Guy Millière – Nombre de gens en Israël et nombre d’amis de la liberté ont été déçus du vote de la France en faveur de la résolution présentée par la Jordanie, au nom de l’Autorité Palestinienne, au Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Ce vote n’a rien de surprenant. Il marque une approbation par la diplomatie française des positions « palestiniennes ». Cette approbation existe depuis longtemps. La France a toujours été fondamentalement hostile à la (re)naissance d’un Etat juif au Proche Orient. Le livre de David Pryce-Jones appelé Betrayal (en français : Un siècle de trahison
*) montre, documents à l’appui, que la diplomatie française a, même, été très clairement anti-juive dès le dix-neuvième siècle et n’a cessé de l’être ensuite.
Sous Pétain, la France a été férocement anti-juive, même s’il y eut des justes, et a fait de la propagande antisémite à dose intensive. En 1948-49, la France n’a strictement rien fait de moins que les autres pays occidentaux pour qu’Israël vive, mais elle n’a non plus rien fait de plus. Et ce sont des fonctionnaires et diplomates français qui ont permis le retour du mufti Amin al Husseini au Proche-Orient après la Deuxième Guerre Mondiale, ce qui lui a permis de galvaniser les hordes islamiques qui allaient déferler sur Israël dès sa naissance.
Les gouvernements de la Quatrième République, jusqu’en 1958, ont coopéré avec Israël, pour des raisons tactiques et technologiques. Le Général de Gaulle, sitôt la guerre d’Algérie achevée et ses tractations avec le FLN menées à bien (pour le malheur de milliers de pieds noirs et de harkis), a choisi le camp arabe et islamique, et a trahi Israël en n’honorant pas des contrats de livraisons d’armes à Israël, bien que les contrats aient été signés, et les armes payées, et en mettant en place un embargo sur les livraisons d’armes à Israël. Et c’est le même Général de Gaulle qui, six mois après la Guerre des Six Jours a prononcé un discours clairement antisémite parlant de « peuple dominateur et sûr de lui-même (discours si répugnant et si indigne que Raymond Aron, très en colère, a consacré un livre entier à le dénoncer : De Gaulle, Israël et les Juifs
*).
C’est la France, un peu plus tard, sous Giscard d’Estaing, qui a consacré tous ses efforts à ce qu’Arafat, deux ans à peine après l’attaque terroriste qui a coûté la vie à onze athlètes juifs lors des Jeux Olympiques de Munich, soit reçu sans obstacles lors d’une réunion de l’Assemblée Générale des Nations Unies, en 1974.
C’est la France qui, sous la même présidence, décidera, première à l’époque de tous les pays occidentaux, d’ouvrir une délégation de l’OLP à Paris en 1975 et décidera la même année de signer les contrats prévoyant la construction d’une centrale nucléaire en Irak (centrale que l’armée israélienne devra plus tard détruire pour éviter que Saddam ne dispose de l’arme atomique).
C’est la France qui, sous la même présidence encore, relâchera Abou Daoud, responsable des actes terroristes meurtriers de Munich, réclamé par la justice israélienne et la justice allemande, et lui offrira un billet d’avion vers Alger et la liberté en 1977, et c’est la France qui sera le fer de lance de la politique anti-israélienne de l’Europe à la fin des années 1970.
François Mitterrand passera pour un ami d’Israël, mais ira proclamer à la Knesset l’absolue nécessité d’un Etat palestinien confié à l’OLP. Jacques Chirac sera tellement « pro-palestinien » qu’il offrira une cérémonie digne de funérailles nationales à l’infâme Yasser Arafat. Nicolas Sarkozy ne cessera d’évoquer la nécessité d’un Etat palestinien dans des termes proches de ceux utilisés par ses prédécesseurs, fera voter la France en faveur d’une entrée de la « Palestine » à l’Unesco, et dira son souhait que l’Autorité Palestinienne dispose du statut d’Etat associé aux Nations Unies. Sous François Hollande, en novembre 2012, l’Autorité Palestinienne disposera effectivement de ce statut.
Les déclarations de Laurent Fabius depuis des mois montrent que la France est pour beaucoup dans les positions anti-israéliennes de l’Union Européenne, sous Catherine Ashton, comme sous Federica Mogherini.
Ce qui serait surprenant serait que la diplomatie française change d’orientation, fasse preuve de dignité et de droiture, et montre le moindre attachement à des principes éthiques. Ce qui serait étonnant est, qu’après des décennies de penchants anti-juifs et anti-israéliens, la diplomatie française amorce le moindre virage, tout particulièrement en une époque où la France devient de plus en plus musulmane et où ses dirigeants politiques ont besoin de voix supplémentaires.
La diplomatie française n’a pas trahi Israël : elle est trahison par essence
La diplomatie française n’a rien de décevant : seuls peuvent être déçus ceux qui penseraient qu’elle est autre chose que la diplomatie française. La diplomatie française n’a pas trahi Israël : elle est, comme l’a écrit David Pryce Jones, trahison par essence.
Ceux qui voudraient ouvrir les yeux sur ce point devraient voir que la diplomatie française ne s’est pas contentée de sans cesse trahir les Juifs et Israël : elle a aussi trahi les Etats Unis dans des moments essentiels, et de façon récurrente.
Un livre de Mark Molesky et John J. Miller, Our Oldest Enemy
*, donne tous les détails requis. La dernière trahison des Etats Unis par la France date des années 2002-2003, et les manœuvres sordides menées par Chirac et Villepin (manœuvres qui étaient, aussi, anti-israéliennes) ont fait l’objet d’un autre livre, de Kenneth Timmerman celui-là, The French Betrayal of America
*. Depuis l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche, la France n’a pas à trahir les Etats Unis, Obama s’en charge amplement. La France peut se lasser aller à ses plus bas instincts envers Israël : elle ne sera pas rabrouée par les Etats-Unis. On notera tout de même que l’administration Obama a voté contre la résolution présentée par la Jordanie au nom de l’Autorité Palestinienne : il existe encore aux Etats Unis une opinion publique pour laquelle l’éthique signifie quelque chose, et qui, dès lors, n’est pas prête à accepter l’ignominie. Il m’arrive de penser qu’en France, l’opinion publique est très différente, et prête à tout accepter. Pauvre pays.
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