lundi 14 novembre 2016

Des rustines pour les routes, le budget pour les radars....


Au moins, en matière de Sécurité routière, il y a des priorités clairement affichées. Alors que les radars ne servent plus et n'ont sans doute jamais servi la décrue du nombre d'accidents, on continue d'investir dans de nouveaux appareils, car ils rapportent. En revanche, pour la dégradation du réseau, rien ne va plus et les premières défaillances constatées dans l'entretien ont pris une telle ampleur que l'association 40 millions d'automobilistes a voulu la mesurer.
Elle a pour cela sollicité ses adhérents et sympathisants pour un vaste recensement sur le terrain par les usagers eux-mêmes des failles d'aménagement et des défauts d'entretien qui pullulent aujourd'hui en France. Chaussée fissurée ou déformée, accotements instables, signalisation manquante ou effacée, glissières de sécurité absentes... ; de réseau modèle hier, on est passé aujourd'hui aux routes « peau de chagrin » tant certaines sont devenues impraticables.
L'association a mené cette enquête du 26 novembre 2015 au 1er mars 2016 et obtenu ainsi 31 186 signalements dans 89 des 101 départements français. Un constat si alarmant de négligence que l'association a décidé de mettre l'État en face de ses responsabilités. En cas d'accident mortel sur une portion signalée dangereuse, désormais elle se portera en effet partie civile.
« Il faut que chacun assume sa responsabilité dit Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d'automobilistes. Les pouvoirs publics se réfugient trop souvent derrière l'argument du On ne savait pas. On va envoyer ces signalements à tous les élus. Maintenant, ils ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas », assure-t-il.

Crédits à - 27 % par an

Et de poursuivre : « Ce résultat n'est, hélas, pas surprenant. Depuis plusieurs années se profile une dégradation lente et inévitable » en raison notamment d'une baisse de 27 % par an depuis 2011 des crédits accordés pour l'entretien courant par l'État et les collectivités.
Même s'il est vrai que la France possède avec 1 073 468 kilomètres de routes en 2014 le réseau le plus dense d'Europe, il était jusque-là correctement entretenu. Ce n'est plus le cas depuis cinq ans, laissant planer désormais une situation critique en de nombreux endroits du territoire, l'enquête de 40 millions d'automobilistes n'étant pas exhaustive.
« Ce réseau est une vraie richesse, en termes économiques et pour désenclaver des régions. Les pouvoirs publics ne l'entretiennent pas en pensant faire des économies, mais ce qui coûterait un euro à faire aujourd'hui coûtera jusqu'à 10 euros dans quelques années. Ne rien faire, c'est faire payer la facture à nos enfants, en termes d'argent et aussi de vies humaines », affirme Pierre Chasseray.
Selon les données de la Sécurité routière, 1 278 personnes sont notamment mortes en 2015 après avoir heurté un obstacle fixe (arbre, poteau, mur, trottoir, fossé, talus, glissière...), soit 37 % de la mortalité routière de l'année. Cela exige d'autres actions plus constructives, mais aussi beaucoup plus coûteuses que d'installer des radars dont le retour immédiat sur investissement alimente la cupidité d'un État désargenté.
Sous le couvert noble de sauver des vies, on multiplie donc des radars-tirelires et on se voile la face devant les vrais problèmes d'infrastructures. Pire, l'État concède les autoroutes (8 591 kilomètres) à des sociétés privées, s'occupe encore en direct des 2 609 kilomètres d'autoroutes non concédées et des 9 645 kilomètres de routes nationales. C'est tout.
Car il s'est déchargé sur les conseils généraux de la gestion des 378 973 kilomètres de départementales et sur les municipalités des 673 290 kilomètres de voies communales et chemins ruraux. En d'autres termes, il se lave les mains de la réfection des routes, laissant la liberté aux communes notamment d'installer des gendarmes couchés plutôt que de boucher les nids-de-poule.
40 millions d'automobilistes a appelé en conséquence l'État à « assumer sa part de responsabilité » dans la Sécurité routière en assurant un meilleur entretien des routes et des infrastructures alentour, « trop fortement dégradées » actuellement. L'association réclame notamment une mission parlementaire sur l'état du réseau routier, rappelant au passage son rôle vital : il sert au transport de 88 % des voyageurs et 84 % du fret, selon l'Union des syndicats de l'industrie routière française (Usirf).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire