dimanche 13 février 2011

Regard sur le MONDE: tunisie,egypte,algérie.....


samedi 12 février 2011

Lettre ouverte à MM. Mohamed Ghannouchi et Iadh ben Achour

Par Karim Missaoui (Avocat) - Depuis le 14 janvier 2011, date de la fuite précipitée du dictateur, notre pays vit sous une tension permanente. Sans aucun doute, il y a là l’expression naturelle d’une nation qui fait sa Révolution. Comme le disait un célèbre révolutionnaire, Maximilien de Robespierre : « Citoyens, vouliez-vous une révolution sans révolution ? «.
Néanmoins, cette tension est également la conséquence de l’insignifiant capital de confiance qu’ont les responsables politiques auprès des citoyens tunisiens.

L’une des premières urgences à solutionner était donc le rétablissement ou plutôt l’instauration d’un minimum de confiance entre les « nouveaux « gouvernants et les gouvernés.
Malheureusement, force est de constater que cette dimension de la crise a été mal appréhendée. La voie empruntée par Mohammed Ghannouchi, l’ex et nouveau premier ministre, et le calendrier des réformes annoncé par le président de la commission supérieure des réformes politiques, Iadh Ben Achour, ne font en effet qu’accentuer la crise de confiance entre le peuple et ses gouvernants. Il était pourtant urgent de sortir de cette impasse aux conséquences incontrôlables.
Analysons la situation.
Tous les tunisiens se rappellent l’intervention de Mohammed Ghannouchi le 14 janvier 2011, à la suite de la fuite du dictateur. Il s’est référé à la Constitution en arguant de l’article 56. Ce choix était autant inopportun qu’insultant vis à vis peuple tunisien. Le despote venait d’être définitivement chassé par la volonté solidaire de toutes les franges rassemblées de la population, et voilà que son premier ministre nous dit que cette fuite n’est finalement qu’un « empêchement provisoire «. Le dictateur pouvait donc, selon la qualification choisie par Mohammed Ghannouchi, rebrousser chemin et revenir pour continuer à exercer ses fonctions. Inutile de dire que ce choix a suscité l’incompréhension et la défiance du peuple. Et le peuple avait raison.
Pis encore, au lendemain de cette déclaration, on apprend que le dictateur en fuite n’avait même pas signé le décret nécessaire pour transférer ses pouvoirs à son premier ministre, comme l’exigeait l’article 56 de la Constitution, auquel s’est référé Mohammed Ghannouchi lors de son auto proclamation, au soir du 14 janvier, comme Président par intérim!
La confiance a bien évidemment encore pris un coup.
Heureusement, le lendemain, le 15 janvier, le Conseil constitutionnel a repris les choses en main et la fuite du président déchu a été fort heureusement requalifiée de « vacance définitive « du pouvoir. C’est finalement au Président du parlement qu’est échue la présidence de la république par intérim, en vertu de l’article 57 de la Constitution.
Ce recadrage constitutionnel par le recours à l’article 57 était nécessaire, car il était conforme à la volonté populaire qui a incité le dictateur à fuir. Son véritable mérite était de remettre en phase la Constitution avec la volonté populaire. L’honneur et la volonté du peuple fûrent donc sauvé.
Mais que s’est-il passé par la suite ?
Quelle a été la voie choisie par le « nouveau « premier ministre et, surtout, était-elle la meilleure voie, celle qui aurait instauré la confiance avec le peuple révolté et qui préparerait au mieux le les perspectives de l’après Révolution ?
Tout d’abord, et sans trop s’y attarder, il convient de relever les choix politiciens et maladroits des membres du premier gouvernement et les marchandages politiques lors de la constitution du deuxième gouvernement, comme d’ailleurs pour la nomination des nouveaux gouverneurs. Il y a là autant d’occasions qui ont assurément apporté plutôt des indicateurs de défiance envers le pouvoir et les gouvernants. Pourtant, il était impérieux de rétablir la confiance avec les citoyens, gage et préalable à l’instauration de la sérénité et de la stabilité, conditions sine qua non pour le redémarrage des activités économiques et le déclenchement du nouveau processus démocratique.
Que d’occasions manquées. Pourtant, le peuple, soucieux du respect et de la sauvegarde de ses aspirations de liberté et de démocratie, avait soif de signaux forts pour être convaincus que les choses allaient dans le bon sens.
Parallèlement à ces errements, trois commissions furent instituées.
Intéressons-nous particulièrement au programme affiché par le président de la commission des réformes politiques, Iadh Ben Achour.
Quelles sont les lignes directrices du programme annoncé par Iadh ben Achour ?
