dimanche 18 décembre 2016

Nativité – épiphanie : en Palestine ? Non, en Judée bien évidemment !


Les manipulations de l’information continuent : Jésus serait donc né en Palestine ? Mais à cette période, chacun sait que la Philistie n’était qu’une bande de terre couvrant l’actuelle bande de Gaza.

L’épiphanie est-elle un événement historique vraiment survenu à Bethlehem de Judée, ou n’est-ce qu’un récit pédagogique évoquant les perspectives universelles du salut ?
Certains n’hésitent pas à biaiser cet événement pour mieux le soustraire aux réalités géopolitiques de l’époque et l’entraîner sur un terrain déjudaïsé. Le pape Benoît XVI a abordé la question dans son livre sur Jésus, et déterminé pour que le vrai sens de l’épiphanie soit respecté, il cite l’exégète Klaus Berger :
« Il faut supposer, jusqu’à preuve du contraire, que les rédacteurs des évangiles n’ont pas pour but de tromper leurs lecteurs, mais qu’ils désirent raconter des faits ayant une base historique ».
On sait que dans la liturgie de l’Eglise première, la fête de l’Epiphanie a précédé l’instauration de celle de la Nativité ajustée sur le solstice d’hiver au 5ème siècle, pour être symbole d’une lumière montante. Selon l’évangile de Matthieu, des personnages énigmatiques (rois et mages ?) venus d’Orient arrivent à Bethlehem pour rendre hommage à Jésus, parce qu’ils reconnaissent en ce petit enfant le visage du vrai « roi des Juifs ».
Noël et Epiphanie sont deux fêtes interactives jumelées autour d’une révélation, d’abord à Israël, puis élargie aux nations païennes : au cœur du monde tourmenté surgit un immense espoir non seulement pour Israël, mais aussi pour l’ensemble des peuples en quête de lumière.
Selon Matthieu, les mages ne sont pas venus directement à Bethlehem, ils sont allés d’abord à Jérusalem, la ville sainte, où le « roi » officiel Hérode, inquiet d’une possible concurrence, les a dirigés non sans arrière-pensées vers Bethlehem, ville royale de David.
La tradition populaire en a fait des rois, en écho des prophéties bibliques, mais c’étaient sans doute des astronomes/astrologues, qui scrutaient le ciel comme un espace rempli de signes et de messages pour l’humanité ; ils symbolisent en fait les civilisations avancées de l’époque, mais pour lesquelles le message de la Thora reste incontournable pour accéder à une humanité intégrale selon le D.ieu de la Bible. Ils rejoignent donc les premiers témoins judéens de la naissance de Jésus au milieu de son peuple, humbles bergers associés aux louanges angéliques dans la nuit. Gloire à D.ieu et paix sur terre!
A propos des bergers de Bethléem, on entend souvent dire que ce sont des « exclus » de la société de l’époque, parce qu’ils sentent mauvais et seraient impurs. On les présente comme des parias, mal vus de la population, et ce serait pour cela que Jésus les apprécie comme premiers témoins de sa venue… C’est une vision idéologique et partisane de la présence des bergers. Une clé d’interprétation de la scène évangélique plus riche de sens rejoint l’image hébraïque du berger, qui est au contraire consensuelle et positive. Les bergers avec leurs troupeaux sont une belle image de l’Israël ancien.
Si événement « messianique » il y a dans cette nativité, comment oublier le roi David qui a commencé comme humble berger avec ses brebis…Une image pastorale vénérable qui laisse transparaître l’amour de D.ieu pour son peuple, car il est lui-même le « berger d’Israël ». Et quand les rois, les prêtres ou les prophètes –par délégation « bergers du troupeau » – défaillent dans leur mission protectrice, D.ieu lui-même se fait encore berger pour sauver la situation. Selon Zakarie, « Dieu dit : je me fis donc berger du troupeau que les trafiquants vouaient carrément à l’abattoir ! Pour le guider, je choisis deux houlettes, la première se nomme bienveillance, la seconde s’appelle concorde, et c’est de cette manière que je me suis mis à paître mon troupeau » (Zakarie 11.7)
Les bergers de la nuit de la Nativité représentent donc de manière imagée les bergers du peuple dont le rôle devait être de veiller au bien-être et à la sécurité de tous. Ils gardent l’esprit éveillé au milieu de la nuit, car la nuit symbolise dans la Bible le paganisme menaçant, et cette fois, la réponse à leurs attentes, c’est l’arrivée de l’enfant « Emmanou-el » D.ieu avec nous.
Les représentants des nations païennes qui viennent de loin reconnaître la supériorité humaine de son rayonnement divin, ce sont les mages, savants ou rois qui sont en attente de la révélation biblique, ceux dont Isaïe a dit que les peuples de tout l’univers en bénéficieraient. Jérusalem serait alors la sainte montagne d’une maison de prière ouverte à toutes les cultures, et dont le « parvis des Gentils » au Temple est déjà l’anticipation. Le culte du Temple avait ouvert son seuil aux sympathisants du judaïsme, nombreux dans l’antiquité.
