La répression sanglante se poursuit en Syrie
Par lefigaro.fr

Les forces de l'ordre ont tiré à balles réelles sur des manifestants samedi, faisant au moins deux blessés. La veille, des affrontements ont fait plus de trente morts parmi les opposants au régime.
Le régime syrien reste décidé à étouffer le mouvement de contestation qui agite le pays depuis un mois. Samedi, les forces de sécurité ont tiré sur des manifestants qui participaient à des funérailles dans la ville de Deraa au sud, épicentre de la contestation. Un militant des droits de l'Homme a fait état d'au moins deux blessés. Quelques heures plus tôt, les forces de sécurité avaient tiré à balles réelles pour disperser plusieurs centaines de personnes qui manifestaient à Lattaquieh, une ville portuaire sur la côte ouest du pays.
Ces violences surviennent après des affrontements meurtriers vendredi à Deraa, une ville rurale de 85.000 habitants située à 100 km au sud de Damas, où des milliers de personnes manifestaient contre le régime. Le président de l'Organisation nationale des droits de l'Homme Ammar Qourabi, contacté au Caire, avait fait état de 37 manifestants tués par les forces de l'ordre. D'autres bilans font état de 26 morts.
Le régime accuse des «bandes armées»
Le ministère de l'Intérieur a affirmé de son côté que 19 membres des forces de l'ordre avaient été tués et 75 blessés par des tirs de «groupes armés». Depuis le début du mouvement de contestation du régime, à la mi-mars, les autorités imputent régulièrement les tirs lors des manifestations à des «bandes armées». Le ministère de l'Intérieur a annoncé un durcissement de sa politique répressive pour «faire face à ces comploteurs».
Le ministre des Affaires étrangères Walid Mouallem, cité par l'agence officielle Sana, a de son côté assuré samedi que «la Syrie respecte le droit à manifester pacifiquement» mais que des «saboteurs» s'étaient «infiltrés dans les rangs des manifestants» et avaient «ouvert le feu sur les manifestants et sur les agents de sécurité».
L'existence de ces bandes armées est contestée par les défenseurs des droits de l'Homme. «Ceux qui connaissent la Syrie savent qu'il n'y a pas de bandes armées (...) Le pays est tenu depuis 50 ans par un seul parti, gouverné par l'état d'urgence et possède 17 services de sécurité», a affirmé Ammar Qourabi.
La rédactrice en chef du quotidien gouvernemental Techrine, originaire de Deraa, a pour sa part été limogée après avoir déclaré vendredi à la télévision Al-Jezira qu'«il y avait eu une violation des consignes» officielles enjoignant les forces de l'ordre à ne pas tirer sur les manifestants à Deraa.
Des promesses de réformes sans effet
Plus d'une centaine de manifestants ont été tués par les forces de l'ordre depuis la mi-mars, selon des organisations de défense des droits de l'Homme. Les protestataires réclament notamment l'abrogation de la loi d'urgence qui réduit sensiblement les libertés.
Le ministre des Affaires étrangères a souligné samedi le caractère «légitime des demandes populaires», affirmant que la Syrie allait adopter «un programme de réformes économiques, politiques et judiciaires» et entendait «lutter contre la corruption». Mais les diverses annonces de réformes formulées ces derniers jours par le régime n'ont pas entamé la détermination des manifestants.
L'une des figures du mouvement d'opposition et chef de la plus grande tribu du pays, Nawaf Al-Bachir, a lancé une virulente attaque contre le régime, l'appelant à engager un dialogue national sans tarder au lieu «de s'obstiner à faire couler le sang du peuple syrien».
A l'étranger, l'Union européenne a appelé Damas à cesser les violences contre les manifestants et à entamer des réformes «maintenant».
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