jeudi 13 octobre 2016

Lorant Deutsch : "Que Najat Vallaud-Belkacem prenne avec Sarkozy des cours d'histoire !"

Que Nicolas Sarkozy invoque des ancêtres gaulois ne vous a donc pas choqué...


De retour avec un "Métronome 2", l'acteur-vulgarisateur se livre sur les ancêtres gaulois et l'enseignement de l'histoire qui enflamme les hommes politiques.


Son premier Métronome avait été tiré à 5 000 exemplaires, mais avait fini par animer les bibliothèques avec deux millions d'acheteurs. Lorant Deutsch récidive avec un deuxième tome* qui arpente l'histoire de Paris à travers ses rues, du cardo maximus romain que l'on retrouve dans le tracé de la rue Saint-Jacques à l'autoroute A86 annonçant le Grand Paris. Ses détracteurs, des historiens plutôt marqués très à gauche, lui reprochent des erreurs factuelles et une "vision quasi maurrassienne" de l'histoire. 

Mais loin d'être un inconsolable nostalgique de l'Action française, le volubile acteur est un drôle de paroissien, à la fois catholique pro-mariage pour tous et monarchiste bobo qui fait du vélo durant la Journée sans voiture et se dit fier de payer ses impôts. Alors qu'en cette période électorale, l'histoire est plus que jamais un terrain de bataille, lui assure défendre une histoire fédératrice qui carbure à l'enthousiasme. Entretien... sur un tempo prestissimo, bien sûr.
Le Point.fr : François Fillon veut réécrire les programmes d'histoire, Nicolas Sarkozy fait de la généalogie gauloise, tandis que Najat Vallaud-Belkacemdéfend "l'histoire véridique". Pourquoi l'histoire est-elle devenue une matière si inflammable ?
Lorant Deutsch : L'histoire se retrouve au cœur de la mêlée, surtout en cette période électorale, mais ça devrait être le contraire ! Moi, je prends l'histoire au pied de la lettre. Depuis tout petit, l'histoire du monde, de la France ou de nos origines, c'est pour moi une formidable usine à histoires. Et je me bagarre pour rester petit, car petit, c'est être curieux, ouvert, ne pas aller vers le rétrécissement des convictions, l'étroitesse d'esprit qui fait croire qu'on a tout compris. Moi, au contraire, grâce à l'histoire et aux histoires, j'essaye de rester en éveil face à l'enchantement et la stupéfaction. L'histoire, c'est un moyen d'évasion et de divertissement hallucinant.
On vous a présenté comme le héraut d'une histoire réactionnaire...
Ce qui me plaît avant tout, c'est la géographie, c'est-à-dire la réalité qui m'entoure. Quand j'entends dire que ceux qui aiment l'histoire sont des nostalgiques d'une France passée, des adeptes du "c'était mieux avant", je leur réponds que c'est tout le contraire ! C'est parce que ma réalité me fascine et mon pays me plaît que j'ai envie d'en savoir plus. Ce qui m'intéresse, c'est comment on en est arrivé là. Qui sont nos parents, nos aïeux, ceux qui ont façonné ce jardin merveilleux dans lequel on a la chance d'évoluer quand on est en France. On vit une période délicate, critique et anxiogène. Malgré tout, c'est encore un pays qui, à titre personnel, me fait du bien quand je me lève le matin.
Vous ne cessez de répéter que vous êtes très content de vivre dans notre époque. Ce n'est pas très réactionnaire, ça...
Mais grave ! Au XVe siècle, je n'aurais pas fait vingt mètres. J'aurais attrapé la peste, le choléra ou le tétanos. En plus, avec un père juif et une mère roumaine, ça aurait été un peu compliqué.
 Être français, c’est parler le français et jouir de cet héritage qui s’appelle la France. 
Dans votre livre, vous défendez d'ailleurs le Grand Paris...
Oui, il est temps que cette ville ait de nouvelles frontières. Celles qu'on a avec le périphérique datent d'Adolphe Thiers en 1840. Vous savez, je crois que le termeréactionnaire vient d'une tromperie qui veut que tout soit aujourd'hui "touchy". L'histoire est une matière inflammable, comme vous le dites, je l'ai appris à mes dépens. Alors que je pensais qu'elle devait être additionnelle, qu'elle devait tous nous rassembler autour de valeurs communes sans que ce ne soit trop chargé. Pour moi, l'identité, c'est simplement deux choses : le parcours de notre pays, qui ne nous appartient pas, et la langue, qui fait de nous des Français. Il s'agit donc de savoir d'où on vient, et de savoir comment communiquer puisque l'intelligence passe par le langage. Être français, c'est parler le français et jouir de cet héritage qui s'appelle la France.
Vous avez été surpris par toutes les polémiques suscitées par vos deux premiers livres, Métronome et Hexagone ?
Je pensais être dans une histoire belle, et que tout le monde avait envie de profiter de ce ciment-là, éminemment fédérateur, qui explose toutes les castes de rangs sociaux, de sang, d'origines, de religions. Être français, c'est être au-dessus de tout ça. Je me suis dit : "C'est génial, appuyons-nous là-dessus !" Mais je me suis rendu compte qu'il fallait sélectionner. Parler de Jeanne d'Arc, c'est devenu un marqueur idéologique. Alors que non, j'en parle parce que ça fait partie de notre histoire. Répudier Jeanne d'Arc ou les racines chrétiennes de la France, comme le fait Pierre Moscovici, c'est un crève-cœur pour l'amoureux de l'histoire et c'est surtout se servir de l'histoire et ne plus la servir. On devient un procureur de l'histoire.
Que pensez-vous des débats autour du désormais fameux "roman national" ?
Aujourd'hui, si tu aimes l'histoire de ton pays, ça veut dire que tu n'aimes pas les autres. C'est aussi bête que ça. On n'est plus dans la nuance, le débat, mais dans la soustraction. Tu aimes l'histoire de France, alors tu n'aimes pas l'étranger. Le pire, c'est quand on dit que l'histoire de France ne concerne pas les enfants actuels. Dire "nos ancêtres les Gaulois" serait lamentable pour le petit Chinois, Africain ou Indien. Or, moi, je ne vois pas de Chinois, d'Africains ou d'Indiens. Je vois des Français d'aujourd'hui. Ils parlent ma langue, ils habitent dans mon pays, ils sont plus français que les morts, qui sont complètement blanchis. Pourquoi faire de l'ostracisme en distinguant ? Tout le monde a droit à la même histoire et au même héritage. Cet héritage, c'est l'histoire de France et la langue française. Dire cela, ça tombe sous le coup du bon sens.
Aujourd'hui, il faut prendre des précautions sur tout. C'est dommage. Car si on réfléchit, évidemment que nos ancêtres, ce sont les Gaulois. Je ne suis Français que depuis cinquante ans si on parle en termes d'origine, mais je suis Parisien. Or Paris est un mot d'origine celte. Quand Najat Vallaud-Belkacem dit qu'elle veut donner un cours d'histoire à Nicolas Sarkozy. Dans ce cas-là, il faudrait qu'elle se mette à côté de lui pour suivre le cours ! Parce que les Gaulois et les Celtes, c'est la même chose. C'est juste un marqueur temporel. Être Parisien, c'est une filiation directe avec ce peuple-là, qui a laissé son nom à l'habitant que je suis. Donc mes ancêtres, ce sont les Gaulois, mais aussi les Romains, les Germains, les Burgondes, les Francs, les Italiens, les Flamands ou les Hongrois quand ils ont tout ravagé au Xe siècle. Parfois, ce sont des parents un peu violents (rires).
 Je n’ai jamais signé la préface d’un livre de Patrick Buisson 
Alain Juppé assure, lui, que "l'histoire n'est pas un roman"...
Quand Alain Juppé dit que l'histoire n'est pas un roman, il a bien sûr raison quand on l'étudie en tant que matière scientifique, en tant que sujet à objectivisation. Après, bon courage aux historiens, car c'est éminemment subjectif... L'histoire est quand même une matière qui traite des hommes au service des hommes et faite par des hommes. Plus "sciences humaines", ça n'existe pas. Mais c'est leur formation, pas la mienne. Je ne suis pas historien ou universitaire. Je suis simplement quelqu'un qui peut donner envie aux gens d'en savoir davantage sur leur pays. Donner des clés, des repères, des moyens mnémotechniques pour comprendre ce que le nom d'une rue veut dire, pourquoi telle personne qui habite la montagne Saint-Geneviève est entourée d'anciens couvents... Je suis un amuseur, un conteur, qui puise dans le travail d'historiens. Comme pour les bonnes séries ou les bons films, j'aime bien quand c'est basé "sur des faits réels". Mais évidemment que je romance. À partir du moment où je fais parler Richelieu ou Louis XIII, dont on ne connaît pas la scansion et l'intonation, on est dans la fiction.
Quel est pour vous le prof d'histoire idéal ?
Les meilleurs profs d'histoire que j'ai connus sont ceux qui m'ont emmené sur le terrain. Pour les Romains, on avait une prof, Mlle Delaroche, qui nous a emmenés à Jublains en Mayenne. Pour moi, les Romains, c'était tellement loin. Ils étaient en toge et mangeaient du raisin. Ça ne m'intéressait pas, ce n'était pas ma culture. Eh bien, elle nous a prouvé le contraire en nous emmenant sur ce site archéologique. Tout d'un coup, je me suis retrouvé nez à nez avec eux. Ça devenait concret ! C'est très matérialiste comme approche. Je ne suis pas du tout une espèce d'idéologue obscurantiste tel que certains aimeraient me présenter. De toute façon, idéologue, c'est un grand mot pour dire à quelqu'un qu'on ne l'aime pas.
