Cette semaine, le Garage du cœur, la rubrique auto rétro de « M », présente les travaux du photographe Ronni Campana, qui s’est intéressé aux rapiéçages en tout genre.
Cette réparation improvisée, ce sac plastique hâtivement posé comme un pansement autour du rétroviseur, ne devaient avoir qu’un temps. La voiture serait prestement amenée chez le garagiste qui aurait fait le nécessaire. Sauf qu’on n’a pas eu le temps et qu’un rétroviseur ça coûte très cher, surtout au regard de la valeur de revente de la voiture. Alors, le provisoire est devenu définitif.
Pour s’attendrir devant ces cicatrices, bâclées ou cousues avec soin, il fallait avoir un certain sens du décalage.
Ce dont ne manque pas l’éditeur londonien Hoxton Mini Press auquel les clichés du photographe italien Ronni Campana, né à Milan mais vivant à Londres, ont inspiré le livre intitulé Badly repaired Cars (« Voitures mal réparées »). « Une ode à la débrouillardise et l’ingéniosité, au carton providentiel, aux sacs plastiques et au ruban adhésif », annonce l’éditeur.
Le scotch chirurgical

Le rétroviseur en tenue de camouflage constitue un grand classique du bricolage automobile. Lors de ses pérégrinations dans l’East London, la partie la plus populaire de la capitale, Ronni Campana s’est beaucoup intéressé à cet exercice qui a engendré plusieurs styles. Pas question, en effet, de laisser un rétroviseur pendouiller à la portière, il faut lui rendre un minimum de dignité.
Pour y parvenir, l’approche la plus rigoureuse est celle de la chirurgie reconstructrice. Il s’agit d’expier sa faute (une mauvaise appréciation de la distance séparant la portière du mur) ou sa malchance (une camionnette venue se mirer de trop près dans le miroir du rétroviseur) en tentant de restituer l’objet originel dans son intégrité. Ce qui consiste à le momifier avec des bandelettes d’adhésif. Grièvement blessé mais toujours droit dans ses bottes, l’objet fait mieux que sauver les apparences : il signale le statut d’éminent bricolo qui est celui du propriétaire de la voiture.
La technique sac plastique

On peut aussi envisager de traiter le rétro tombé au champ d’honneur en mode « spontex ». Dans ce cas, le salut ne peut venir que d’un sac plastique. De préférence – mais tel est généralement le cas –, le premier que l’on a sous la main. Il faudra ensuite nouer avec simplicité l’ensemble à l’arrière de la coque. Contrairement à la reconstitution stricte avec adhésif imperméable et carton dûment sélectionné, choisir un sac plastique comme nouvel écrin de son indispensable rétroviseur fait très négligé.
C’est le signe d’un je-m’en-foutisme patent qui, au feu rouge, risque de faire peser sur le conducteur des regards désapprobateurs. Pourtant, il peut parfoissurgir une forme de grâce de cet exercice. Le drapé du pochon de supermarché et ses coloris désormais sépias, le plissé de l’adhésif de bureau et les frissons qui parcourent cette oriflamme (au point que l’on n’y voit plus rien au-delà des 40 km/h) transmettent une forme de vie à l’objet. La voiture tout entière s’efface devant ce qui peut parfois tenir de l’œuvre.
Le replâtrage adhésif

Certains balaient la poussière sous le tapis, maquillent leurs imperfections ou inventent des artefacts. Ceux-là ne risquent pas de remplacer pas leur pare-brise arrière ou de cautériser des traces de rouille en déployant un kilomètre et demi d’adhésif en rouleau. La technique de la réparation « à la truelle », largement répandue auprès de certains propriétaires de scooters, peut être qualifiée de fruste. Elle en dit long, aussi, sur le cas que l’on fait de sa voiture…
Ou sur l’ampleur de ses moyens financiers du moment. Pourtant, l’effort que réclame un tel empaquetage à la sauce 3M en impose. On n’imagine pas les difficultés qui ont dû assaillir celui qui a posé cevoile – rapidement devenu blanc sale – sur la lunette arrière de son Alfa Romeo 156. A la fin, il ne devait pas être mécontent. Et il était bien le seul.
Le pansement chatterton

Il peut exister une certaine pudeur à reconnaître les blessures qu’inflige le temps à nos voitures. L’autocollant providentiel peut être une excellente solution mais pas toujours. Lorsque c’est le mécanisme d’ouverture du capot qui déclare forfait, menaçant de lâcher la bonde au premier nid-de-poule, la situation est grave. C’est alors que surgit l’adhésif plastifié – encore lui – qui va sauver la mise. Quoique rudimentaire, la réparation opérée sur ce modèle témoigne d’une certaine recherche.
Deux traits d’adhésif noir parfaitement ajustés, ni vu ni connu. Il ne faudra pas oublier de renouveler les bouts de tissu magique après chaque ouverture du capot (ce qui, sur la voiture en question, doit se produire assez souvent) et de trouver rapidement un sujet de conversation lorsque le garagiste découvrira, médusé, le subterfuge.
La reprise « design »

On l’a vu, le bricolage automobile peut tutoyer la reconstitution historique. Avec la même rigueur, il est possible de tenter le pari de la créativité et du design. C’est une façon de positiver : considérer l’altération de l’état extérieur de son véhicule comme une chance inespérée d’en améliorer la présentation. Ici, le pansement autocollant déployé pour contenir le grignotage de la rouille à la jonction de deux éléments de carrosserie est conçu comme un eye-liner destiné à souligner l’élégance d’un bloc optique affiné.
Le deuxième trait, rouge celui-ci, n’est pas forcément destiné à dissimuler une imperfection. Sa fonction est d’abord de répondre à la note jaune et de conférer à la voiture – une modeste citadine premier prix des années 1990 – la touche sport parfaitement vaine, mais qui lui donnera du chien.
« Badly Repaired Cars », photographies de Ronni Campana, Hoxton Mini Press, Londres www.hoxtonminipress.com
D’autres photos de « voitures mal réparées » par Ronni Campana, à voir sur : cargocollective.com

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