dimanche 30 octobre 2016

Un auteur saoudien : Il est superficiel de blâmer Israël pour les guerres inter-arabes....


Ali Sad Al-Moussa, éditorialiste du quotidien saoudien Al-Watan, a écrit le 22 août 2016, que les conflits sanglants et les luttes intestines qui font rage dans le monde arabe n’ont rien à voir avec Israël et qu’il est futile d’en faire porter la responsabilité à Israël. Al-Moussa évoque avec nostalgie la floraison culturelle de certains pays arabes pendant les années 1950, qu’il oppose à l’ignorance et à l’extrémisme actuellement dominants. Il estime que c’est ce déclin, et non Israël, qui est responsable de l’état actuel du monde arabe. Extraits : [1]
[Le monde extérieur] à la région inondée de sang entre Mossoul [en Syrie] et Syrte [en Libye], et entre Idlib [Syrie] et Aden [Yémen], ne connaît pas même le dixième du conflit [qui fait rage dans la région]… pas même entre les deux Corées ou entre les Hutus et les Tutsis en Afrique. Cela prouve que le monde aurait pu être plus sûr et tranquille s’il n’y avait pas le Moyen-Orient au milieu. Et je vous demande de ne pas incomber la responsabilité de cela à Israël, car c’est une excuse futile. Israël n’a rien à voir avec le combat entre l’Etat islamique (EI) et [Jabhat] Al-Nosra, ni entre Afash [surnom de l’ancien président yéménite Ali Abdullah Saleh], [Abd Al-Malik] Al-Houthi [chef du groupe houthi Ansar Allah au Yémen] et le gouvernement yéménite, et n’a rien à voir avec la guerre idéologique qui fait rage dans les lointains déserts de Libye.
Nous autres, dans cette région ensanglantée du monde, sommes nés avec le gène d’un virus inconnu dans notre corps, qui s’éveille et se démultiplie, [semant] la destruction et la guerre, la haine, l’exclusion, la catégorisation et le mépris des gens. Ces cinq dernières années de luttes intestines, nous avons tué des dizaines de fois plus de personnes dans nos propres rangs qu’il n’y a eu de tués lors des guerres passées contre Israël durant 50 ans.
Alors à qui la faute ? Le coupable véritable est la montée de l’ignorance[2]… Avant même la naissance d’Israël, alors qu’il n’était encore qu’une idée sur le papier, notre situation à nous [Arabes] était la suivante : l’Egypte possédait la première imprimerie en dehors de l’Europe, avant même le Japon et la Chine. Elle était aussi le troisième producteur de films au monde. Au milieu des années 1950, Beyrouth possédait 50 bibliothèques privées, davantage que toute ville française, à l’exception de Paris. Durant la même période, la Tunisie pouvait se vanter que chaque garçon fréquentait une école publique moderne, alors qu’aujourd’hui, paradoxalement, la Tunisie est le pays qui fournit le plus grand nombre de jeunes hommes à l’EI. C’est le réveil de l’ignorance. La Faculté de médecine Gordon au Soudan[3] était classée septième des facultés les plus avancées au monde, avant Yale, Princeton et la Sorbonne. C’est une honte qu’avec ce patrimoine historique, la Faculté Gordon – à présent [nommée] Université de Khartoum – se contente d’emmener les visiteurs voir un musée, où elle expose un document jauni, [attestant de] son haut rang dans le classement mondial des universités [jadis].
Au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle, le Koweït était une lueur d’espoir [culturel], qui publiait d’exceptionnels magazines culturels. Le fameux magazine Al-Arabi était diffusé en 500 000 exemplaires et il n’y avait pas un seul village arabe qu’il n’atteignait pas. Si vous demandez aujourd’hui au premier jeune que vous croisez : « que sais-tu du Koweït ? », sa seule réponse sera que c’est un pays producteur de pétrole.
Au total, nous ne sommes pas [seulement] nés porteurs du gène du virus de la guerre, qui devient actif à la minute où un jeune Arabe est capable de porter un poignard ou une épée, nous sommes également nés avec la [maladie du sommeil] de la mouche tsé-tsé, dont les Arabes ne se réveillent que pour prendre part au réveil de l’ignorance.
Notes :  
[1] Al-Watan (Arabie saoudite), 22 août 2016.
[2] L’auteur fait allusion à Al-Sahwa Al-Islamiyya (le réveil islamique), mouvement créé dans les années 1980 par un groupe de religieux saoudiens parmi lesquels Salman Al-Oudah, Aid Al-Qarni, Safar Al-Hawali, Nasser Al-Omar et Sad Al-Barik. Son idéologie mêle les principes religieux salafistes-wahhabistes aux conceptions sociopolitiques des Frères musulmans égyptiens. Ce mouvement a acquis de l’influence dans la société et le système éducatif saoudien, tant qu’il ne s’opposait pas au régime. Toutefois, au début des années 1990, il a ébranlé le système politique en déclenchant des manifestations pour réclamer des réformes, notamment la création d’un Conseil de la charia. L’activité du mouvement a cessé en 1995.
[3] Nommé d’après Charles George Gordon (1833-1885), officier de l’armée britannique et administrateur assassiné à Khartoum en 1885.

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