Izhar Cohen ne regrette pas les grandes scènes. A 63 ans il leurs préfère la création de parures, dans sa boutique à Tel-Aviv où il rencontre un public qui l’aime toujours. Il est soucieux pour la culture musicale israélienne suite aux “TV réalité” et déçu de la musique Mizra’hi (orientale-méditerranéenne) actuelle.
Youval Abramovitch par Haïm Bismuth.
Voilà 10 mois qu’Izhar Cohen a ouvert sa bijouterie rue Dizengoff à Tel-Aviv. Son nom en très grandes lettres est affiché au-dessus de la porte d’entrée. Certains y recherchent un cadeau pour leur épouse, les jeunes filles, des boucles d’oreilles pour leur mariage. D’autres y entrent pour adresser un mot gentil à celui qui a offert à Israël sa première victoire historique à l’Eurovision (1978). Un “Selfy” à côté de l’ancienne star à la place d’un autographe, est souvent accordé avec enthousiasme par Izhar. Le style de ses créations est Yéménite, “Je suis fidèle à mes origines” avoue Cohen, et varie du genre chic aux bijoux du quotidien. On peut y trouver notre bonheur entre 500 à 3000 shekels.
– Les gens pensent-ils que votre carrière de bijoutier est due à une vocation ratée de musicien ?
– Je n’ai jamais été témoin de ce genre de remarques. Les réactions de ceux qui me rencontrent sont positives et encourageantes. Dernièrement j’ai annulé la réalisation d’un reportage sur moi suite à la direction gênante et erronée que le journaliste voulait donner à ce tournage: “Izhar Cohen, joaillier par défaut”.
– Comment comprendre votre abandon de la scène en faveur de l’orfèvrerie?
– J’ai 63 ans, j’ai beaucoup tourné dans le monde, j’ai tout vu, tout enregistré. J’ai côtoyé le “beau monde”, j’ai vécu et je me suis lassé de tout. Le monde du show-biz ne m’émouvait plus. Les heures de routes et d’attente dans les loges, les longues séances de maquillage prenaient le dessus sur la musique et la chanson elle-même. Bien sûr, naturellement, la nouvelle génération est arrivée, et avec elle le besoin de céder la place. Je l’ai compris et accepté avec humilité. Je ne suis pas du genre à jouer des coudes, j’ai eu droit à une belle période, j’ai su me retirer à temps.
– Pour vendre des bijoux?
– Sincèrement, je voulais cette boutique depuis longtemps. Mais j’ai eu des craintes. J’ai redouté d’être identifié à celle-ci et de ne plus l’être à la musique. Pendant de longues années je ne pensais qu’avoir une seule option : être un chanteur… ou mourir. Au début, je pensais trahir la scène. Etre “enfermé” dans un local 8 heures par jour était pour moi une torture.
– Aujourd’hui, la scène c’est fini?
– Nullement! Je ne me produis plus dans des grandes salles mais on peut me voir dans des clubs le soir, dans des salles de danses folkloriques, ou dans des évènements comme Yom HaAtsmaout etc. Le matin à la boutique, le soir quelques apparitions artistiques et la nuit je me penche sur mes créations.
– D’autres artistes de votre âge sont encore sur scène. Guidi Gov, Mati Caspi, Tsvika Pik.
– J’en suis très heureux pour eux! J’ai préféré moi-même libérer les planches avant que l’on me le demande. Mes représentations sont un choix et un j’y prends un grand plaisir. Aujourd’hui mon arrivée sur scène face au public suffit à recueillir des applaudissements, sans même avoir chanté! Je donnerai peut être un Show à Césarée, juste pour le plaisir des nostalgiques.
La musique dans les gènes
Izhar Cohen est né dans une famille de musiciens et se souvient d’une enfance riche en cours de chant, de musique et de jeu. Il a fait partie d’un groupe musical à l’armée où il brillait déjà. A Los-Angeles il a étudié le chant, la danse et le jeu de scène. Sa victoire à l’Eurovision de 1978 (“Abanibi”) l’a propulsé au-devant des scènes locales et internationales. Cinq albums à succès dont les titres : “Bédidoute”, “Hanéder”, “Marina”. En 1985, en espérant faire un doublé, il arrive à la respectueuse cinquième place avec la chanson “Olé Olé”.