M. Ben Achour nous a expliqué qu’il fallait s’atteler, notamment, à la modification du code électoral, de la loi organisant les partis politiques, de la loi régissant les associations et à l’organisation des élections présidentielles. Ce n’est qu’après l’élection d’un nouveau président au suffrage universel, qu’il y aura des élections législatives pour élire une assemblée constituante qui aura pour tâche essentielle, la modification de la Constitution.
Autant le dire tout de suite, ce calendrier nous mènera, sauf événement exceptionnel, dans des chemins sinueux et dangereux.
Pourquoi ?
Une chose est sûre, après ce que l’on vient d’exposer, une grande partie du peuple tunisien n’a pas confiance dans ce gouvernement « d’union nationale «, et une autre partie essaye, et nous le constatons chaque jour, de semer le trouble et se délecte de tout événement qui contribue à semer le désordre et l’instabilité pendant cette phase éminemment délicate. Or, la voie choisie, par l’actuel gouvernement et le président de la commission des réformes politiques, apporte de l’eau dans le moulin à ces deux courants. Et ceci est dangereux pour la stabilité du pays comme pour le respect de notre Révolution.
Tout d’abord, l’article 57 de la constitution, fondement de l’instauration du Président par intérim, limite le mandat de ce dernier à 60 jours. Or, à ce que l’on sache, le Gouvernement actuel qui voulait se montrer respectueux de l’actuelle Constitution, en faisant appel au vote du Parlement pour permettre au Président par intérim d’adopter les réformes annoncées par voie de la technique des décrets-lois, s’apprête à la violer de la façon la plus spectaculaire, puisque les élections présidentielles ne se dérouleront, selon ce qui est annoncée, qu’après 6 mois, soit au-delà de la période de 60 jours prévue par la Constitution. Ainsi, au-delà des 60 jours, soit le Président par intérim continuera à présider en dehors de toute légitimité constitutionnelle, ce qui lui sera contesté par le peuple, soit il se retirera et alors il laissera un vide juridique troublant. Dans les deux cas, les forces destructrices, celles qui ont intérêt à semer la perturbation et à faire échouer l’après Révolution, toutes ces forces nocives essayeront de profiter de cette cacophonie.
Nul ne pourra alors parier sur la capacité du Gouvernement à maîtriser cette nouvelle situation. En effet, comment pourra-t-il alors affronter les revendications et accusations de défiance qui lui seront adressées et qui seront somme toute constitutionnellement fondées ?
Il y aura là une nouvelle occasion pour revivifier la flamme de la défiance du peuple. Pourtant, la situation exige des responsables politiques actuels plutôt des gages et indicateurs de confiance.
En cette période d’après-Révolution, le pays a fortement besoin de sérénité et voilà que certains responsables entretiennent le feu des mécontentements et de la défiance.
Plus grave encore. Le calendrier des réformes politiques annoncées par Iadh ben Achour, aborde, me semble-t-il, les problèmes à l’envers.
Selon Iadh Ben Achour, il faut commencer à élire le Président de la République au suffrage universel. Ce n’est qu’à la suite de cette élection qu’il y aura des élections législatives qui déboucheront sur la Constituante, laquelle aura pour tâche de modifier la Constitution et ce faisant de déterminer la nature du régime politique du pays.
Les spécialistes du droit constitutionnel savent très bien qu’élire le Président de la République au suffrage universel, c’est déjà faire le choix, en principe, du système présidentiel. Or, c’est plutôt à l’assemblée Constituante qu’il reviendra de déterminer la nature du futur régime politique. D’ailleurs, plusieurs voies lui seront offerts. Il s’agira de choisir entre plusieurs régimes, à savoir, notamment, le régime parlementaire, comme celui de l’Angleterre, de l’Italie ou de l’Allemagne, le régime présidentiel, comme le régime de l’actuelle Constitution tunisienne, ou bien un régime mixte, comme celui de la France ou alors un régime politique spécifique, selon le modèle de la Suisse, voire même un régime socialiste marxiste, etc.
Finalement, cette commission des réformes politiques s’arroge le droit d’anticiper et d’influer sur la nature du futur régime politique, alors qu’il revient à la Constituante, issue de la souveraineté populaire, d’en décider. C’est effectivement au nouveau parlement d’en discuter et d’en débattre dans le cade d’un débat public entre les véritables et légitimes représentants du peuple. Ce sont les nouveaux députés fraîchement élus qui en décideront dans le cadre d’un véritable débat démocratique.
Il ya là encore, des erreurs politiques répétées, en cette période d’après Révolution, période transitoire qui a pourtant un besoin profond d’éviter tout ce qui peut exacerber la crise de confiance entre le peuple et ses gouvernants.
