Annette, Gabriel, George et les autres…Les relations entre Juifs et Arabes en Israël traversent une phase critique depuis quelques mois. La coexistence harmonieuse entre une majorité juive et des minorités non-juives au sein de l’Etat d’Israël est-elle décidément vouée à l’échec ?
Il s’agit en tout cas de l’un des défis les plus importants pour les années à venir. Mais pour cela il faut que les choses soient claires et que chacun respecte les règles du jeu. Israël ne deviendra jamais un Etat ethniquement homogène et ne doit pas le devenir. Même au temps des royaumes juifs de l’Antiquité, des minorités vivaient aux côté de la majorité juive. De même, les minorités non-juives qui vivent aujourd’hui en Israël – principalement les Arabes israéliens – devront une fois pour toutes accepter le fait qu’ils sont une minorité, jouissant certes de tous les droits individuels mais d’aucun droit en tant que collectivité nationale.
Le leadership arabe israélien est aujourd’hui loin de cette exigence. Les diverses organisations représentant les Arabes israéliens, les députés arabes ainsi que des organisations israéliennes pro-palestiniennes poussent la population arabe à la sécession, à l’affrontement et à la remise en question du principe d’un Etat juif. Ce sont hélas les voix qui se font le plus entendre, et les médias israéliens en sont malheureusement aussi pour quelque chose.
Car il y a en Israël d’autres voix, qui représenteront je l’espère un jour la majorité de la population arabe israélienne. Les propos qui ont été tenus ces derniers temps par ces personnes laissent la place à un certain optimisme sur ce que pourrait devenir une société israélienne harmonieuse où les droits des minorités seraient respectés dans le cadre d’un Etat juif envers lequel elles seraient entièrement loyales.
Je pense d’abord à Annette Haskiya, arabe musulmane d’Acre, travailleuse sociale dans le secteur arabe et qui se définit comme « sioniste et fière que ses trois enfants aient servi dans Tsahal ». Elle prône l’intégration des Arabes dans la société israélienne et leur contribution au service national. Annette dénonce avec vigueur « le rôle néfaste et destructeur des députés arabes à la Knesset » qui selon elle « sont à l’origine de la méfiance des Israéliens juifs à l’égard des Arabes en étant les porte-parole et les défenseurs d’un autre peuple qui est voué à la destruction d’Israël ». Elle affirme « qu’ils ne représentent pas la majorité des Arabes israéliens et ne se soucient en rien de leurs besoins quotidiens». Annette appelle à « la loyauté des Arabes israéliens envers l’Etat d’Israël juif et démocratique » et leur rappelle « qu’il n’y a pas que des droits mais aussi des devoirs ».
Je pense aussi au Père Gabriel Nadaf de Nazareth. Ce prêtre grec-orthodoxe courageux qui milite depuis longtemps en faveur de l’enrôlement dans Tsahal des jeunes Arabes chrétiens, au prix de menaces sur sa vie, a écrit ces derniers jours un magnifique plaidoyer en faveur de la Loi sur la Nation proposée par Binyamin Netanyahou. Prenant à contrepied ceux qui dénoncent « une loi discriminatoire », le Père Nadaf rappelle « que l’Etat d’Israël est la patrie du Peuple juif mais où toutes les minorités religieuses jouissent d’une totale liberté de culte et d’égalité des droits ». Pour lui « le fait que les Juifs constituent un peuple et que la Terre sainte leur appartient est une chose évidente » et il appelle toutes les minorités religieuses « à lier leur sort à celui de l’Etat d’Israël ». Il justifie cette loi « pour contrer les tentatives d’une minorité (juive) agissante de transformer l’Etat juif en ‘Etat de tous ses citoyens’ » et conclut avec cette magnifique phrase : « Il est impératif de mettre les choses au clair au moyen de cette loi, autant pour les citoyens du pays qui l’auraient peut-être oublié, que pour nos voisins et à l’attention du monde entier: les Juifs sont rentrés à la maison, ils y ont bâti leur patrie et ils ne sont pas des résidents temporaires sur cette terre ».
Et il y a George Deek. Issu d’une ancienne famille arabe de Jaffa devenu vice-ambassadeur d’Israël en Norvège. Dans un magnifique discours prononcé le 27 septembre, Deek fait l’éloge de l’Etat d’Israël « qui malgré tous les défis, a permis à ses citoyens arabes de construire un avenir et devenir les Arabes les plus instruits dans le monde, avec les meilleurs conditions de vie et les meilleures opportunités dans la région ». Il appelle à « tourner la page de 1948 et regarder vers l’avant » et à « mettre un terme à la culture de la provocation, de la haine et de l’antisémitisme qui est enseignée à la jeunesse arabe».
Et je ne parle pas de la communauté druze qui a depuis longtemps lié son destin à celui de l’Etat d’Israël et qui a déjà payé un lourd tribut dans la défense du pays.
C’est sur de telles personnes qu’il faudrait compter pour recréer un tissu social sain pour l’avenir de la société israélienne. Ce sont de telles personnes que les médias et la classe politique devraient promouvoir pour représenter dignement les minorités en Israël, et reconstruire la confiance mutuelle.
Mais cela ne se fera pas tant que le haut du pavé sera tenu par Zoabi, Tibi, Ghattas, Ganaim, Salah, Zahalka et les autres….
Shraga Blum est un journaliste indépendant qui contribue à l’hebdomadaire « P’tit Hebdo » et un analyste politique pour plusieurs sites internet en français dont Israël-flash

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