lundi 1 juillet 2013

Guerre des Polices chez Don Abbas.


Les deux titulaires du rôle de Premier Ministre palestinien : Salam Fayyad, puis Rami Hamdallah, ont rendu leur maroquin. Le premier, sous les pressions des caciques du Parti d’Abbas, le Fatah ; le second, après trois semaines de mission exploratoire, jugeant qu’à l’impossible, nul n’est tenu.

Rien n’indique que, même si Mahmoud Abbas découvrait l’homme providentiel, cela changerait quoi que ce soit à l’état… de paralysie interne. Tant que la violence n’est pas sous contrôle, la confiance internationale et les investissements nécessaires tardent à venir.
Ces dernières années, les Etats-Unis ont versé 500 millions de $ à Salam Fayyad, maître d’œuvre d’une « révolution » technocratique, dont la priorité consistait à réformer un système policier crypto-mafieux. Son objectif était de remplacer les milices d’Arafat, adeptes de la corruption et de l’intimidation systématique, par un corps de professionnels de la sécurité qui mériterait le respect (et non la crainte) de la population.

Sous Fayyad, la situation sécuritaire s’est manifestement améliorée. L’AP a tenu la plupart de ses engagements de coopération avec Israël, afin d’empêcher les infiltrations du Hamas de nuire par un regain d’attentats. Mieux entraînées, les forces de sécurité sont parvenues, un temps, à maîtriser la criminalité des rues.


Mais les anciens réseaux tribalistes se sont avérés plus forts que les technocrates.

Fayyad n’est jamais parvenu à étouffer ce nid de corruption, ni à l’empêcher d’inférer au sein même des agences de sécurité palestiniennes. Leurs luttes internes sont alimentées par l’appât du pouvoir, au sommet de l’administration et du parti d’Abbas, le Fatah, qui a fini par emporter la tête de Salam Fayyad et l’a déposée au Musée des « bonnes résolutions ».

Jénine, l’ancienne « capitale des Bombes Humaines », de l’aveu même de membres du Jihad Islamique, s’exprimant dans les journaux arabes, est devenue un modèle d’exposition, dans la vitrine de la politique de réforme, le « Fayyadisme ».

En 2008, les forces de sécurité, fraîches émoulues de leur conditionnement à l’américaine, ont ratissé la ville et démantelé les milices armées, qui s’adonnaient au racket, en pratiquant l’intimidation et en terrorisant la population locale.

Le calme rétabli, Israël s’est, alors, joint à un Plan International de Développement pour Jénine, en offrant une assistance économique et agricole et en assouplissant les mesures de restriction pour les commerçants locaux. Le « Fayyadisme était, alors, à son apogée.

Mais, en 2011, un Directeur de théâtre respecté est froidement éliminé. La violence des gangs est de retour.
Un certain soir de mai 2012, des hommes armés attaquent la maison du gouverneur réformisteet des batailles rangées se donnent libre cours, toute cette nuit-là.

Quand la poudre des balles a fini par sécher, il s’est avéré que les « forces de police », qu’on croyait réformées, se sont battues les unes contre les autres pour prendre le contrôle de Jénine et imposer la loi de tel ou tel clan.

Au moins deux des officiers supérieurs, arrêtés comme « ripoux » à la tête des factions rivales, venaient juste de suivre l’entraînement poussé en Jordanie (désignée comme : "opération Proteus"), aux frais du contribuable euro-américain, qu’il s’acquitte en euros ou en dollars US.

Dans le New York Times du mardi 26 juin, Kimberly Martin, professeur(e) de Sciences Politiques et Directrice de l’Institut Harriman, de l’Université Columbia, en déduit qu’aucun 1er Ministre, ne pourra, à lui seul, faire le ménage dans la Maison palestinienne.

Selon elle, la clé du processus de paix réside, non pas dans la nomination d’un homme de paille, mais dans l’assurance sérieuse qu’Israël trouve, face à lui, un partenaire fiable et reconnu, indépendamment même de toutes les préconditions officiellement brandies, pour occuper le vide autour de la table de négociations.

Pour l’experte de Columbia, la guerre des parrains est le drame à la base de la faillite du projet d’Etat. Elle préconise que les parties prenantes consacrent leurs efforts à la « transformation des mentalités » et à une meilleure "perception" par les acteurs extérieurs.
Belle gageure. 

Depuis 1860, l’Etat italien, puis les forces alliées (à partir de 1943 et ensuite) ont tenté de "réformer les mentalités" et de reprendre la main sur Cosa Nostra (alias : la piovra), voire de l’éradiquer, en Sicile, aux Etats-Unis et dans toute l’Europe.

L’OSS, l’ancêtre de la CIA aurait, selon certains historiens, passé accord avec Lucky Luciano pour préparer le débarquement de 1943, un peu comme le Général Keith Dayton a tenté de reformater les forces palestiniennes.

Dans les années 1980, aux bons vieux temps de la French Connection, la Cause passe alliance avec la mafia corse, qui achemine, à l’époque, la cocaïne sud-vietnamienne, redirigée par des agents à elle, au sein de l’armée américaine. La success story des Genovese, Corleonesi, de Toto Riina, de Don Calo, Bernardo Provenzano (arrêté en avril 2004) n’est pas, nécessairement, liée à un « atavisme sicilien », mais, plutôt, aux complicités au sein des autorités locales et centrales (liens notoires avec Mussolini, puis la Démocratie Chrétienne italienne).

Si la répression a, apparemment, affaibli Cosa Nostra, choisissant de faire profil bas pour mieux revenir, elle est supplantée par Ndrangheta, qui supervise 80% de la cocaïne en Europe. Le parallèle entre Ndrangheta et Hamas pourrait séduire. L’analogie, entre Cause Palestinienne et Nouvel Opium du Peuple [appellation contrôlée], aussi, probablement.

La ville de Palerme est toujours subdivisée en 29 clans de 8 cantons. CQFD et « good luck ».

Par : Marc Brzustowski/lessakele.com

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