Ce rapide exposé des errements et choix stratégiques alambiqués va malheureusement à l’encontre de ce qui est demandé d’un gouvernement intérimaire d’après-Révolution , qui est par essence provisoire.
En effet, ce dont le pays avait besoin, pendant la période actuelle, c’était le rétablissement de la confiance entre le peuple et ses gouvernants. Or, la voie choisie par l’actuel Gouvernement et la Commission des réformes politiques, passe nécessairement par des étapes qui constituent, comme nous venons de l’exposer, autant d’indicateurs de défiance !
Le Gouvernement actuel et la commission des réformes politiques ont fait le choix d’agir dans le cadre constitutionnel actuel. Or, après le fameux délai de 60 jours prévu par l’article 57 de la Constitution actuelle, le Président par intérim n’aura plus de légitimité. Tout ce qu’il fera sera alors dénué de tout fondement constitutionnel. Il sera dès lors difficile au Gouvernement de convaincre le peuple qu’il agira encore dans le respect de la Constitution. En tous les cas, la Constitutionactuelle prendra un coup. Or, c’est ce que réclamait une grande partie du peuple qui exige depuis le 14 janvier d’instituer de nouveaux instruments en dehors de la Constitution actuelle de 1959. Il y aura là une nouvelle et grave occasion d’affrontement entre l’actuel Gouvernement et une grande partie du peuple.
De mon point de vue, il était plutôt urgent de préparer des élections législatives pour que les nouveaux et véritables représentants du peuple, ceux qui auront la légitimité des urnes, expression de la souveraineté populaire, discutent et déterminent la nature du nouveau régime politique. Or, la Commission semble oeuvrer pour la préparation, d’abord, de l’élection présidentielle au suffrage universel, ce qui est en soi une grave anticipation sur le choix de la nature du futur régime politique et une grave ingérence sur les attributions de la prochaine assemblée Constituante.
Pour toutes ces raisons, il me semble désormais impératif de se ressaisir, tant qu’il est encore temps, et fixer le cap selon le calendrier suivant :
- Agir par décret-loi pour la modification, dans le respect des délais de 60 jours de l’article 57, du code électoral, de la loi organisant les partis politiques et du code de la presse.
- Légaliser les partis politiques, au plus tard, dans les 30 jours du dépôt de leur demande (ce délai peut actuellement durer jusqu’à 4 mois, ce qui est un délai en inadéquation totale avec la situation actuelle).
- Ne pas trop se soucier de l’absence de la fonction de Président par intérim après le délai de 60 jours, puisque cette institution, la présidence de la république, aura effectué l’essentiel de sa mission : adopter par décret le nouveau cadre juridique permettant le déclenchement d’un nouveau processus politique et électoral dans le pays.
- Lancer la campagne électorale et préparer dans les meilleurs délais les conditions des élections législatives qui déboucheront sur une assemblée Constituante.
- Une fois l’assemblée Constituante installée, elle aura deux tâches : la première étant la formation d’un nouveau gouvernement autour du leader du parti ou de la coalition des partis majoritaires. C’est à ce gouvernement que reviendra alors la tâche de mettre en œuvre son programme politique pour lequel la majorité parlementaire aura été élue. La deuxième mission consistera dans l’établissement d’une nouvelle Constitution qui s’accordera, notamment, sur la nature du futur régime politique.
Ainsi, le Gouvernement intérimaire actuel aura été respectueux du cadre constitutionnel. De même, il aura évité de se compliquer la tâche en promettant monts et merveilles, alors qu’il n’a ni la légitimité, ni les moyens de le faire. Le Président par intérim aura accompli sa mission dans les délais impartis. La commission des réformes politiques aura accompli son devoir, à savoir créer dans les meilleurs délais le cadre juridique nécessaire pour le lancement du débat politique et de la campagne électorale dans les meilleurs conditions démocratiques tout en évitant de s’immiscer dans les attributions de la future assemblée Constituante, notamment dans le choix de la nature du futur régime politique. Enfin, un nouveau gouvernement, fort de sa légitimité, s’attellera à appliquer ses nouvelles réformes et son programme politique, pendant que l’assemblée Constituante aura également pour tâche d’établir une nouvelle Constitution.
La volonté du peuple sera ainsi respectée et le Gouvernement actuel aura contribué à réconcilier le peuple avec ses gouvernants. On aura également sauvé la Révolution des risques d’enlisement et des dérives anarchiques.
karim.missaoui@planet.tn