“J’ai été longtemps frustré que mon œuvre ne soit identifiée qu’avec “Abanibi”. Jusqu’au jour où quelqu’un m’a dit: ‘Pas tout le monde n’a le droit à sa “Mona Lisa” [la Joconde]. Toi tu l’as’. Je m’en rends compte, j’ai un grand mérite d’avoir ma ‘Mona Lisa’ et d’être lié à un évènement culturel et historique de l’Etat d’Israël”.
Cohen apprécie les changements professionnels des chansons et des chanteurs de l’Eurovision aujourd’hui. De bons matériaux à ses dires. Il explique pourtant la perte de charme de cette compétition par la taille de celle-ci, une immense fête musicale, certes, mais qui a perdu l’ambiance intime d’une Europe de modeste dimension.
La nouvelle génération
“Beaucoup de bruit et pas beaucoup de musique. Les chanteurs et chanteuses aujourd’hui sont entourés de managers, producteurs, conseillers en relations publiques”. Izhar Cohen déplore que ceux-ci diffusent à tout moment des bribes d’informations ridicules sur leur vie privée et ne présentent pas leurs œuvres artistiques. “Quel héritage culturel vont-ils nous léguer? Leur coiffure? Comment ces chanteurs ne sont-ils pas confus par toutes ces futilités?”
Les responsables d’antennes ne sont pas épargnés par Izhar: “Ils ne filtrent pas et nous rabâchent encore et toujours les oreilles avec les mêmes noms. Où sont Arik Einstein, Naomi Shemer, Yehoram Gaon ? Où sont les textes de qualité ? Ils ont remplacé tout cela par des textes “commerçants; on peut respecter la langue hébraïque sans pour autant déclamer du Alterman.”
Les programmes de TV réalité sont aussi coupables aux yeux de Cohen. Ils mutilent la culture musicale.“Une personne apparait pendant trois mois sur l’écran et il est déjà un Dieu vivant dans son domaine?!
Nous savions, à l’époque de notre service militaire dans les groupes musicaux, que nous avions droit à une première exposition, un début de révélation. Nous savions que l’on avait encore beaucoup à apprendre. Aujourd’hui c’est l’ère de la star instantanée à laquelle on accorde une importance démesurée. Ces auditions, où l’on rejette sévèrement un candidat après deux minutes de chant, blessent et nous font échouer dans la découverte d’artistes authentiques et doués.”
Nous savions, à l’époque de notre service militaire dans les groupes musicaux, que nous avions droit à une première exposition, un début de révélation. Nous savions que l’on avait encore beaucoup à apprendre. Aujourd’hui c’est l’ère de la star instantanée à laquelle on accorde une importance démesurée. Ces auditions, où l’on rejette sévèrement un candidat après deux minutes de chant, blessent et nous font échouer dans la découverte d’artistes authentiques et doués.”
La factice musique Mizra’hi méditerranéenne
Quand on soulève le sujet de la musique “Mizra’hi”, (Orientale NDLR) là aussi Izhar possède son mot à dire : “Ce n’est pas de la musique méditerranéenne, c’est une machine bien huilée qui n’a pour but que de vendre. Il y manque de l’intelligence dans les textes et dans l’exécution. On peut écrire et composer une chanson ‘légère’ mais cela ne doit pas être l’essentiel des œuvres.”
Un des grands responsables selon Cohen est le manque de respect dû au passé. “Un artiste nous quitte? On passe en boucle ses films, ses chansons et une semaine après, plus rien! Comment les nouvelles générations vont-elles se construire culturellement sans l’enseignement de cet héritage ? Je suis sûr que les jeunes ont soif de savoir.” Yzhar Cohen apprécie Ivri Lider et Idan Rei’hel: Ils créent de la bonne musique, ils sont dans la vérité en apportant de la fraicheur dans ce métier.
Sa vie privée

Izhar Cohen avec Eliah sa fille
Izhar reste très discret sur sa vie privée. Selon le témoignage d’un journaliste: il a le plus épais des dossiers aux archives des artistes israéliens mais on ne sait pas grand-chose de lui. Il a une fille Eliah, 17 ans, mais n’est pas marié. Izhar a su, à la naissance de celle-ci, se séparer de certaines de ses fréquentations. Il a reconnu la justesse de sa décision au moment d’une période très difficile financièrement où il n’a pas retrouvé les “amis” qu’il avait si généreusement aidés.
Aujourd’hui Izhar Cohen est bien entouré : ses frères, sa fille et sa mère Diana et quelques vrais amis proches. Une petite vie heureuse et bien remplie.
http://israelmagazine.co.il/a-la-une/izhar-cohen-des-scenes-du-monde-aux-bijoux-de-la-rue-dizengoff/
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire