Pourquoi Julian Assange de Wikileaks n’a rien publié sur ISRAEL..
Nous avons eu l’opportunité de passer deux heures, samedi, avec Julian Assange le fondateur de Wikileaks qui est aujourd’hui même en train de se défendre face à un tribunal britannique.
« Bonjour Julian, je suis Francesco, Francesco Piccinini... »
« Francesco ! Rentre ! »
Une phrase "normale", presque "banale" mais si la personne qui est en train de t’inviter chez lui est Julian Assange, l’invitation à tout de suite une saveur particulière...
Julian Assange, Fondateur de Wikileaks l’homme qui a ébranlé grâce à ses révélations, des bureaucraties mondiales et qui en ce moment même est en train de se défendre face à un tribunal anglais qui devra décider s’il sera extradé ou pas en Suède, où il est recherché pour une accusation de prétendu viol.
C’est vrai que tu crains Israël ?
Bien entendu.
Pourtant tu as fait certains choix lorsque tu as décidé de publier les premières informations...
Nous avons choisi de ne rien publier sur Israël pendant la première semaine, car cela nous aurait causé beaucoup de problèmes. Nous avons donc entamé la publication des fichiers sur d’autres pays. Dès que notre « bateau » avait quitté le port, il n’était pas concevable de le faire changer de cap. Au début nous n’avions pas beaucoup de fichiers sur Israël et nous avons eu peur des attaques en provenance de la côte est des Etats-Unis (c’est sur la côte est que résident les principales organisations juives, NDR). Si nous avions publié des informations sur des pays "sensibles" dès le début, nous aurions subi des attaques pour nous faire dévier de notre trajectoire.
As-tu plus peur d’Israël ou des Etats-Unis ?
C’est l’union des deux pays qui m’effraye le plus. A plus forte raison parce qu’ils partagent un certain nombre d’intérêts dans le conflit irakien. Bush a soutenu Israël car il était entouré d’amis à la tête de compagnies pétrolières. Israël, de son côté, a des liens solides avec la côte est des Etats-Unis. Non seulement en raison de la présence de nombreux juifs sur le sol américain, mais également parce que beaucoup de passeports israéliens ont été fournis aux juifs de la côte est afin de renforcer leurs liens avec leur terre d’accueil. La Russie a procédé de la même manière avec l’Ossétie du Sud, en distribuant des passeports à la population locale afin d’encourager la lutte contre le nationalisme géorgien.
Certaines personnes pensent que l’on s’apprête à vivre une troisième guerre mondiale en ligne
Je l’espère....
C’est-à-dire... ?
Bien entendu, je souhaite une révolution non violente et sans victimes. J’ai été surpris par l’ampleur du soutien dont nous avons bénéficié. Des milliers de personnes nous ont aidé. Et grâce à cette communauté, nous avons été en mesure de fournir un accès Internet à 6% de la population égyptienne après qu’Hosni Moubarak ait procédé au black out total. Et ce grâce à une connexion par satellite d’une grande multinationale (Mitsubishi). Bien entendu, sans qu’elle soit au courant...
Que penses-tu des émeutes en Egypte ?
Ce n’est que récemment que Moubarak a reçu le qualificatif de dictateur. Tony Blair l’appelle encore « le grand homme ». Dans nos câbles nous avons tout. Nous avons même publié 480 câbles sur Kadhafi. Ce que nous essayons de faire s’inscrit dans une démarche régionale. Donc même dans le cas où les occidentaux remplacent Moubarak par un pantin, ce dernier devra améliorer les conditions de vie de la population pour gouverner. Cela poussera, par exemple, la Tunisie à offrir à son tour une meilleure condition à sa population, et cela aura un impact sur toute la région. Les régimes se soutiennent mutuellement, mais les populations sont elles aussi solidaires entre elles.
Comment cela va se terminer en Egypte ?
Je ne sais pas comment va se terminer toute cette histoire autour de Moubarak, mais l’histoire sera la même en Libye lorsque la question du remplacement de Kadhafi sera posée. Son successeur devra reconstruire le pays, mais si nous pouvons contribuer à améliorer les conditions de vie dans la région, il ne sera pas en mesure de revenir en arrière. Le cœur du problème reste la question israélienne, et plus particulièrement le cas de Gaza. Car un nouveau chef d’Etat pourrait constituer une frontière avec Gaza. Et si la bande de Gaza a une frontière d’Etat, elle pourrait avoir une armée, des chars et des hélicoptères pour se défendre. C’est exactement ce qu’Israël veut éviter.
