Le 30 Août 1986, une réunion secrète se déroule à Paris entre Amiram Nir, le conseiller en contre terrorisme du Premier ministre israélien, Shimon Peres, et Hassan Rohani, qui vient d'etre élu président de la république islamique d'Iran, à l'époque Vice président du Parlement iranien et secrétaire du Conseil iranien de sécurité nationale.
Huit ans plus tard, en 1994, le quotidien israélien Yedioth Ahronoth publiait la transcription de ces entretiens, qui prennent une toute autre lumière depuis l'élection d'Hassan Rohani.pour le journaliste qui commente les entretiens, Hassan Rohani est un politicien habile et rusé; il a grimpé les échelons sans être un mollah du sérail et est l'un des rares dont la position s'est améliorée depuis que l'ayatollah Khomeiny a pris le pouvoir.
A cette époque, on ne sait rien de lui en dehors du pays et Rohani fuit la presse comme la peste.
Pourtant, lorsque le président iranien de l'époque, Hashemi Rafsanjani, a besoin de quelqu'un pour une mission discrète, notamment en matière de sécurité, ou une manœuvre diplomatique importante, il fait appel à Rohani.
Sur la fin du mandat de Rafsanjani , Rohani a été en charge de la relance du "partenariat stratégique" avec la Syrie; la relation entre les deux pays s'était –déjà – fortement détériorée en raison de l'hostilité croissante entre Hafez el-Assad ( le père de l'actuel président syrien) et le Hezbollah.
Hafez se battait à l'époque pour être retiré de la liste noire des pays soutenant le terrorisme; pour cela, alors qu'il exerce un contrôle direct sur le Liban, il va affronter les milices du Hezbollah dans la vallée de la Bekaa.
L'Iran, inquiet de l'emprise syrienne sur le Liban, vient à l'aide du Hezbollah et envoie Rohani en mission à Damas, pour désamorcer la crise.
Il rencontre aussi les dirigeants du Hezbollah et leur promet un soutien accru pour les actes de terrorisme que le parti des Fous de D.ieu commet contre Israël.
À première vue, il n'y a rien d'extraordinaire ici.
Pourtant, le rapport sur la visite de l'émissaire iranien, un rapport qui défrayent la chronique dans la presse syrienne et libanaise, il ya environ un mois, me rappelait une petite bande qui j'ai eu l'occasion d'écouter et de transcrire.
Lorsque Rohani rencontre Amiram Nir, il pense tenir une réunion avec un émissaire américain; à aucun moment il n'imagine dialogue avec un israélien, qui plus est spécialiste de la lutte anti terroriste.
Amiram Nir enregistre l'échange.
On l'entend ainsi déclarer : " Les ayatollahs et les Gardiens de la Révolution ont envoyé plus de 3 millions de dollars au Liban, alors que nous, en Iran, nous n'avons pas de quoi couvrir les besoins les plus urgents; ils ont promis de le Liban en une république islamique. Quelle absurdité! J'ai essayé de bloquer cela mais je n'ai pas réussi".
La réunion entre les deux hommes a été montée par Manucher Ghorbanifar, un marchand d'armes international d'origine iranienne, qui sera "mouillé" dans l'IranGate (un scandale impliquant l'administration Reagan, les Etats Unis avaient illégalement vendu des armes l'Iran, via Israël, alors que Téhéran était déjà considéré comme un pays hostile).
On l'entend ainsi déclarer : " Les ayatollahs et les Gardiens de la Révolution ont envoyé plus de 3 millions de dollars au Liban, alors que nous, en Iran, nous n'avons pas de quoi couvrir les besoins les plus urgents; ils ont promis de le Liban en une république islamique. Quelle absurdité! J'ai essayé de bloquer cela mais je n'ai pas réussi".
La réunion entre les deux hommes a été montée par Manucher Ghorbanifar, un marchand d'armes international d'origine iranienne, qui sera "mouillé" dans l'IranGate (un scandale impliquant l'administration Reagan, les Etats Unis avaient illégalement vendu des armes l'Iran, via Israël, alors que Téhéran était déjà considéré comme un pays hostile).
Ghorbanifar, qui entretenait d'excellents contacts avec les dirigeants de la République islamique, n'a eu aucune difficulté à organiser la rencontre. Il avait par contre perdu la confiance des USA qui cherchaient d'autres intermédiaires pour maintenir les contacts avec les ayatollahs.
Ghorbanifar, comme Amiram Nir, espéraient pouvoir recréer un axe stratégique avec l'Iran, comme il l'avait été à l'époque du Shah.
il "suffisait" pour cela, de renforcer le camp des modérés qui, un jour, prendraient le pays sur les intégristes.
En déplacement à Paris pour des questions diplomatiques, Rohani se laisse convaincre par Ghorbanifar de rester quelques jours supplémentaires pour rencontrer "un responsable américain de la sécurité nationale".
Rohani quant à lui espérait qu'un tel rendez vous permettrait notamment de résoudre le problème des fournitures d'armes américaines, et qu'il aurait donc l'assentiment du président Rasfandjani.
Nir se rend donc au rendez vous muni d'une fausse identité américaine et..d'un enregistreur.
Ghorbanifar ouvre la rencontre en déclarant " j'ai expliqué à Monsieur Rohani que vous êtes un des envoyés spéciaux de la Maison Blanche pour le Proche Orient,et Monsieur Rohani est ravi de vous Rohani:..... "Je comprends l'anglais, mais ne le parle pas. Ghorbanifar vous traduira ce que je dis.
Merci de considérer cette rencontre comme privée et très confidentielle, je parle en mon nom, pas en celui de mon gouvernement".
" Je me sens très mal à l'aise depuis le discours extrémiste de l'imam Khomeiny hier," déclaré Rohani avant de poursuivre " je pense que c'était son discours le plus dur depuis qu'il a pris le pouvoir.
Il a demandé de casser tous ceux qui ne sont pas d'accord avec vous; c'est votre faute:. vous, les Américains, vous regarder la guerre entre nous et l'Irak sans rien faire (Ndlr, la guerre Iran Irak de 1980 à 1988) et ne faites rien pour nous aider, vous n'obtiendrez rien de l'Iran tant que vous ne nous fournissez pas ce dont nous avons besoin (Ndlr, des armes). "
Rohani précise à ce stade qu'il ne veut rien pour lui, juste "le mieux possible pour son pays", ajoutant qu'il n'est pas totalement libre de ses mouvements ("je suis entouré de gardes").
Rohani précise à ce stade qu'il ne veut rien pour lui, juste "le mieux possible pour son pays", ajoutant qu'il n'est pas totalement libre de ses mouvements ("je suis entouré de gardes").
"Vous devez comprendre que ce que je vous dis, est ce que Rasfandjani voudrait, car aujourd'hui nous sommes dirigés par des extrémistes, Khomeiny et son fils".
"Si vous analysez la personnalité de Khomeiny, vous vous apercevrez que quand son aversaire est fort, il recule alors que la faiblesse de ses ennemis le pousse à avancer; vous avez choisi la mauvaise posture, vous n'avez pas su montrer votre puissance".
"Tous les modérés dans mon pays marchent sur une ligne très étroite, nous sommes prêts à une véritable coopération avec vous mais nous avons besoin de votre aide pour finir la guerre avec l'Irak", poursuit Rohani.
Amiram Nir: "Je vous remercie de votre honnêteté. Personne ne saura rien de cette conversation.
Nous sommes ouverts à toutes les préoccupations de l'Iran; nous ne devons pas revenir sur les erreurs du passé, les vôtres ou les nôtres, mais aller de l'avant et nous tenons à vous aider, vous, les modérés; dites moi ce que vous pensez nécessaire et je vais voir ce que nous pourrons faire dans ce sens".
Rohani : "D'abord et avant tout, vous devez adopter une position forte à l'égard de Khomeiny et adopter une ligne dure".
Rohani : "D'abord et avant tout, vous devez adopter une position forte à l'égard de Khomeiny et adopter une ligne dure".
Nir: "Sur le Le Liban, par exemple, c'est un front où nous pouvons contrecarrer Khomeini Nous allons le faire immédiatement"..
Rohani: " Les ayatollahs et les Gardiens de la Révolution ont envoyé plus de 3 millions de dollars au Liban, alors que nous, en Iran, nous n'avons pas de quoi couvrir les besoins les plus urgents; ils ont promis de le Liban en une république islamique. Quelle absurdité!
J'ai essayé de bloquer cela mais je n'ai pas réussi.
Si vous montrez votre puissance militaire et le menacez, il reculera".
Nir: "Comment faire?"
Rohani: "donnez lui par exemple cinq jours pour libérer tous les prisonniers de guerre au Liban ou bien vous réaliserez une frappe aérienne et il devra en assumer la responsabilité".
Nir: "Nous sommes un empire. Parfois, nous sommes lents, mais vous avez vu comment nous avons agi en Libye, mais nous croyons que l'usage de la force pousserait l'Iran vers les russes...."
A ce stade, Nir annonce qu'il a besoin de se rendre dans la salle de bains, où il retourne la cassette de l'enregistreur.
La conversation évolue alors vers les questions de stratégie régionale, les deux hommes ont, semble-t-il, trouvé un langage commun.
Nir a demandé alors "comment pouvons-nous aider ceux qui, en Iran, croient que l'avenir du pays réside dans une alliance avec l'Occident?"
Rohani: " En rentrant en Iran, je vais parler avec l'ayatollah Montazeri.
Nous allons travailler sur un plan et je reviendrai vers vous avec une réponse...
Mais je veux être sur que vous êtes sérieux".
A cette époque ayatollah Montazeri est encore le favori pour succéder à l'ayatollah Khomeiny; opposé à la répression politique, il a été l'artisan de la reprise des contacts secrets avec Israël et les Etats-Unis.
Rohani soutenait Montazeri dans les luttes de pouvoir au sommet de la république islamique.
Mais l'IranGate a mis un terme aux ambitions de Montazeri.
Après le décès de Khomeiny, les ayatollahs ont désigné un des tenants de la ligne ultra radicale, qui dirige encore le pays en tant que Guide suprême.
Amiram Nir a quitté son poste après le scandale de l' Irangate, et a orienté sa carrière vers le monde de l'entreprise.
Il a été tué en 1988 dans un accident d'hélicoptère au Mexique; certains ont affirmé, à l'époque, qu'il avait payé de sa vie le fait d'en savoir trop sur l'implication de George Bush père dans le scandale de l'IranGate.

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