RÉCIT
Au moins 12 personnes sont mortes ce mercredi matin dans l'attentat contre l'hebdomadaire, à Paris. D'après une source policière, les terroristes cherchaient précisément le directeur du journal.
Il est environ 11 heures ce mercredi, l'équipe de Charlie Hebdo, situé dans le XIearrondissement de Paris, est rassemblée pour sa conférence de rédaction hebdomadaire. Trois assaillants arrivent à bord d’une Citroën noire aux vitres teintées. Deux d'entre eux (le rôle du troisième n'est pas encore connu) pénètrent dans le hall et menacent un employé de l’accueil. Ils lui ordonnent de les conduire jusqu’à des journalistes qu’ils désignent.
Une source proche de l’enquête révèle àLibération que les deux hommes, «calmes et déterminés», «montent directement à la salle de la conférence de rédaction et connaissent leur cible à l’avance»: «C’est Charb qui était visé», affirme ce spécialiste du terrorisme. Il en tient pour preuve le fait que «les deux assaillants le cherchent dans la salle» et prononcent son nom: «Où est Charb ? Il est où Charb ?» «Ils l’ont tué puis ont arrosé tout le monde», rapporte notre source. Sans exclure que d’autres dessinateurs de l’hebdo satirique comme Cabu et Wolinski, également victimes des rafales de kalachnikov, aient pu figurer sur la liste des cibles de «ce commando organisé».
C’est l’attentat le plus meurtrier jamais survenu à Paris. Selon un dernier bilan, 12 personnes, dont dix journalistes, ont été tuées et 4 autres sont dans un état«d’urgence absolue». Outre Charb, Cabu et Wolinski, un autre dessinateur, Tignous, ainsi que l'économiste Bernard Maris, figurent parmi les victimes.
Selon un témoignage recueilli sur place par une journaliste de Libération, les hommes encagoulés auraient d’abord pénétré dans un immeuble voisin et demandé comment entrer dans les locaux de l’hebdomadaire, en principe protégés par la police après de précédentes attaques et menaces, notamment suite à la publication de caricatures du prophète en 2011.
Après la tuerie dans les locaux de Charlie Hebdo, les assaillants tombent sur un véhicule de police en ressortant dans la rue. Ils ouvrent à nouveau le feu. Deux policiers sont tués. L'un appartenait au service de protection des hautes personalités, il était chargé de la protection de Charb. L'autre, âgé d’une trentaine d’années, était rattaché au commissariat du XIe arrondissement. Il a été tué à bout portant boulevard Richard-Lenoir. Un troisième policier, de la brigade VTT, a été grièvement blessé à la jambe.
Selon un journaliste d’une agence de presse située près des locaux de Charlie Hebdo, les hommes auraient crié «Allahou Akbar». Puis: «Nous avons tué Charlie Hebdo» et «nous avons vengé le prophète».
Les assaillants repartent à bord de leur Citroën. Ils percutent un piéton, grièvement blessé. Leur fuite s’achève une première fois au croisement entre le rue Sadi-Lecointe et la rue de Meaux, dans le XIXe arrondissement. La Citroën noire immatriculée CW 518 XV s’encastre dans un plot, lunette arrière et vitre conducteur brisées. Les assaillants sortent du véhicule, abandonnant un chargeur de kalachnikov rempli de munitions. Ils braquent alors un automobiliste et lui volent sa Clio grise. Peu avant midi, la police perd leurs traces. Les portes de Paris sont aussitôt bloquées pour les empêcher de fuir. D’après nos informations, les policiers estiment que les assaillants, au comportement qualifié de «militaire» par une source policière, seraient toujours dans Paris.

Le Premier ministre, Manuel Valls, a décidé de relever le plan Vigipirate au niveau «alerte attentat», le niveau le plus élevé, sur «l’ensemble de la région Ile-de-France». «Organes de presse, grands magasins, lieux de culte et transports» sont placés sous «protection renforcée», a annoncé Matignon.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire