Plus exigus sont les verres d’eau, plus fortes les tempêtes.
Plus exigus sont les verres d’eau, plus fortes les tempêtes – ceux qui ont affronté la Méditerranée et sa houle courte vous le confirmeront.
Donc Canal+, quintessence du paysage audiovisuel parisien bobo, est un laboratoire à ouragans, un microcosme des cyclones qui menacent notre monde. Et sous la poigne de Vincent Bolloré, il semble que le changement climatique ne soit enfin plus un mythe. On déplace « Les Guignols de l’info », on vire le directeur des programmes Rodolphe Belmer, on ferme « Le Grand Journal » et son présentateur vedette Antoine de Caunes. Aussitôt, le peuple des grenouilles coasse d’indignation. C’est la liberté qu’on assassine ! L’insolence ! La créativité ! Toutes les valeurs de la démocratie sont en danger. La gauche unanime, de Libération à Manuel Valls, les pleure, retrouvant un vieux rôle qui lui reste cher, incarnant avec une naïveté de cabotine le monopole, non seulement du cœur mais de l’esprit et de la morale. Pour déplorer le pouvoir de l’argent et soupçonner la main de Sarkozy dans la culotte de Bolloré.
Puis, une fois que l’on repose le verre d’eau sur la table de nuit de l’EHPAD qu’est devenue la France, entre pot de chambre et dentier, quelle réalité découvre-t-on ? Les Guignols ? Une entreprise politique qui débite de la pensée unique en tranches fines, en la saupoudrant d’une pincée de talent qui va décroissant avec les années. Une entreprise qui peut même devenir carrément électorale malgré ses protestations de vertu, comme on l’a vu en 1995 au profit de Jacques Chirac.
« Le Grand Journal » en général, et Antoine de Caunes en particulier ? Une table d’hôte pour copains et coquins du politiquement correct qui ne fait plus recette, une messe douceâtre et faussement épicée, abandonnée par des fidèles qu’attirent aujourd’hui des bénitiers plus modernes. Toutes ces fausses valeurs et ces vrais intérêts dégoûtent et lassent. Ces gens ont assez répandu leur conformisme postmoderne en profitant de grasses prébendes, ils ne sont plus rentables, les complaisances du parisianisme ne les protègent plus, va-t-on pleurer pour quelques Bisounours aux dents longues ? C’est vrai que le pouvoir de l’argent n’est pas bien exaltant, mais c’est comme la composition de mathématiques, je l’ai toujours préférée à celle de philosophie : au moins, il y a un critère.

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