Moati tournait depuis l'automne un sujet sur la Place Beauvau quand, le 7 janvier, un premier attentat a décimé la rédaction de "Charlie Hebdo".
Au moment des attentats de janvier, Serge Moati est au ministère de l'Intérieur : le réalisateur se poste alors dans le centre de commandement d'où sont coordonnées les opérations antiterroristes et filme pour la première fois au coeur de ce "bunker ultra-sécurisé". Le documentaire singulier qu'il en a tiré,L'Intérieur au coeur de la crise, sera diffusé lundi 15 juin à 22 h 25 sur France 3. Moati, qui tournait depuis l'automne un sujet sur la Place Beauvau, venait d'achever le montage de plus de 250 heures d'images quand, le 7 janvier, un premier attentat a décimé la rédaction de Charlie Hebdo.
Les frères Kouachi viennent d'assassiner douze personnes, dont les dessinateurs Charb, Cabu, Honoré, Tignous, Wolinski et l'économiste Bernard Marris. "Je n'étais pas loin des locaux de Charlie Hebdo quand j'ai été prévenu, j'ai foncé comme une bête, on m'a apporté une très petite caméra et on a commencé à tourner tout de suite" au milieu des ambulances, raconte à l'AFP le réalisateur. "Ce qui venait de se passer changeait la nature de mon film." Il décide alors de rejoindre immédiatement le ministère de l'Intérieur pour tourner de nouveau, cette fois "sans attendre d'autorisation".
Des bunkers sous la place Beauvau
"Après des mois de tournage, on nous connaissait, l'accord a été tacite", explique-t-il. "Nous nous sommes retrouvés là où aucune caméra n'avait jamais filmé : dans les sous-sols du ministère où il y a des espèces de bunkers ultra-sécurisés." Il découvre lui-même leur existence. "Personne n'en avait parlé avant, on ne s'y réunit qu'à l'occasion de crises aiguës", souligne le réalisateur. Il y reste quatre jours. Les mois précédents, Serge Moati avait filmé le quotidien du ministre Bernard Cazeneuve, les réunions de son cabinet, ses visites de commissariats, la crise du barrage de Sivens ou celle des migrants à Calais.
La question du terrorisme était évoquée régulièrement, dit-il, "mais ce n'était encore qu'une menace et, soudain, c'était là, présent", donnant à ce tournage une tout autre dimension. "C'était formidable d'être au coeur de l'événement. Cela me rappelait des choses de l'ordre de la fiction cinématographique, c'était irréel et, en même temps, c'était mon film", se souvient Serge Moati. À l'intérieur du bunker, les responsables et officiers - visages floutés dans le documentaire - reçoivent les informations qui remontent en permanence du terrain. Le ministre est informé en temps réel. Un écran géant de télévision retransmet les chaînes d'information continue.
"Un dispositif inédit"
Bernard Cazeneuve a "réuni tout le monde" et "décidé que personne ne sortirait avant le dénouement de la crise", raconte Moati, parlant d'un "dispositif inédit". Dans cette crise, ce ministre discret se révèle "une personnalité de sang-froid", souligne le réalisateur. Dans le centre de commandement, comme sur le terrain, le GIGN (gendarmerie) et le Raid (police) travaillent pour la première fois ensemble sur une opération antiterroriste, note-t-il. Le 9 janvier, Amedy Coulibaly prend des otages dans l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Les frères Kouachi, en cavale, se sont réfugiés dans l'imprimerie de Dammartin.
L'assaut final simultané est coordonné depuis le centre de commandement. Le dispositif fonctionne, l'opération conjointe est un succès. "Cela a été reconnu par tous les flics que j'ai interviewés", affirme Serge Moati. "Parfois, les services sont en compétition, ils se tirent la bourre. Le GIGN s'occupe des zones hors Paris et le Raid couvre Paris. Cela n'a l'air de rien, mais cela n'avait jamais été fait."

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