mercredi 20 septembre 2017

Un atelier de fabrication de shofars vend des cornes aux Juifs d’ici et d’ailleurs...


CIVAT YOAV, Plateau du Golan (JTA) – Shimon Keinan a une entreprise à faire tourner. Il n’a pas le temps d’enseigner à ses clients comment souffler dans un shofar.

Mais si vous avez pris la peine de prendre la route pour visiter son usine de fabrication de shofars, appelée Kol Shofar, Keinan fera en sorte que vous repartiez avec la corne qui vous est la mieux adaptée..

« Que devrais-je faire d’autre ? », explique-t-il à JTA. « Si quelqu’un doit souffler dans l’un de mes shofars à l’occasion de Rosh HaShana, il faut que je sois certain qu’il ne va pas se rater ».
Et même maintenant, alors que nous sommes dans ces semaines débordantes d’activité qui précèdent le nouvel an juif, Keinan passe une grande partie de son temps à aider les clients à choisir un shofar – et à faire en sorte de s’en servir correctement. Il n’est pas certain que cela vienne aider son chiffre d’affaires mais cela l’aide incontestablement à rester à la hauteur de sa vocation.
Cette semaine, dans la matinée, Keinan, 70 ans, était en train d’examiner une nouvelle fois ses commandes de shofar lorsqu’une famille composée de sept membres est entrée dans l’usine. Le mari, Dror Yoggev, avait pris une journée de congé à son travail et il a fait le voyage de plusieurs heures en voiture depuis le centre d’Israël pour acheter son premier shofar.
« Mon beau-père m’a interdit d’aller ailleurs », a-t-il dit.
Keinan a répondu qu’il en était désolé mais qu’il lui était impossible de dégager un moment pour lui venir en aide à ce moment-là. Pourquoi Yoggev n’avait-il pas pris la peine de téléphoner avant de faire tout ce chemin ?
Et pourtant, quelques minutes plus tard, nous avons retrouvé Keinan, dont l’uniforme de travail consiste en un tablier en jean et une casquette de cuir noir, en train de fouiller fébrilement les boîtes de shofar rangées au fond de l’usine.
« Si je me fie à la couleur de votre peau, vous voulez probablement un shofar yéménite », a présumé Keinan, offrant à Yoggev une corne de koudou en spirale, non-cirée, qui est traditionnellement utilisée par la communauté juive yéménite (un koudou est une espèce d’antilope africaine).
Yoggev a alors répondu que tandis que ses parents sont originaires du Yémen, il utilisera le shofar dans la synagogue ashkénaze de la famille de son épouse et qu’il est donc à la recherche d’une corne de bélier brillante, particulièrement prisée par les Juifs européens.
« Alors yalla », a grogné Keinan, soulevant avec effort une boîte de plusieurs dizaines de shofars en corne de bélier pour la poser sur la table placée dans la réserve. « S’il vous faut plus de quinze minutes pour en trouver une, il y a quelque chose qui ne va pas ».
Pendant les deux heures qui ont suivi, Yoggev a soufflé dans les shofars, ses essais ponctués des conseils et des critiques de Keinan : « La tête haute. Bombez le torse. Soufflez depuis le centre de la bouche, pas depuis le côté ».
Finalement, Yoggev a porté son choix sur une corne de bélier de taille moyenne, avec une petite embouchure.
« Il correspond bien à cet étrange mouvement que vous faites avec vos lèvres », a estimé Keinan. « Maintenant, il faut que je retourne au travail ».
Pour Keinan, Kol Shofar est le résultat de l’obsession d’une vie. Il aime dire qu’il est né un shofar à la main. Mais en réalité, ses parents, qui ont immigré en Israël depuis le Maroc en 1949 – Keinan était alors un bébé – n’ont jamais eu suffisamment d’argent pour lui en acheter un.
Il a appris à souffler dans un shofar lorsqu’il était enfant, dans la synagogue orthodoxe de sa communauté de Tibériade, une petite ville ouvrière sur le lac qui porte le même nom. Il a fabriqué son premier instrument bien à lui à l’aide d’un entonnoir et d’un tuyau.
Après avoir abandonné l’école à l’âge de 16 ans, Keinan a travaillé comme soudeur, épargnant suffisamment d’argent pour acheter un vrai shofar, qu’il utilise chaque année lors de Rosh HaShana, dans sa synagogue, ainsi que dans la synagogue ashkénaze qui se situe à proximité. Après son mariage, il est parti s’installer à Givat Yoav dans les années 1970, où il a construit un atelier en métallurgie qu’il a doublé d’une activité d’élevage de dindons, tout en s’occupant de quatre enfants.
