vendredi 23 novembre 2012

Israël.....Netanyahu piégé par Obama ?




Jeudi soir dans le sud d’Israël, à Ashdod, à Ashkelon, à Sderot, la fureur envahissait les rues.

De nombreux sympathisants du Likoud ou d’Israël Beitenou se sont estimés trahis, très déçus d’avoir passé des jours entiers dans les abris, des années entières sous les tirs de missiles, pour qu’un cessez-le-feu intervienne très tôt, alors que le Hamas et le Jihad islamique, malgré les coups qu’ils ont reçu, soient toujours debout, et célèbrent leur "victoire".
Bien plus que lors de la seconde guerre du Liban, plus encore qu’après l’opération Plomb Durci, la population du sud se sent abandonnée, dindon de la farce.

Il flotte en Israël une impression de défaite, de capitulation. Peut-être la première vraie défaite, la première vraie capitulation de l’histoire d’Israël.
Les discours de victoire du Hamas et du Jihad islamique ne sont pas vécus comme de la simple propagande, mais comme ayant une part de vérité.

Pour la simple raison que les organisations terroristes de Gaza et la société israélienne, n’ont pas les mêmes références.

"Qu’est-ce que 100 millions de morts pour la Chine" disait Mao Tsé Toung.

De la même façon, qu’est-ce que 150 morts pour la bande de Gaza ? Qu’est-ce que l’élimination d’une vingtaine de leaders ?

Qu’est-ce que 150 morts, la destruction de bureaux, de sites et de maisons pour une organisation qui a fait elle-même un mort et plusieurs blessés dans son propre camp hier soir en célébrant sa "victoire" par des tirs de liesses (un mort dont la grande presse ne parlera pas d’ailleurs) ?

Qu’est-ce que 150 morts, des éliminations ciblées et des sites détruits pour des organisations terroristes qui utilisent les civils comme boucliers humains et cherchent volontairement à les faire tuer ?

Le Hamas et le Jihad islamique ont été touchés, mais pas vaincus, et leur motivation semble renforcée.
Ce matin, une roquette a même été lancée en direction d’Israël et l’alerte d’Ashkelon s’est déclenchée.

On a parlé ensuite d’une fausse alerte car le tir est retombé à l’intérieur de la bande de Gaza et provenait sans doute d’une petite organisation.

Ajoutons à cela qu’un membre de la police des frontières a été poignardé par une femme arabe ce matin à Jérusalem et que des violences ont en ce moment lieu devant le commissariat.

Peut-on réellement parler d’une trêve respectée comme le font tous les grands médias.

Il semble que le combat se soit simplement déplacé, pour un moment.

En Israël, deux hommes sont désignés responsables de la situation à court terme : le premier ministre Benyamin Netanyahou et son ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman.

Hier soir du haut de son balcon, un jeune Israélien s’exclamait : "C’est pour ça que nous avons voté Lieberman ? Pour ça ?" (Source : Aroutz 10).
Ce matin déjà, sur les réseaux sociaux, une photo de militaires israéliens formant le slogan "Bibi looser" a fait le buzz.

La rue populaire, qui vote traditionnellement à droite, pour le Likoud, voire pour Lieberman, se sent trahie, trompée.

Elle se sent d’autant plus comme telle que Benyamin Netanyahou avait remporté les élections en 2009 en critiquant le fait que des roquettes ont continué à tomber sur le sol d’Israël après le cessez-le-feu de Plomb Durci.

Pour Avigdor Lieberman, le renversement du Hamas était même un point de programme de son parti.
Ceux qui, en dehors d’Israël, ont le culot de penser qu’Israël aurait cherché une opération juste avant les élections, devraient revoir leur copie.

Fin 2008, l’opération Plomb Durci est déclenchée par un gouvernement sous l’égide de Kadima.

En février 2009, Kadima ne peut pas réunir de majorité.
Il a perdu les élections.

Il pourrait bien arriver la même chose à l’alliance Netanyahou – Lieberman (Likoud – Israël Beitenou).
Netanyahou et Lieberman viennent peut-être de se couper de leur base et de perdre de nombreux sièges potentiels à la Knesset.

Après le cessez-le-feu à Gaza, le Premier ministre israélien fait l’objet de nombreuses et sévères critiques au sein de son propre parti le Likoud. "De quoi a-t-il peur ?

Nous avons parcouru le sud du pays pendant 8 jours pour dire aux habitants que nous allions déchirer le Hamas et, finalement, nous avons capitulé.

Netanyahou a déçu beaucoup de monde", a déclaré un haut responsable du Likoud qui a requis l’anonymat.
Pour les sympathisants d’une droite laïque, c’est même la deuxième fois que Netanyahou capitule : il y a quelques mois dans l’affaire de l’enrôlement des Haredim d’abord, face au Hamas et au Jihad islamique maintenant.

Sans bouleversement politique au sein du Likoud – mais il est trop tard aujourd’hui pour créer un nouveau parti ou changer de leader -, qui peut croire que les sympathisants de droite du sud d’Israël et peut-être de tout le pays, donneront leur voix à l’alliance Netanyahou – Lieberman au mois de janvier ?

