Passer du refus de l'amalgame à l'affirmation que les meurtriers n'ont rien à voir avec l'islam est un raccourci faux.
L'attentat qui a coûté la vie à 12 personnes dans les locaux de Charlie Hebdo fait horreur à tout honnête homme. Et parmi ces honnêtes hommes, nous ne doutons pas qu’il y a la plupart des musulmans de France. Aussi ne pouvons-nous qu’approuver les appels à ne pas faire d’amalgame entre les barbares ayant commis ces meurtres et l’ensemble des musulmans… Tout au plus aimerions-nous que les journalistes et les politiques lançant ces appels ne tombent pas systématiquement dans l’amalgame quand il s’agit d’affaires touchant la droite ou l’Église.
Mais passer du refus de l’amalgame à l’affirmation que les meurtriers n’ont rien à voir avec l’islam est un raccourci faux et plus néfaste que bénéfique. C’est au cri de « Allahu akbar » que cet attentat a été commis. Pas au cri de « Christus vincit ». Si cela avait été le cas, nul doute qu’on aurait considéré les coupables chrétiens et l’on aurait demandé des comptes à l’Église…
Ici, il convient de reconnaître que ce sont des musulmans, agissant au nom de leur foi, qui ont commis cet attentat. Si cela ne s’était produit qu’une fois, on pourrait plaider la folie des auteurs. Ce n’est, hélas, pas le cas. Que ce soit en Europe, en Afrique ou en Orient, le salafisme est responsable d’attentats qui révulsent la conscience. Et le salafisme est une branche de l’islam. L’islam est aussi divers que le christianisme, le judaïsme ou le bouddhisme. Il y a autant de différence entre un soufi et un salafiste qu’entre un évangéliste et un orthodoxe. Il serait donc injuste de condamner l’un pour les actes de l’autre.
Pour autant, chaque courant d’une religion puise aux mêmes sources. Les croyances et comportements des fidèles d’une religion sont toujours issus d’une certaine lecture de ces sources. Les interprétations de la Bible, du Coran ou de tout autre texte sacré sont variées, d’où la variété des courants au sein d’une même religion. Mais ces interprétations sont permises par ces sources. Il est donc légitime qu’on demande à l’ensemble des croyants d’une religion des explications sur les actes de certains d’entre eux. Ce faisant, il ne s’agit pas de mettre tous ces croyants dans le même panier. Il s’agit de les mettre devant leur responsabilité. Il s’agit de leur demander de discerner ce qui, dans les sources de leur foi, permet des actes qui révulsent leur propre foi.
Car ce n’est pas à un chrétien, ni à un juif ou à un athée, de faire l’exégèse du Coran ou des hadiths. C’est aux musulmans de le faire. C’est leur responsabilité et il serait injuste et infantilisant de les en dédouaner. Et ça ne pourrait que conforter les terroristes dans l’idée qu’eux seuls sont de bons musulmans…

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