Avez-vous lu le livre de Patrick Buisson, avec qui vous aviez collaboré ?
Non. Patrick Buisson était mon employeur quand il était directeur de la chaîneHistoire. On a fait ensemble un documentaire pour les cinquante ans de la mort de Céline, que je considère comme l'un des plus grands auteurs français. Céline n'a pas eu droit aux célébrations nationales, ce que je trouve logique vu son histoire sulfureuse. Mais ne rien faire pour l'occasion aurait été stupide. Patrick Buisson m'a proposé une sorte de Métronome célinien en allant sur les lieux où il a vécu. Ça a tellement bien marché que la chaîne Histoire en a fait un album, un simple produit dérivé, sur lequel je figurais en couverture. Mais je n'ai jamais signé la préface d'un livre de Patrick Buisson, comme on peut le lire sur Wikipedia. Écrivez ça en gros caractères ! Depuis, je ne l'ai d'ailleurs jamais revu.
 J’ai peur que la laïcité devienne un anticléricalisme farouche 
Vous êtes catholique, mais favorable au mariage gay...
Oui, car je suis convaincu que ça renforce la famille. Il y a des parents seuls, des familles recomposées... À partir du moment où on a toléré le divorce il y a un siècle, le modèle familial a évolué. Dans une société où deux hommes s'aiment, ils ont besoin d'avoir des droits, d'être protégés, d'avoir des garanties. Mais je suis aussi pour le mariage des prêtres. Vous voyez que ça fait de moi un catholique très modéré. D'ailleurs, j'ai eu du mal à avoir des enfants, on a été aidés, et heureusement que les choses n'ont pas été aussi naturelles que ça. Et puis, n'oublions pas que pour Marie, Joseph et Jésus, ça a été plutôt complexe d'un point de vue biologique. Joseph n'est pas le père, Marie a conçu de manière très artificielle et il y a un troisième lascar dans l'affaire. Mais la crèche fonctionne très bien et ça reste un beau modèle familial, non ?
"J'ai peur d'une dictature laïque", avez-vous déclaré. Pourquoi ?
J'ai peur que la laïcité devienne un anticléricalisme farouche. J'ai peur de ces excès-là. Aujourd'hui, il y a ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Heureusement, il n'y a pas ceux qui veulent nous empêcher ou obliger de croire. Mais il y a un risque de dictature où le nouveau dieu, à l'image de ce qu'a fait Robespierre, deviendrait un "être suprême" en faisant passer ses idées à coups de botte. Quelqu'un comme Moscovici essaye même de modifier l'histoire de France, en disant que l'Europe n'a pas de racines chrétiennes, ce qui est stupide. Pendant 1 500 ans, la France a quand même été sous l'égide de l'autel. Mais la France a rendu à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu, ce qui va parfaitement au catholique que je suis. Au départ, ça ne devait pas être mêlé. Je suis croyant chez moi, dans mon église, j'ai le droit à mon petit signe religieux, ma petite croix, et je n'embête personne, car je ne cherche à convaincre personne. Ça s'appelle vivre en France. Je l'espère en tout cas.
Avez-vous déjà reçu des critiques pour ce Métronome 2 ?
Ou mes détracteurs ne l'ont pas lu, où ils n'ont rien trouvé. Du coup, ils ont reparlé d'anciennes polémiques et de vieilles erreurs que j'aurais commises. Le magazineHistoria a ressorti cette histoire selon laquelle j'aurais dit que l'âge gothique a été inventé avec les Goths au Ve siècle. Je les mets au défi de trouver la source. Je crois savoir que le gothique a été inventé au XIIe siècle et qu'on l'a appelé "gothique" à partir du XIXe siècle, avec l'idée que c'était un art qui venait plus du Nord que de la Méditerranée. J'ai écrit à Historia pour demander un erratum ou de montrer leurs preuves. Mais comme c'est un magazine historique aujourd'hui assez engagé, ils veulent me faire rentrer dans un débat idéologique. De même, ils ont écrit que j'osais dire que le Louvre nous vient du Ve siècle avec le père de Clovis, alors que bien sûr il ne date que de Philippe Auguste et du XIIe siècle. Je crois savoir aussi ça. Je parlais simplement de l'étymologie du mot.
*"Métronome 2, Paris intime au fil de ses rues", de Lorant Deutsch (Michel Lafon, 430 p., 19,95 €).

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