“Le parlement”, l’islamophobie, l’islamisation et l’intimité dévoilée

La toile - La randonnée quotidienne des Facebookers


La toile tunisienne continue de se concentrer sur la Révolution. Après avoir participé à la chute du dictateur, appelé à la chute de la dictature, elle se met aujourd’hui à la l’édification de la nouvelle Tunisie. Dans ce but, éradiquer les racines du mal afin de ne lui laisser point de chance pour survivre dans la nouvelle ère, continue à être l’une des principales activités des facebookers.
En outre, les preuves prouvant que des personnes ou des organisations aient été des lèche-bottes, des pilleurs ou des supporters farouches de l’ancien régime, sont les principaux documents qui circulent sur le net. Les gens qui l’aient été et qui ont osé aujourd’hui se faire porte-parole de la révolution sont les plus lynchés.
Le parlement de la honte
Ainsi, la réunion tenue par le parlement pour voter et transmettre le pouvoir au président de la république dans l’instauration des lois a pendant plus de vingt-quatre heures alimenté des commentaires cinglants. Les internautes ont été unanimes : les crises d’hystérie lesquelles on a pu voir de personnes défendant le peuple et la révolution ont été jugés comme pathétique mascarade que les parlementaires auraient dû épargner au peuple. Ils auraient dû simplement voter dit-on sur la toile et une à une les personnes ayant participé au show on été “ démasquées “ preuve à l’appui de leur complicité avec l’ancien régime.
Droit de réponse
Et les facebookers se montrent ouverts, tel un animateur de débat, en faisant circuler l’opinion et l’opinion opposée. On trouve alors une vidéo du chef du district du Kef présenté comme accusé, à qui on a par ailleurs affligé “ barbarement et honteusement “ sa punition et une autre où il est décrit comme une victime. On retrouve une vidéo d’une femme accusant le nouveau gouverneur de Bizerte de vol et de malhonnêteté et une autre où le gouverneur répond à ces accusations.
Les groupes se formant constituent également des vraies campagnes contre ou pro certains leaders. Néjib Chebbi, Rached Ghannouchi ou Marzouki sont tout aussi admirés que lynchés, selon les groupes qui se constituent.
Un hommage est par ailleurs rendu à l’armée tunisienne qui non seulement protège les Tunisiens, mais qu’on voit dans certaines vidéos participant au nettoyage des rues. Un point d’honneur est accordé également au ministère de l’intérieur, longtemps considéré comme ennemi par le passé. Et pour cause, la constitution d’une page Facebook dont le but est de communiquer avec les facebookers.
Islamophobie et islamisation
L’Islam était jusqu’ici un sujet tabou en Tunisie. D’un côté, l’ancien régime réprimait les pratiquants assidus, d’un autre opprimait ceux qui déclaraient s’être convertis à d’autres religions. Les Tunisiens se sont alors partagés entre ignorants de l’Islam et donc aient cultivé la peur qu’il inspire à certains et pratiquants se sentant humiliés et donc se sont senti concernés par le fait de protéger leurs droits. Ce partage se lit aujourd’hui sur la toile. Entre ceux qui expriment une vraie paranoïa face à l’Islam, paniquant à l’idée de voir des voilées ou barbus se baladant librement en Tunisie, mélangeant les termes : musulmans, islamistes, terroristes et ceux qui appellent à l’islamisation de la Tunisie, seul moyen pour eux de garantir leurs droits.
Et pourtant il existe bien un modèle de laïcité garantissant les droits des uns et des autres, celui de la Suède. Chacun est libre de pratiquer sa religion et ses croyances n’est pas quelque chose d’impossible. Ce qui compliquerait bien les choses par contre est que la société elle-même tombe dans la paranoïa d’un côté ou de l’autre et que les individus continuent à s’attaquer mutuellement et à s’insulter.
Intimité dévoilée
L’ancienne première dame, continue elle aussi à avoir tous les jours son lot d’insultes, de stigmatisations, d’ironie et même de scandales. Ce qu’on n’osait même pas murmurer tout bas il y a à peine deux mois, fait aujourd’hui un tabac. Deux vidéos sont par ailleurs les plus partagées et visionnées. La première est celle d’un garde rapproché qui a jugé de son devoir envers la nation de dévoiler les intimités du couple Ben Ali, avant et après le mariage. C’est à croire que connaître les petites habitudes mal-saines de l’ancienne première dame pouvaient participer à la construction de la nouvelle Tunisie pour que le garde en question croit avoir rendu service au pays en les dévoilant.
La deuxième vidéo est celle d’une petite excursion maritime où l’on voyait l’ancien président, sa femme, leurs familles et Soha Arafat. C’était le bon vieux temps …
La voix de la raison
Malgré que nombreux continuent sur la toile à cultiver une curiosité sans borne pour les secrets des Ben Ali-Trabelsi, d’autres sont déjà passés à la nouvelle ère. On continue alors à attirer l’attention des gens sur la nécessité de reprendre le travail, d’arrêter les grèves, de faire attention aux mouvements de protestation qui constituent l’occasion à des pillards, des miliciens ou des anciens prisonniers d’y apporter de la violence.
On essaye également de dévoiler qui sont derrière les violences et le mouvement d’incendie visant les commissariats. On met en garde contre ceux qui risquent de saboter la construction de la Tunisie, mais ceux également qui essayent d’effacer l’identité de la Tunisie. Ainsi, on retrouve également des vidéos qui parlent des francs maçons, appelant à la vigilance contre leur présence dans le gouvernement. La toile se montre alors plus diversifiée que jamais. Seulement il faudra toujours savoir faire le tri, au risque de tomber dans la paranoïa.
Le personnage invité
Et même si les internautes tunisiens ne laissent point échapper le moindre détail sur ce qui se déroule en Tunisie, ils gardent un œil sur ce qui se passe dans les autres pays, l’Egypte à leur tête. La même pression ou presque ressentie avant les discours de Ben Ali avant sa chute, se fait sentir avant ceux de Moubarak. Aussitôt qu’il finit de prononcer son discours, les commentaires, blagues ou critiques se font remarquer dans les différentes pages et profils. Certes, on soutient les Egyptiens contre le régime, mais on s’amuse également à relater les points communs entre le Pharaon du Nil et l’ancien dictateur tunisien. Assistons-nous par l’occasion à la naissance du nouveau nationalisme arabe enterré par les leaders, réclamés par les peuples dans leur lutte commune pour la liberté ?
Hajer AJROUDI

Câbles du Caire

Nabil Elkot, membre du Mouvement Kifaya et l’Association Nationale du Changement
« Nous continuerons notre démarche »
« Nous n’allons pas quitter la place de la Libération (Maïden Attahrir). Nous continuerons notre démarche pour réformer le régime qui a toujours régné. Les membres de l’Alliance du 25 Janvier vont procéder durant la prochaine période à former un gouvernement transitoire et réformer la constitution. Il sera question de la dissolution du système du bi-caméralisme : la Chambre des députés (Majless Achâab) et la Chambre des conseillers (Majless achoura) et de l’annulation de la loi d’exception ».
S.F

