Gilbert Montagné: “Je suis juif et je le revendique!”
Révélation Dans son livre J’ai toujours su que c’était toi, le chanteur tire le fil d’un passé familial hors du commun.
Gilbert Montagné rend hommage à une femme qui joua un rôle décisif dans l’histoire de ses parents et qu’il a rencontrée en 2000, à 50 ans. Son nom : Jeanne Pobel. D’une certaine manière, elle sauva la vie de sa mère, Jeanne Kalfon…
C’est en 1935, lors d’un bal du 14 Juillet, que Robert Montagné et Jeanne Kalfon se rencontrent. Elle est volubile, sociable ; lui se situe à mille lieues du tempérament tout feu tout flamme de sa cavalière tout droit venue d’Algérie. La magie opère pourtant. Les amoureux ne roulent certes pas sur l’or, mais sont heureux dans leur petit nid de l’Est parisien. Un bonheur de courte durée. La guerre est déjà là, puis l’Occupation, avec son cortège de terreurs qui saisissent à la gorge les Français. En particulier ceux de confession juive. Une communauté à laquelle Jeanne Kalfon appartient. Elle se sait sous haute surveillance. D’autant que, dès 1942, le port de l’étoile jaune est obligatoire. Une règle à laquelle elle ne se plie pourtant pas, sous l’instance autoritaire de son compagnon, qui anticipe un flot de spoliations et d’humiliations pour les Juifs.
Reconnaissance
Jusqu’à la fin de la guerre, Jeanne Montagné vit avec les faux papiers que son mari lui a fournis, taraudée par la peur. Son nouveau nom : Jeanne Pobel. Ce patronyme est rien de moins que celui de l’épouse légitime de Robert Montagné, de laquelle il était séparé sans que le contrat de mariage fût rompu. La « vraie » Jeanne Pobel, résistante, ignorait tout de cette usurpation. Un secret que Jeanne Montagné – qui épouse Robert dans les années qui ont suivi la Libération, après que ce dernier a rompu officiellement avec Jeanne Pobel – dévoile à un seul de ses quatre enfants, Gilbert, le dernier de la fratrie. Longtemps, le chanteur songera à cette inconnue, sans jamais penser la rencontrer. C’était compter sans la détermination de son épouse, Nikole, qui l’encourage à partir à sa recherche. Comment ? Grâce aux renseignements téléphoniques ! Après quelques essais infructueux, la « vraie » Jeanne Pobel, une dame de 90 printemps qui vit dans le Doubs, décroche son combiné. L’émotion est à son comble. Pendant des années, Gilbert Montagné témoignera de son affection et de sa reconnaissance à celle qui a sauvé sa mère du pire destin.
J’ai toujours su que c’était toi, de Gilbert Montagné, 240 p., Calmann-Lévy, 19 €. Egalement en version braille et en CD audio, lu par Gilbert Montagné, à paraître dans les prochaines semaines.
Gilbert Montagné : “Je la croyais morte…”
J’ai toujours su que c’était toi
FRANCE-SOIR Pourquoi révéler si tardivement votre judéité ?
GILBERT MONTAGNÉ La religion appartient à la sphère de l’intime. Oui, je suis juif, je le revendique, et j’observe certaines traditions, comme la fête de Kippour. Pourtant, pendant des années, ma mère m’a tenu à l’écart de toute éducation juive, de peur que l’histoire se répète. Ce n’est que lorsque j’ai rencontré Nikole, elle-même juive, que j’ai renoué avec mes racines. Aujourd’hui, lorsque je me trouve dans une synagogue, mes pensées vont à ma mère, à laquelle je susurre : « Maman, tu n’as plus besoin d’avoir peur. »
F.-S. A quel point vos parents ont-ils influé sur votre personnalité ?
G. M. A ma naissance, on ne leur a pas livré le « mode d’emploi » pour élever un enfant aveugle (mis en couveuse à sa naissance, un air trop riche en oxygène a causé sa cécité, NDLR). Ils ont agi avec leur cœur. Je leur dois d’avoir tôt intégré l’idée que la cécité n’allait ni m’amoindrir ni me fermer des portes. Je n’ai pas besoin de voir l’enveloppe charnelle des gens pour voir leur âme. Et puis mes parents m’ont appris que les différences n’étaient en rien des barrières, au contraire.
F.-S. Quelle place tient Jeanne Pobel dans votre histoire familiale ?
G. M. Elle constitue un chaînon essentiel. Nous nous sommes immédiatement tutoyés. Cette histoire est incroyable : des décennies après avoir appris son existence, je la croyais morte. La preuve que, dans la vie, tout est possible.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire