout va bien », nous dit Sarah,  »alors nous devons vivre pleinement ».

Bien plus que du chocolat
Choisir la vie, d’accord, mais comment? Dans quelle voie s’orienter? « Aller chez un psychologue ou encore, sortir avec des amies, je ne pensais pas que cela pourrait me changer les idées profondément. Je n’avais plus non plus la force de retourner enseigner », estimait alors Sarah,  »J’ai demandé à D… de me guider vers la bonne thérapie quand soudain, en sortant du Kever Rahel, je me souvins de ma  passion pour le chocolat. Etant jeune fille à Paris, j’avais suivi une formation de chocolatière chez les plus grands spécialistes belges du chocolat mais je ne confectionnais des pralines rien que pour garnir nos michloah manot ou en guise de desserts en famille. J’ai immédiatement ressenti que mon refuge était là, dans la créativité que nécessite la fabrication du chocolat. Pour moi fabriquer le chocolat c’est bien plus qu’une activité culinaire banale. C’est un moyen de rentrer au plus profond de moi-même, en extraire ce qui me procure sérénité et satisfaction et ainsi conforter ce don que D… a implanté en moi ».
Le mari de Sarah l’incite fortement à ne pas garder ce talent pour elle, à en faire profiter les autres. Et après tout, c’est bien ce qu’est Sarah, et son attitude face à la maladie de sa fille l’a encore montré: donner, s’inquiéter du bien-être de l’autre. Faire des chocolats, c’est aussi une belle manière de partager.
 »J’ai donc créé la marque CHOCOLATS DELICES et me suis aventurée vers cet univers des affaires, de la vente et de la fabrication artisanale. Chaque chocolat est confectionné avec passion et renferme toutes les énergies de courage et de patience que cette période d’incertitude nécessite. C’est ce besoin de renouveau et de créativité qui me pousse à proposer constamment  à mes clients des fourrages et produits  innovants ». La gamme est variée (praline, rocher, etc.) et pense à tous les goûts et tous les profils, avec même des produits sans sucre ou des chocolats personnalisables!
Poussant encore plus loin cette envie de partage, Sarah donne aussi des ateliers pour adultes et enfants, pour les anniversaires ou juste pour le plaisir d’apprendre.
Bien plus que du chocolat est le slogan de cette jeune entrepreneuse, au parcours atypique. « Je pense que CHOCOLATS DELICES, bien plus que le plaisir qu’il procure aux papilles, véhicule le message qui doit nous accompagner tout au long de notre vie: aller de l’avant et utiliser les difficultés comme tremplin pour avancer, rencontrer les cadeaux exclusifs que D… a donnés à chacun d’entre nous et les utiliser pour se faire du bien et faire du bien autour de soi.                                                                               Quel bonheur de confectionner des chocolats qui vont réchauffer un cœur ou bien exprimer de la gratitude! Il est certain que ce travail nécessite beaucoup de patience et nombre d’investissements concrets et abstraits mais le résultat obtenu pour moi la chocolatière d’une part et pour mes clients d’autre part, a une valeur inestimable ».
La maladie d’Ora lui a permis de découvrir la créativité en elle, la patience dont elle était capable.  »La vie est comme un chocolat fourré », aime à dire Sarah, « Amer à l’extérieur, on y découvre une douceur extraordinaire quand on en croque une bouchée ».
On ne peut que conclure cette rencontre par un aveu d’admiration devant tant de courage et d’esprit positif et en souhaitant qu’Hachem envoie une guérison totale rapidement à Ora bat Sarah.

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