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Mohamed Megahed, journaliste à “Almasry Alyoum”
Mabrouk pour l’Egypte, Mabrouk pour la Tunisie
Il était présent à côté du palais présidentiel, avec la foule d’Egyptiens qui s’y sont rendus hier, au moment où nous l’avons appelé pour sonder son opinion. Il nous raconte la réaction des gens là-bas au moment où l’on a su que Moubarak n’est plus au pouvoir et leur position par rapport à l’armée qui est actuellement le maître à bord.
« C’est par Internet et par téléphone que nous avons appris la nouvelle, incroyable pour nous. Nous n’avons pas pu le croire, pourtant on avait envie de le faire et on a tous commencé à le vérifier. Finalement, c’était vrai, le verdict est tombé et Moubarak est parti. La réaction fut terrible. La joie a éclaté, nous avons crié : « Mabrouk à l’Egypte et à son grand peuple » et j’ai écrit sur Tweeter : « Mabrouk pour l’Egypte, Mabrouk pour la Tunisie, la Tunisie nous a ouvert la porte, nous étions avec vous durant votre révolution et vous étiez avec nous », témoigne Mohamed Megahed.
Par ailleurs, l’armée assure aujourd’hui la transition mais elle n’est pas au pouvoir. La chambre des députés et le parlement ont été dissous. Le président du haut tribunal constitutionnel sera chargé de modifier la Constitution et nous aurons des élections transparentes et honnêtes.
Il est vrai que la position de l’armée n’est pas encore claire, nous attendons à cette effet une déclaration d’ici quelques heures, mais le plus probable est qu’il ne s’agit point d’un putsh militaire. D’ailleurs un régime militaire nous ramènera 60 ans en arrière. Depuis 1952, l’Egypte est gouverné par l’armée, tous nos présidents ont été militaires convertis en civils, il est temps que ça change. Quant à Moubarak, je ne sais pas s’il a quitté le pays. J’ai appris qu’il s’est rendu à Charem El Cheikh, on le dit parti en Allemagne ensuite, mais personne ne connaît la vérité jusqu’à cet instant. S’il reste ici, nous demanderons qu’il soit jugé pour corruption et d’autres crimes, lui et ses proches. Avec la chute de Moubarak, tout le système a chuté, aujourd’hui on est libre, nous n’avons ni peur ni du désordre ni de l’avenir. L’avenir, ce sera nous qui le construirons.
Hajer AJROUDI
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Sherif Baraket, animateur de l’émission « La vie m’a appris »
La révolution égyptienne est une révolte pacifique
« C’est comme si l’Egypte a eu la Coupe du monde ! Ainsi c’est exclamé Sherif au bout du fil. C’est magnifique, on est libre. Les médias ont participé à ce mouvement chacun à sa façon. Les médias privés sont passés par plusieurs étapes ; soutenir la révolution, s’inquiéter de la violence qui a accompagné la révolte et puis quand ça s’est éclairci, ils ont repris leur soutien à la population. Les médias officiels se sont abstenus de relater les faits pendant trois jours, ensuite, ils ont commencé à le faire. Finalement, tous les médias ont rejoint le mouvement. Les médias étrangers ont eu différentes positions, de l’inquiétude à l’intérêt, ainsi que les différentes forces étrangères qui ont suivi ce qui s’est passé, tous ont appelé au changement, puis au changement immédiat pour déclarer que finalement ils accepteraient le choix des Egyptiens.
La révolution égyptienne est une révolte « blanche » pacifiste. Entamée par les jeunes qui ont lancé l’appel sur Facebook, elle a ensuite été rejoint par les différents partis, religions, couches sociales. On a revendiqué les droits à la dignité, à la liberté, et on a dit non à la corruption, la marginalisation, l’augmentation du taux du chômage. Il a été clair que le peuple égyptien, uni dans sa quête, ait été plus fort que les islamistes et leur influence, d’ailleurs le nombre des Frères musulmans est insignifiant par rapport à la population.
Tous les pays étrangers ont essayé d’influencer le mouvement. Même le président Moubarak a un point d’honneur pour avoir refusé l’influence étrangère. Khamini et Nasrallah ont été insultés quand ils ont donné leur discours de soutien pour la population égyptienne. Cette dernière est certes aujourd’hui partagée entre une moitié heureuse et une autre inquiète, mais elle est unanime sur la nécessité du changement. Il existe beaucoup de gens tristes pour le sort de Moubarak, mais c’est plutôt émotionnel. Après tout, Moubarak n’était pas aussi détesté que son système et sa famille, même quand il est haï c’est à cause d’eux.
H.A

