mercredi 20 juillet 2016

Comment Israël est devenu la référence dans la lutte antiterroriste....


Depuis sa création, l’Etat hébreu a su s’adapter en permanence à la menace terroriste. Grâce à un modèle dynamique dont les clefs de voûte sont le renseignement, et l’implication de la société civile.

Au lendemain du carnage de Nice comme dans la foulée des attentats du 13 novembre, le scénario se répète : « l’exemple israélien », où la menace terroriste fait partie de la vie quotidienne, est mis en avant. Les experts militaires sollicités sur les plateaux de télévision à Tel-Aviv ont beau se montrer modestes, voire éviter toute référence à un « modèle israélien de lutte antiterroriste », il n’empêche. L’Etat hébreu, dont la population a connu sept guerres et deux Intifada depuis sa création, est bel est bien devenu un cas d’école, dans sa façon de gérer une situation d’insécurité permanente. Une expertise dans la mire des décideurs européens.
Signe qui ne trompe pas : dans la foulée des attentats du 13 novembre, le maire de Cannes, David Lisnard, a fait appel aux services d’un ancien brigadier général de l’armée israélienne, Nitzan Nuriel, pour aider les autorités locales et les équipes d’intervention d’urgence à se préparer à une éventuelle attaque lors du Festival phare de la Croisette.
En avril dernier, cet ancien chef du bureau de lutte contre le terrorisme en Israël (entre 2007 et 2012) avait notamment dirigé une attaque terroriste simulée au Palais des festivals pour tester les mesures de sécurité renforcées dans la ville. Auparavant, il avait mené un audit, en s’inspirant des leçons tirées des attentats menés contre des palaces à Bombay et dans les gares de Madrid, les deux scénarios catastrophes les plus retenus par les professionnels.
L’une de ses préconisations : « la sécurisation du front de mer » ainsi qu’un contrôle renforcé de tous les accès de la ville de Cannes, y compris maritimes. Interrogé sur l’attentat de Nice, il confiait ce week-end aux « Echos » : « J’ai le sentiment que la France n’était pas vraiment prête à envisager ce scénario catastrophe. »

Ben Gourion, l’aéroport le plus sûr du monde

En fait, cela fait dix-huit mois maintenant que les délégations de dirigeants de pays frappés par la menace djihadiste débarquent en nombre à l’aéroport international de Ben Gourion, considéré comme le plus sûr du monde, pour prendre la mesure du système de lutte antiterroriste en vigueur sur le sol israélien. Un pays où la sécurité intérieure relève non pas de l’armée, mais des services de renseignement et de la police.
En février, l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, s’est par exemple rendu en Israël, où il a rencontré notamment le PDG de la société Eagle Security and Defense, Giora Eiland, par ailleurs ex-directeur du Conseil de sécurité nationale israélien. Lors de cette visite, Christian Estrosi avait insisté sur la nécessité « d’être à la pointe de la lutte par le renseignement contre la cybercriminalité lorsqu’on sait que la radicalisation se fait par le biais des réseaux sociaux ». Un domaine dans lequel l’Etat hébreu excelle puisqu’il se classe dans le Top 5 des cyberpuissances, aux côtés des Etats-Unis, de la Chine, de la Russie et du Royaume-Uni.

Intensification des attentats à la voiture-bélier ou des attaques au couteau

A quoi tient l’efficacité de l’approche israélienne ? « Israël est confronté depuis des décennies à une menace multiforme et diffuse. Le pays a connu une série d’attaques terroristes, dont le mode opératoire n’a cessé d’évoluer. L’antiterrorisme israélien a dû s’adapter en permanence en adoptant une approche fondée sur l’anticipation et la rapidité d’intervention. Le bilan est contrasté mais l’expérience accumulée est observée à la loupe par les pays confrontés à un risque terroriste élevé », décrypte David Khalfa, chercheur associé du think tank IPSE, (Institut prospective et sécurité en Europe)
A l’en croire, cette menace a connu d’importantes transformations au cours de quatre grandes périodes. Avec d’une part, les années 1970 caractérisées par des attaques de fedayin palestiniens ; l’époque des Accords israélo-palestiniens d’Oslo (1993) ponctuée d’attentats suicide ; les années post-Oslo durant lesquelles Israël, confronté à la seconde Intifada, s’est retrouvé sous le feu des tirs de roquettes ou de missiles du Hamas et du Hezbollah, avant de connaître plus récemment une intensification des attentats à la voiture-bélier ou des attaques au couteau.
« L’antiterrorisme israélien est fondé sur des modes d’action défensifs (“barrière de sécurité”, barrages militaires filtrants…) et offensifs(infiltrations, arrestations préventives, assassinats ciblés…). Cette double approche couplée à la coopération sécuritaire avec l’Autorité palestinienne a permis à l’Etat hébreu de faire baisser de manière substantielle le nombre d’attentats de grande ampleur, poursuit David Khalfa, même si les attaques palestiniennes de basse intensité menées à l’aide de moyens rudimentaires ont pris le relais ces derniers mois. »

La clé de voûte : le renseignement

Restent les fondamentaux. La clef de voûte du système antiterroriste israélien est le renseignement qui fonctionne « en cercles concentriques » : en Cisjordanie, aux frontières d’Israël et à l’intérieur du pays. Dans les villes israéliennes, l’Etat hébreu s’appuie sur des unités d’élite antiterroristes d’intervention placées sous le commandement de la police ; à l’exception de Yasam, une unité anciennement dédiée à la lutte antiémeutes qui depuis quelques années, patrouille en moto à l’intérieur d’Israël, et dépend directement des services de sécurité intérieure (Shin Bet).
Israël peut donc faire preuve d’une capacité de réaction ultra rapide lorsqu’un attentat se produit. D’autant que la société civile israélienne est très impliquée dans le combat antiterroriste. Et ce, en raison du rôle central joué par l’armée puisque chaque jeune Israélien doit passer trois ans (deux pour les femmes) sous les drapeaux. Mais aussi, du fait que le port d’armes est facilité, ce qui permet aux civils de riposter plus rapidement en cas d’attaques. Sans oublier l’importance des sociétés de protection privées qui se sont multipliées au début de la seconde Intifada et de la vague des attaques suicide.
« La sensibilisation et la résilience du grand public constituent un atout maître », souligne Boaz Ganor, le directeur exécutif de l’Institut international du contre-terrorisme (ICT) du Centre interdisciplinaire d’Herzliya. Tout comme les mesures préventives mises en place par les pouvoirs publics. Lors d’événements ou de rassemblements de grande ampleur, des zones entières peuvent être totalement interdites aux véhicules, outre la mise en place de barrages filtrants et de barricades. Un dispositif qui a été renforcé lors de la dernière vague de terreur qui a déferlé depuis l’automne 2015 et a coûté la vie à plus de 31 Israéliens, 4 étrangers, et 207 Palestiniens (dont plus de 130 assaillants).

La population sensibilisée au risque

Ponctué par plus de 140 attaques palestiniennes à l’arme blanche, à l’arme à feu ou à la voiture-bélier, ce cycle de violences initié en majorité par de jeunes Palestiniens, considérés comme des « loups solitaires », n’a certes pas eu le même impact psychologique que la vague d’attentats suicide de la seconde Intifada. « Nous avons connu pire mais l’Intifada des couteaux est venue briser six années de calme sécuritaire relatif », observe Ely Karmon, directeur de recherches au sein de l’ICT. De fait, les forces de l’ordre israéliennes se sont retrouvées démunies face à des assaillants palestiniens âgés de treize à vingt ans, agissant le plus souvent seuls, et sur lesquels les services de renseignement ne disposent pas d’informations. Mais là encore, l’ajustement opérationnel a été rapide. Pour parer les attaques à la voiture-bélier contre les piétons exposés aux stations de bus, des blocs de ciment ou des piliers en métal ont été posés pour protéger les usagers. Et la population a été sensibilisée à ce risque.
Autre axe défensif en pleine mutation : la veille sur les réseaux sociaux.« Israël a beaucoup investi dans ce domaine », relève encore David Khalfa, « notamment depuis que l’influence de l’Etat islamique se fait ressentir auprès de certains jeunes Palestiniens autoradicalisés, dont le combat s’inscrit davantage dans une logique djihadiste, comme on a pu l’observer récemment lors de l’attaque perpétuée à Tel-Aviv dans le marché de Sarona ».
Cet attentat du 8 juin a été commis par deux cousins originaires d’un village du Sud-Hébron (en Cisjordanie), qui ont mitraillé les clients attablés à la terrasse d’un bar à chocolat, faisant quatre victimes et une quinzaine de blessés. Selon l’enquête du Shin Bet, les deux terroristes avaient décidé de mener une attaque inspirée par l’EI ; mais sans avoir été officiellement recrutés par l’organisation terroriste et sans avoir reçu d’aide. Un mode opératoire contre lequel Israël n’a pas encore trouvé de solution imparable.
Nathalie Hamou – Lesechos.fr

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