Dès le début de l’opération, Avigdor Lieberman a eu une phrase incomprise par de nombreux sympathisants.
Il a déclaré qu’Israël n’avait pas l’intention d’entrer "dans des choses dramatiques avant les élections" (sources : Aroutz 2, Aroutz 10).
Si Netanyahou et Lieberman ont pensé aux élections, qu’ils se rassurent, il n’est plus du tout sûr qu’ils les gagnent.

Ce matin jeudi, le chef d’état major Benny Gantz indiquait que Tsahal se tient toujours prêt si nécessaire. Netanyahou a affirmé lui aussi que si le cessez-le-feu n’était pas respecté, l’armée reprendrait ses actions.
Du déjà vu.

Quelques entorses au cessez-le-feu ont déjà eu lieu, elles ont été mises sur le compte de ce qu’on appelle en Israël des "queues", des restes.
C’est comme admis au Moyen-Orient, l’heure n’est pas l’heure.

Un soldat a même été blessé hier soir dans un tir de roquettes autour de 21h30, après l’heure fixée.
S’agit-il du soldat blessé inconnu ?

Celui dont personne ne veut se rappeler ?

Si des tirs reprennent avant les élections, on voit mal les mêmes politiciens faire alors ce qu’ils n’ont pas osé faire à présent. Ce sera leur mort politique.

Si des tirs reprennent plus tard, dans six mois, deux ans, voire quatre ans, peut-être avec des missiles plus nombreux et de plus longue portée, Netanyahou pourra-t-il jouer sur la mémoire courte ?

Les choses recommenceront-elles avec des défilés diplomatiques ? Les résidents du sud, eux, n’oublient pas qu’ils vivent depuis des années sous les tirs et les alertes.

Reste enfin, toutefois, une botte secrète, dont nous n’avons pourtant nulle information mais qui, si elle existe, pourrait alors relever l’image du premier ministre. Il s’agirait du cas où, pour obtenir l’accord de Netanyahou sur le cessez-le-feu, Obama aurait dû lâcher du leste … sur l’Iran.

Il s’agirait du cas où Obama se serait engagé à un soutien total d’Israël en cas d’attaque sur les installations nucléaires de l’Iran, les Etats-Unis s’engageant alors pleinement à protéger Israël de toute attaque et à entrer en guerre s’il le faut.

Possibilité diplomatique ou simple rêverie ?
Netanyahou s’est-il suicidé politiquement ou bien a-t-il une botte secrète ?

Est-il un homme politique sans courage, un fin stratège ou un génie ?

De facto Obama est le grand vainqueur de cette affaire :
- Il renforce ses liens avec le frère Mohamed Morsi, qui l’a aidé pour faire accepter par le Hamas la fameuse trêve, alors qu’il avait des munitions à revendre.

- Il oblige l’Égypte à avoir la même politique à l’égard d’Israël à des variantes près qui ne sont pas négligeables, comme un soutien plus fort au Hamas, la contrepartie étant l’affaiblissement de l’Iran.

- Il impose à Israël via un chantage sur les munitions des missiles de l’Iron Dôme de cesser les hostilités, même s’il promet d’accroître cette aide dans le futur.

- Il décrédibilise Israël face à l’Iran. Car un Israël qui ne peut régler son compte au Hamas, ne peut s’en prendre à l’Iran. La dissuasion israélienne est fortement compromise. Ce qui fait l’affaire d’un Obama qui ne veut à aucun prix un conflit avec l’Iran.

- Mais surtout il interdit à Israël de concrétiser sa victoire par une opération terrestre, qui nécessitait un délai supplémentaire pour le pilonnage de Gaza de 4 à 5 jours, et d’une dizaine de jours pour l’opération elle-même. 

Obama avait menacé Israël de la considérer comme étant l’agresseur en cas d’invasion de Gaza.

- Mais le plus savoureux pour Obama, c’est l’échec ressenti comme tel de Netanyahu à la veille des élections où il était le grand favori.

Netanyahu passe ainsi à la caisse et paie son soutien à Mitt Romney.

Netanyahu "looser", ça doit faire plaisir à Obama, alors qu’il était celui qui l’avait mouché aux États-Unis notamment devant l’AIPAC.

L’Iran, c’est une autre affaire.

Aujourd’hui Obama semble s’être vengé, et va aider les adversaires de Bibi dans les élections à venir.
Il est à parier que le Hamas d’ici là ne donnera pas à Netanyahou une autre occasion de faire le ménage à Gaza, et qu’il va entretenir ses lauriers pendant quelque temps encore.

Le double jeu d’Obama à l’égard d’Israël, fait de lui le grand vainqueur aujourd’hui.

Quant à Bibi, il risque de payer cher cette reculade.

Misha Uzan / M. Cohen – Jforum / Correspondant spécial en Israël

http://www.jforum.fr/forum/israel/article/netanyahou-suicide-politique-ou?utm_source=activetrail&utm_medium=email&utm_campaign=Newsletter%20du%2022-11-2012-1



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