Les irréductibles de la place Tahrir

Le Temps-Agences - Les centaines de milliers de manifestants rassemblés sur la place Tahrir au Caire n'en démordent pas: ils ne partiront pas avant le départ du président Hosni Moubarak et pressent la puissante armée de "ne pas lâcher le peuple".
"Ici se déroule la plus grande révolution au monde. L'armée doit immédiatement prendre la décision de faire tomber Moubarak, même par la force", s'exclame Mohamed, 60 ans, à deux pas des tanks postés près du Musée national qui jouxte la place, épicentre de la contestation.
"Armée d'Egypte, ne nous déçois pas", s'égosillait entre-temps une voix à travers un haut-parleur.
Dans une ambiance chargée d'émotion, les protestataires qui défilent sur cette place depuis le 25 janvier contre Moubarak, au pouvoir depuis près de 30 ans, jurent qu'ils ne bougeront pas, même après que l'armée a exprimé son soutien aux réformes annoncées jeudi par le président.
"S'il est déterminé, nous le sommes encore plus. C'est un individu contre 85 millions", assure de son côté Chérif El-Araf.
"Quand il partira, nous partirons", lance Walid Rmeih, 29 ans, licencié en sciences de l'éducation. "Nous voulons qu'il soit jugé!", ajoute ce jeune au chômage.
Plusieurs pancartes brandies par les manifestants appelaient à un "procès immédiat" du président égyptien.
Les manifestants ont connu un moment d'émotion en matinée lorsque, selon des témoins, trois soldats de l'armée égyptienne ont abandonné leurs armes et leurs uniformes pour se joindre à eux.
"Ils se sont joints à la foule en souriant et ont chanté des slogans pour que le régime tombe", a déclaré à l'AFP l'un de ces témoins, Omar Gamal, un étudiant, qui ne cache pas sa joie.
"Il faut que l'armée et le peuple restent main dans la main. L'armée, c'est une garantie de la stabilité", dit-il.
Mais des manifestants rassemblés devant le palais présidentiel lourdement gardé au Caire, et dont la plupart espéraient obtenir le ralliement de l'armée, ont laissé éclater leur colère en apprenant la position des militaires.
L'un d'entre eux a arraché le micro des mains de l'officier qui lisait le communiqué des militaires pour protester.
"Vous nous avez déçus, on avait mis tous nos espoirs en vous", a-t-il crié, tandis que la foule entonnait des slogans réclamant que le président Moubarak soit jugé.
"Non, non, ce n'est pas un coup d'Etat", s'est défendu le colonel en assurant que l'armée ne prendrait pas le pouvoir, mais veillerait à ce que la volonté populaire soit reflétée dans le programme de réformes du régime.
A la place Tahrir, le cheikh dirigeant la prière de vendredi s'est évanoui à la fin de son prêche, après avoir appelé l'armée égyptienne à "agir d'une manière qui soit acceptable devant Dieu le jour du Jugement dernier".
Mais avec ou sans l'armée, les manifestants semblaient vouloir résister jusqu'au bout.
Dans un communiqué du conseil suprême des forces armées, l'armée a assuré qu'elle garantirait des "élections libres et transparentes", au lendemain de l'annonce par Moubarak qu'il déléguait ses prérogatives à son vice-président.
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La révolution des dessinateurs
Le Temps-Agences - Les dessins jouent un rôle essentiel dans les mouvements tunisiens et égyptiens. Comme dans toute révolution.
Ça y est. Grâce à un mouvement de protestation sans précédent, le président égyptien Hosni Moubarak a démissionné. Les manifestations pourraient toutefois se poursuivre, dans les prochains jours, sur la place Tarhir du Caire, devenue le symbole de la révolution en Egypte. Après tout, les Tunisiens continuent de manifester, un mois et demi après le début de leur propre révolution, malgré la fuite du despote Ben Ali. Quelles que soient les issues de ces deux soulèvements, ils auront rassemblé autour de mêmes frustrations jeunes et vieux, professeurs ou artisans, chômeurs et ingénieurs et... quelques dessinateurs, qui ont pris part à la contestation.
En Tunisie, -z- est l'un des plus actifs, notamment sur la Toile. Sur son blog Debatunisie, qu'il a lancé il y a plus de trois ans, il livre depuis le début du mouvement de contestation ses humeurs par des dessins qu'il accompagne généralement d'un court texte. De la violence de la répression aux promesses tardives de Ben Ali, rien n'a échappé à son coup de crayon aguerri. Depuis le départ de l'ancien dictateur, il continue à croquer l'actualité de son pays, avec ses multiples remaniements ministériels, ses doutes et ses espoirs. Des dessins parfois drôles, souvent amers, toujours percutants.
Malgré l'évolution de la situation dans le pays, -z- a décidé de rester anonyme, en attendant de voir la suite des événements. S'il a conscience du rôle éminemment politique de ses dessins, qui circulent à vitesse grand V sur les réseaux sociaux depuis le début de la contestation, il refuse de prendre parti estimant que ce n'est pas là son rôle.
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Les manifestants en veulent à l'armée
Le Temps-Agences - Les manifestants égyptiens ont réagi avec colère hier aux déclarations de l'armée soutenant les réformes annoncées par le président Hosni Moubarak, qui se maintient au pouvoir malgré le mouvement de protestation massif qui secoue le pays.
Au moment où le communiqué des militaires était lu sur la télévision d'Etat, un colonel de l'armée égyptienne a lu le même message à voix haute devant le palais présidentiel au Caire, dans lequel le haut commandement soutient les réformes annoncées jeudi par Hosni Moubarak.
Les manifestants rassemblés devant le palais lourdement gardé, dont la plupart espéraient obtenir le ralliement de l'armée, ont laissé éclater leur colère en apprenant la position des militaires, et l'un d'entre eux a arraché le micro des mains de l'officier pour protester.
"Vous nous avez déçus, on avait mis tous nos espoirs en vous", a-t-il crié, tandis que la foule entonnait des slogans réclamant que le président Moubarak soit jugé. "Non, non, ce n'est pas un coup d'Etat", s'est défendu le colonel en assurant que l'armée ne prendrait pas le pouvoir, mais veillerait à ce que la volonté populaire soit reflétée dans le programme de réformes du régime.