Qui va remplacer Moubarak ?
Les Etats-Unis voudraient remplacer Moubarak par Omar Souleiman, ancien chef des services secrets égyptiens, car il est l’homme qui sécurise le plus les américains.
Donc tu ne penses pas qu’ils vont appuyer El Baradei ?
Non. Ils préfèrent Suleiman. El Baradei est un homme compétent qui a fait ses études en occident. Il pourrait être utile dans un nouveau gouvernement. Mais Suleiman a une plus grande faveur des américains.
Comment gères-tu la publication des câbles dans le temps ?
En publiant une information, nous mettons des personnes en danger. Et cette donne peut être utilisée contre nous. Nos adversaires crient volontiers que nous signons l’arrêt de mort d’une source ou d’une personne par le simple fait de publier un câble. Mais c’est juste un jeu politique. Dans les ambassades le personnel est souvent renouvelé. S’il arrivait malheur à l’un des collaborateurs diplomatiques, nous serions soudainement accusés. Nous vérifions donc les câbles avant de les publier, pour éviter que cela se produise. Il faut dire qu’on nous accuserait même si quelqu’un était tué pour une toute autre raison, qui n’aurait rien à voir avec telle ou telle information. C’est pourquoi nous avons baissé le tempo. Le risque de voir quelqu’un mourir à cause d’un câble est réel, et le jour arrivera où nous ne serons plus les seuls à gérer ces câbles. Mais en attendant cette perspective, nous devons faire preuve de prudence.
Qui est le véritable ennemi des régimes ? Toi ? Wikileaks ? Les nouveaux câbles ?
Pour les américains, le véritable ennemi c’est moi et non mes sources. On me vise moi et non pas Wikileaks car je suis la personne qui représente Wikileaks et je leur ai dit d’aller se faire foutre. Ils m’avaient demandé de détruire toutes les informations afin d’éviter des ennuis avec la justice américaine. Ils voulaient que je passe à la télévision pour dire que j’allais détruire tous les câbles. J’ai refusé, et ils ont inventé des histoires pour pouvoir m’arrêter.
Pourquoi ?
C’est comme quand une minette de 16 ans essaye de te séduire. Si tu l’envoies balader elle pique sa crise... Ils sont habitués à demander et à obtenir ce qu’ils veulent. Mais ça ne marche pas comme ça avec nous. Le seul moyen qu’il leur reste est d’anéantir mon image. Tout ça parce que je ne suis pas allé dans le sens de leur requête. Et à cause de ça je ne pense pas que je serai tranquille à l’avenir...
Pourquoi représentes-tu un tel risque pour eux ? Je représente une menace, car si je ne suis pas condamné je resterai un symbole vivant pour tous les gens qui tiennent tête aux institutions. Nombreux seront alors ceux qui seront libres de dire non, Et pas seulement le citoyen lambda mais également des personnes de l’administration américaine ou de l’armée. En revanche si je suis puni, les gens se diront tous : « Regardez Julian Assange. Il s’est fait avoir. Si lui a échoué, comment diable pourrai-je y arriver moi ? »
Comment tu résistes face à toute cette pression ?
Ce n’est pas si dur. Je ne dis pas que c’est facile, mais ça aurait été plus périlleux si tout m’était tombé sur la tête en même temps. C’est arrivé progressivement, et donc j’ai appris à gérer la pression. Par exemple, les premières infos que nous avons fait passer sur la scientologie nous ont valu une centaine d’actions en justice, quatre ans de procès et une batterie de 22 avocats. A mon âge, chaque année vous laissez filer 2% de votre temps de vie. Il faut donc profiter du temps qu’il vous reste au lieu de dormir devant la télévision... Cela dit l’année dernière, j’ai l’impression d’avoir perdu non pas 2% de mon temps de vie… mais au moins 15% (rires).
Qu’est-ce qu’on te reproche le plus souvent ?
Ils prétendent que je travaille contre un tel ou un tel. Mais nous n’avons rien contre personne. Que nous ayons des infos contre les talibans ou contre les américains, on les publie de la même manière. La seule chose qui nous importe est la fiabilité des sources.
par Francesco Piccinini
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jeudi 10 février 2011
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