samedi 22 octobre 2016

Peut-on encore éviter la disparition de l'ONU ?


En Syrie, plus personne ne respecte l'ONU. Son démantèlement est-il irréversible, se demande le sociologue suisse Jean Ziegler dans "Chemins d'espérance" ?


Staffan de Mistura, émissaire de l'ONU, possède un titre ronflant : il est l'envoyé spécial chargé de la recherche d'une résolution pacifique au conflit en cours en Syrie. Mais à quoi sert-il ? À rien, ou pratiquement à rien. Avant d'être choisi par Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU, ce Suédois naturalisé italien n'avait occupé le poste de ministre délégué aux Affaires étrangères en Italie que pendant un seul mois, en 2013. Inutile de lui jeter la pierre, l'Organisation des Nations unies a plutôt faire pire au Rwanda, dans l'ex-Yougoslavie ou au Darfour.
Jean Ziegler en 2011 © Rama/CeCILL
À Srebrenica, en Bosnie, les tueurs du général Ratko Mladic « auront assassiné plus de 8 000 Bosniaques. À plusieurs dizaines d'entre eux, Mladic aura donné personnellement le coup de grâce. Les Casques bleus ne bougent pas. (…) Ils assistent passivement aux exécutions »,écrit le sociologue suisse Jean Ziegler, 82 ans, dans un ouvrage au vitriol, pourtant intitulé Chemins d'espérance (*). Vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme, il révèle que beaucoup de ses collègues sont désespérés et se demandent dorénavant si le démantèlement de l'ONU peut encore être évité.

L'Arabie saoudite, active au Conseil des droits de l'homme

C'est bien le spectre de l'échec de la Société des Nations (SDN), qui n'a pas su éviter la montée du nazisme et surtout les 57 millions de morts de la Seconde Guerre mondiale, qui hante cet ouvrage, partiellement autobiographique. Car tout en dénonçant l'ONU, Jean Ziegler y mène carrière. Avant d'être membre du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme, il a été le rapporteur spécial auprès du secrétaire général pour le droit à l'alimentation. Ce qui fait dire au philosophe Régis Debray : « Tu n'es qu'un prédicateur calviniste. (…) Un idéaliste assez naïf. (…) Ta Cour pénale internationale, c'est de la rigolade, pire, de l'hypocrisie. J'y croirai le jour où le premier général américain ou ministre israélien sera transféré à La Haye. »
Dans son avant-propos, Jean Ziegler raconte que c'est la cheikha Mozah bint Nasser al-Missned, la mère de l'actuel émir du Qatar, qui a eu le privilège de présenter au Palais des Nations à Genève l'« Agenda 2030 » de l'ONU. Alors que dans son pays les travailleurs immigrés sont traités en esclaves. « Les abus sexuels commis sur les domestiques, les accidents du travail, les maltraitances sont innombrables », note le sociologue. Mais, il y a pire : l'Arabie saoudite joue un rôle important au Conseil des droits de l'homme, alors que cette dictature pratique la charia, « fait fouetter jusqu'au sang certains dissidents, torture jusqu'à la mort ses critiques, humilie les femmes, coupe les mains aux personnes soupçonnées de vol ».

Massacrez dix mille êtres humains…

Bref, qui a encore envie de payer pour des « légions de mornes bureaucrates, parasites grassement payés. Tous ces gens effacés, timorés, éternellement indécis. » Sans parler des « personnages sulfureux, détestables ou malfaisants » que l'on croise dans les couloirs de l'ONU ? Kofi Annan, l'ancien secrétaire général, et ami de Jean Ziegler, raconte que si vous tuez un homme, vous allez en prison, dix hommes, vous êtes enfermé dans un asile psychiatrique. « Massacrez dix mille êtres humains… et vous serez invité à une conférence de paix. »
Alors, l'ONU risque-t-elle de subir le même sort que la Société des Nations ? Jean Ziegler veut encore y croire, à condition de réformer très rapidement cette organisation. D'une part, il faudrait rendre impossible l'utilisation du droit de veto dans tous les conflits impliquant des crimes contre l'humanité. D'autre part, les sièges permanents du Conseil de sécurité seraient soumis à rotation. Les sièges français et britannique deviendraient européens, et seraient occupés « tour à tour par l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne ». Ce n'est pas inconcevable.
En revanche, peut-on sérieusement imaginer que les États-Unis puissent céder leur place au Canada, au Brésil ou au Venezuela. Et la Chine, à l'Inde et au Japon ? À 82 ans, Jean Ziegler reste un éternel optimiste. En 1991, il avait publié La Suisse lave plus blanc, dénonçant le secret bancaire. Son immunité parlementaire (il était alors député socialiste) avait été levée, pour avoir trahi les intérêts de la Suisse. Trente ans plus tard, la Confédération a accepté de mettre fin à son sacro-saint secret bancaire.
Chemins d'espérance se conclue sur une phrase du Mahatma Gandhi : « D'abord, ils vous ignorent, puis ils se moquent de vous, puis ils vous combattent, puis vous gagnez. » 
(*) Le Seuil, 261 pages.

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