Le monde arabe tremble

Le Temps-Agences - Sur fond de révoltes en Tunisie et en Egypte, plusieurs pays arabes ont pris des mesures pour prévenir des troubles du même type, augmentant les salaires et les subventions sur les produits de base. Mais ces initiatives pourraient se révéler néfastes à terme pour leur économie, selon les experts.
"Les subventions sont nécessaires aujourd'hui pour la survie politique à court terme", souligne Said Hirsh, économiste chez Capital Economics, basé à Londres. Mais elles risquent de détériorer les finances publiques de ces pays dans les mois et années à venir, met-il en garde.
Dans la foulée de la "révolution du jasmin" en Tunisie et de la révolte en Egypte, la Jordanie, le Yémen et la Syrie ont annoncé une série de mesures pour calmer les mécontentements liés à des décennies d'injustices économiques: hausse des subventions sur les produits alimentaires et le fioul, augmentation des salaires ou encore baisse de taxes.
En Egypte et en Tunisie, des annonces similaires n'ont pas suffi à désamorcer la colère populaire, liée en grande partie à d'autres facteurs comme la corruption et un pouvoir autocratique.
Mais l'aspect économique est loin d'être négligeable dans des pays où beaucoup vivent dans la pauvreté. En Jordanie, le gouvernement a annoncé pour 550 millions de dollars (404 millions d'euros) de subventions sur les produits de première nécessité comme le carburant, le riz et le sucre. C'est "un pas dans la bonne direction", juge Leila Rousan, une employée de banque de 28 ans.
La Jordanie est confrontée à un dilemme: mener une politique d'apaisement social au détriment de sa dette publique ou bien continuer comme avant au risque de mécontenter sa population. L'économie jordanienne, qui tire une grande part de ses revenus des investissements étrangers et du tourisme, enregistre un déficit record de 2 milliards de dollars (1,5 milliard d'euros) sur l'année fiscale, une inflation en hausse et un haut niveau de chômage et de pauvreté.
Des manifestations plus modestes qu'en Egypte ont eu lieu dans le pays, et le roi Abdallah II a limogé le gouvernement pour éviter une montée de la contestation. Mais les récents événements ont montré la vulnérabilité économique de la Jordanie. L'agence de notation Moody's a dégradé une série de notes concernant le pays.
"Nous pensons que les troubles actuels vont réduire les perspectives de croissance à moyen terme dela Jordanie et dégrader ses finances publiques", déclare Luc Marchand, analyste chez Standard and Poor's.
Le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, a décidé d'augmenter jusqu'à 25% les salaires d'un million d'employés civils et militaires pour un coût de 415 millions de dollars (305 millions d'euros). Sanaa a également annoncé la création de 60.000 emplois pour les jeunes diplômés.
De son côté, la Syrie a annoncé un plan de 255 millions de dollars (187 millions d'euros) en faveur des pauvres, précisant que l'aide mensuelle pour le fioul domestique passerait de 20 à 32 dollars (14,70 à 23,50 euros) par mois: la première augmentation du genre depuis 2001.
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Les cafouillages de la CIA
Le Temps-Agences - En jugeant jeudi "probable" une démission de Hosni Moubarak, quelques heures avant d'être brutalement démenti par les faits, le patron de la CIA Leon Panetta a jeté une lumière crue sur la difficulté des Etats-Unis à appréhender les bouleversements en cours dans ce pays allié.
Interrogé lors d'une audition au Congrès sur les intenses spéculations selon lesquelles le président égyptien allait quitter le pouvoir, le chef du renseignement américain avait affirmé: "J'ai les mêmes informations que vous, à savoir qu'il y a une forte probabilité que Moubarak démissionne ce soir".
"Je ne connais pas les détails de la façon dont cela se passerait mais je pense qu'il transmettra la plupart de ses pouvoirs (au vice-président Omar) Souleimane pour qu'il dirige le pays et mène à bien les réformes que nous espérons voir mises en oeuvre", avait-il poursuivi.
Un responsable du renseignement américain, avait immédiatement tempéré ces déclarations, assurant que le directeur de la CIA faisait référence... aux informations parues dans les médias et non à des informations propres à la CIA.
Et quelques heures plus tard Moubarak annonçait certes qu'il transférait ses prérogatives au vice-président Omar Souleimane, mais sans démissionner, à la fureur des Egyptiens qui manifestent en masse contre le pouvoir depuis 17 jours.
Ce quiproquo retentissant intervient alors que la CIA, dont le budget 2010 a dépassé les 80 milliards de dollars, est la cible de critiques pour son incapacité à prévoir et à analyser la révolte en cours en Egypte, et son extension potentielle à d'autres pays de la région.
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Les désarrois moyen-orientaux d’Obama
Le Temps-Agences - Pas "suffisant", a dit Barack Obama, en commentant, jeudi soir 10 février, l'allocution télévisée d'Hosni Moubarak. Le raïs égyptien venait d'annoncer qu'il déléguait ses prérogatives de chef de l'Etat à son vice-président, Omar Souleimane, mais qu'il n'en restait pas moins à la présidence (pour le moment).
Le propos de dépit de M. Obama illustre l'un des aspects les plus saillants de cette crise : la relative impuissance des Etats-Unis à peser sérieusement sur les événements. L'Amérique ne semble en mesure ni d'exercer une influence déterminante sur le raïs, l'un de ses alliés les plus proches dans la région, ni sur la rue égyptienne.
Les Etats-Unis souhaitaient le départ de M. Moubarak - sans oser le dire publiquement. Ils voulaient que le président égyptien, en annonçant son retrait, accède à la principale revendication de l'immense mouvement de protestation qui secoue l'Egypte depuis dix-huit jours.
C'eût été un geste symbolique de grande portée politique, susceptible d'apaiser la colère des Egyptiens qui manifestent, un geste de nature à empêcher une radicalisation du mouvement.
M. Obama n'a pas caché sa frustration : "Le gouvernement égyptien doit tracer un chemin crédible, concret et sans équivoque vers une démocratie réelle, a-t-il dit, et ses membres n'ont pas encore saisi cette occasion."
Depuis le début de la crise, Washington hésite. Quel camp choisir ? D'un côté, un allié fidèle, que l'on subventionne à coups de milliards de dollars mais qui est un dictateur ; de l'autre, un mouvement qui le conteste au nom même de valeurs que les Etats-Unis veulent incarner.
Le régime égyptien représente la stabilité stratégique, la garantie du maintien de l'accord de paix conclu en 1979 avec l'autre grand allié régional de Washington, Israël. La place Tahrir, elle, est la voix d'une révolte en marche pour promouvoir un credo démocratique cher à l'Amérique...
Les Etats-Unis ne veulent pas le chaos ni la remise en cause de la paix égypto-israélienne. Mais ils n'entendent pas non plus être du "mauvais côté" dans cette histoire. La vérité est qu'elle se fait, très largement, sans eux.
Leur désarroi donne la mesure de leur impuissance relative. Ils disposent bien de "l'arme atomique" : ils peuvent étrangler financièrement l'Egypte en suspendant leur aide de 2 milliards de dollars annuels. Mais à qui cela profiterait-il ? Proche des théories du complot en vogue au Proche-Orient et ailleurs, l'image d'une Amérique qui tire toutes les ficelles dans l'ombre a moins de sens que jamais.
La guerre froide est finie depuis longtemps : pas plus Washington que Moscou ne sont maîtres de ce qui se passe dans leur zone d'influence. Les événements d'Egypte se déroulent de façon imprévisible. Ils sont façonnés par les réactions d'un mouvement protestataire qui dispose d'un instrument de communication, donc de mobilisation, sans précédent : Internet.
Le face-à-face entre M. Moubarak et la place Tahrir est une affaire compliquée, à facettes multiples. Mais c'est d'abord une affaire égypto-égyptienne.