Dans l’étable de Bethléem, étonnamment, ces mages non juifs offrent des cadeaux typiquement labellisés « Israël » ! L’or, la myrrhe et l’encens… Trois désignations religieuses de la vocation d’Israël, et donc de Jésus, qui, dans le contexte en est un fils hautement représentatif, ceci sans doute pour montrer par contraste l’insignifiance des tenants officiels du Temple, les Sadducéens, créatures politico-religieuses des occupants idolâtres.
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Plus précisément, l’or symbolise la splendeur de la dignité royale, l’encens cultuel exprime la louange au D.ieu d’Israël, et la myrrhe est un baume funéraire, signifiant surtout la conséquence mortelle de l’engagement prophétique.
Roi, prêtre, prophète, tel est le peuple d’Israël dans sa mission unique au sein d’un monde tourmenté où règne l’iniquité, où le sacrifice et le dépassement de soi sont quasi inexistants, excepté chez quelques justes, et ou l’espérance pour l’avenir est devenue indéchiffrable. Cette vocation exigeante, aux antipodes d’un « privilège d’élu » est représentée par l’onction d’huile, et le messie est l’ « oint » par excellence, le Mashiah (christ en grec). Jésus va assumer à sa manière cette vocation de tout Israël, fils de D.ieu.
Les mages venus de l’étranger sont ici la figure représentative des chercheurs de vérité de toutes les cultures et de tous les temps. Ils allient quant à eux croyance et raison, sciences et révélation.
On se souvient de cette autre belle affirmation de Zakarie : « Un jour dix hommes de toute langues des nations tiendront fermement le pan du manteau d’un juif en s’exclamant : nous irons avec vous, car nous avons compris que D.ieu est avec vous ! » Zk 23
Ces mages « de toutes langues » sont présentés par Matthieu comme l’avant-garde des peuples qui reconnaîtront en Jésus l’incarnation de la Parole adressée par D.ieu à son peuple, et par lui au monde. Ceux qui sont prêts à accueillir la sagesse de la parole biblique et qui souhaitent créer grâce à elle des relations humaines imprégnées de la puissance de ce Verbe divin.
Lorsque les mages matthéens ouvrent leurs coffrets devant Jésus et sa mère, ces dignitaires ne recherchent pas les bonnes grâces d’un homme de pouvoir – du style Hérode – mais ils désignent, par ce geste de reconnaissance, le type de présence de D.ieu qui leur parle au coeur. Ils n’ont pas recherché D.ieu dans une toute-puissance dominatrice et menaçante, ils l’ont au contraire trouvé dans la vulnérabilité d’un enfant, humble signe de promesses d’avenir.
L’enseignement est surtout théologique : on y retrouve la tradition de l’étoile messianique mentionnée au Livre des Nombres 24.17 : « Un astre issu de Jacob se lève, une puissance issue d’Israël se manifeste »…En d’autres termes, la seule étoile susceptible d’avoir une attraction bénéfique sur nos existences, c’est l’étoile messianique de Bethlehem ! Cela évoque peut-être aussi l’idée que tous les peuples, toutes les personnes, ont dans leur ciel culturel ou idéologique propre des signes qui peuvent les mettre en chemin vers l’accomplissement de leur vie, dont la Parole de D.ieu est la meilleure voie d’humanité.
Matthieu insiste pour appeler l’enfant Jésus « roi des Juifs », il souligne par là la différence fondamentale avec Hérode, le roi en titre, mais en quelque sorte usurpateur, bien moins juif et moins royal que le fils de Marie. Car Hérode l’Iduméen est un homme de paille qui tire artificiellement son pouvoir des Romains, tandis que Jésus, descendant de David, couché sur la paille d’une étable, est le visage d’une royauté de l’Esprit et de ses vraies valeurs existentielles.
Originellement, Epiphanie est le terme habituel que l’on utilisait dans l’antiquité lorsqu’un roi venait rendre visite à son peuple, et cette démarche s’accompagnait de festivités, d’illuminations, de banquets, de cadeaux à la foule rassemblée. Un des occupants païens les plus sanguinaires d’Israël, au 2ème s. avant notre ère, le roi syrien Antiochus auteur des massacres de la jeunesse juive suscitant les Maccabîm, était même affublé du nom d’ « Epiphane »…
La fête chrétienne de l’Epiphanie est en ce sens surtout une Théophanie : par le terme d’épiphanie, elle reprend l’expression biblique selon laquelle « Dieu vient visiter son peuple » pour que progressent partout dans le monde la fraternité, le respect mutuel, le partage, l’équité, autour de valeurs sûres, et ceci à l’encontre des obscurantismes et des fanatismes laïques ou religieux qui nous menacent.
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez prêtre, pour Dreuz.info.

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