Hakim El Karoui était au chevet de Ben Ali

Hakim El Karoui était au chevet de Ben Ali
L’escalade des protestations dans les régions et la révolte des jeunes avaient fini, trois semaines après que Bouazizi s’est immolé par le feu, par déstabiliser Ben Ali. Désormais, il ne faisait plus confiance ni à son entourage ni à ses experts, et ne savait plus où donner de la tête pour sauver encore une fois son trône.
C’est alors que l’un de ses gendres, Marouane Mabrouk, patron d’Orange Tunisie dont il détient 51% des parts, contacte Hakim El Karoui, banquier chez Rothschild et ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin lorsqu’il était Premier ministre.
Hakim El Karoui, Franco-Tunisien, communicateur et financier très influent dans les milieux politiques et économiques dans l’Hexagone, a ainsi adressé au président déchu trois lettres sous forme de notes d’une page chacune formulant des conseils précis à Ben Ali. Dont certains ont été suivis à la lettre.
La Presse a pu se procurer deux de ces notes «confidentielles» et les livre à ses lecteurs in extenso.
M.J.
Paris, le 12 janvier 2011

Note

A l’attention de Son Excellence le Président Ben Ali

Objet : un scénario de sortie de crise
Même si la situation commence à s’apaiser, la sortie de crise n’est pas encore acquise.
Un scénario volontariste pourrait être le suivant :Changer profondément le gouvernement et l’équipe de vos conseillers à Carthage avec plusieurs objectifs‑:
• Sanctionner des responsables qui ont mal fait leur travail ;
• Crédibiliser votre annonce sur les 300.000 emplois à créer (il faut changer profondément beaucoup de choses pour que ce qui n’a pas été possible hier soit une réalité aujourd’hui)
•Donner un coup de jeune et de dynamisme en nommant des quadras issus de la société civile et du monde économique, qui ont fait leurs preuves dans leur domaine.
2. Donner un signal clair et fort sur ceux qui, se revendiquant de votre entourage, sont à l’origine du sentiment d’injustice ressenti par la population
3. Envoyer un message de compassion aux familles des victimes
Même s’il y a de la manipulation, même s’il y a des terroristes infiltrés, vous êtes le Père de la nation et le Père de la nation doit être aux côtés de ses fils quand ils souffrent.
En plus du message au Parlement, une prière à la Grande mosquée de Carthage pour la Tunisie et pour ses fils pourrait être ce signal.
4. Donner un message politique
La crise actuelle n’est pas qu’une crise sociale : il lui faut, à froid, une réponse politique.
A moyen terme, à froid, en mars ou en avril, une réflexion pourrait être menée sur une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale qui permettrait d’y faire monter des têtes nouvelles, plus efficaces et plus représentatives de la Tunisie moderne.

H.E.K.

Paris, le 14 janvier 2011
Note

A l’attention de Son Excellence le Président Ben Ali

Objet : mettre en œuvre
• Internet : c’est fait
• Eléments de langage pour la communication : «c’est la victoire de la Tunisie. Maintenant il faut construire. Ce n’est qu’un début : nous serons jugés sur les actes ».
• Médias : continuer les débats à la télévision. Arrêter de suivre les journalistes étrangers. Changer complètement la mise en scène du journal télévisé de 20h. S’assurer que Nessma a le droit de faire des débats. Suggérer une deuxième édition des journaux cet après-midi. Être sûr que les journaux de samedi seront différents de ceux d’habitude.
• Inonder les médias étrangers d’interviews. Il faudrait qu’Image 7 fasse son travail.
• Changer la loi sur les associations
• Trouver un point de chute à l’étranger à Ben Dhia
• Réunir les partis politiques existants et annoncer que de nouveaux vont pouvoir être créés bientôt, avec la modification de la loi électorale
• Nommer un responsable de la lejna (qui ne soit pas le Premier ministre).
Une personnalité reconnue, indépendante. Pourquoi pas un avocat reconnu qui ne soit évidemment pas un proche ?
• Corruption : donner un signal. Faire savoir qu’une enquête a commencé.
• Annoncer un remaniement gouvernemental pour les jours prochains
• Organiser une conférence de presse en fin de journée pour faire le point sur les grandes décisions ainsi que les nominations. Avec le porte-parole du gouvernement?

H.E.K.

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