Dans les années 1990, Keinan a eu l’opportunité de transformer sa passion en son métier, lorsque le rabbin de sa communauté lui a présenté un fabricant de shofars à Jaffa qui voulait prendre sa retraite. Keinan s’est rendu à l’usine du vieil artisan deux fois par semaine pendant deux ans – un trajet de plus de deux heures à l’aller comme au retour – pour apprendre ses techniques. En 1998, il a transformé l’élevage de dindons en usine de fabrication de shofars.
Certaines des milliers de cornes qui jonchent l'usine Kol Shofar de  Givat Yoav, sur le plateau du Golan, le 6 septembre 2017 (Crédit : Andrew Tobin)
Certaines des milliers de cornes qui jonchent l’usine Kol Shofar de Givat Yoav, sur le plateau du Golan, le 6 septembre 2017 (Crédit : Andrew Tobin)
Aujourd’hui, Kol Shofar, qui garde encore un peu l’aspect d’une entreprise agricole avec des murs métalliques fins et un sol en béton poussiéreux, est l’une des deux entreprises qui fabriquent des shofars en Israël. L’autre, beaucoup plus ancienne, qui s’appelle Bareshet-Ribak Shofarot, est implantée à Haïfa et à Tel Aviv.
Keinan a expliqué vendre plus de 7 000 shofars par an, dont au moins 90 % sont des ventes par correspondance. La moitié est achetée par des Israéliens, a-t-il précisé, tandis que les 50 % restants partent chez des Juifs des Etats-Unis et d’Europe. Parmi ses clients, des rabbins israéliens célèbres, a-t-il confié, notamment le grand rabbin séfarade actuel Yitzhak Yosef. Les mois qui séparent Tisha beAv et Souccot sont les plus remplis de l’année en termes de travail.
Selon Keinan, le plus difficile dans la production de shofars est l’obtention des matières premières. Tous les deux ou trois ans, il se rend en Afrique pour acheter des cornes de bélier et de bouquetins. Il trouve les cornes de bélier – qui sont de loin le shofar le plus populaire dans la mesure où ils sont recommandés par les sages juifs –
dans son Maroc natal, où des millions d’animaux sont abattus chaque année lors de la fête musulmane de l’Aïd.
Actuellement, il y a des milliers de cornes dans l’usine. Elles remplissent les boîtes, les rayons et les chariots, certaines jonchent le sol en formant de hautes piles. Keinan a estimé avoir en stock 20 000 cornes de bélier, 2 000 cornes de koudou et quelques cornes de bouquetin. Ces dernières sont rares parce qu’elles viennent d’Israël où la chèvre sauvage est une espèce protégée. Un shofar en corne de bouquetin coûte environ 1 000 euros contre environ 100 euros pour un shofar en corne de bélier.
Il y a environ 15 ans, le fils de Keinan, Hanan, 42 ans, a commencé à accompagner son père lors de ses déplacements en Afrique. Rapidement, il est revenu vivre à Givat Yoav en compagnie de son épouse et de leurs enfants pour rejoindre l’entreprise familiale à plein temps. Aux côtés de son père, il fabrique à la main chaque shofar produit par l’entreprise. Trois autres employés aident à faire fonctionner l’usine et les bureaux.
Alors que le fils de Keinan a reconnu ne pas nourrir pour les shofars la même passion de son père – et qu’il n’est également pas religieux, a-t-il ajouté – Hanan a aidé à moderniser les processus de production de Kol Shofar à l’aide de nouvelles techniques et de nouvelles machines.
Shimon Keinan et son fils Hanan posent pour une photo dans leur usine de Givat Yoav, le 6 septembre 2017 (Crédit :  Andrew Tobin)
Shimon Keinan et son fils Hanan posent pour une photo dans leur usine de Givat Yoav, le 6 septembre 2017 (Crédit : Andrew Tobin)
Les deux premières phases de fabrication des shofars, à l’usine, sont un secret familial, mais qui implique toutefois le traitement des cornes pour supprimer leur forte et désagréable odeur et l’application de chaleur pour les redresser. Après cela, l’étroite extrémité de la corne est sciée, un trou est creusé dans cette dernière et un outil spécial est utilisé pour agrandir le trou qui deviendra une embouchure. La dernière phase de fabrication consiste à polir et à faire briller l’extérieur.
Hanan Keinan a également poussé l’entreprise à s’ouvrir au commerce touristique – ces dernières années, lui et son père ont fait refaire le chemin d’accès et ils ont fait construire un centre pour les visiteurs, une aire de parking et des toilettes. Ce sont environ 7 000 personnes qui se sont rendues à l’usine pour la visiter l’année dernière, ce qui, à 9 dollars l’entrée par personne, constitue un nouveau revenu significatif.
Mais tandis que son fils pourrait reprendre l’affaire, Shimon reste au coeur de l’usine.
« Il n’a pas peur de faire vivre aux visiteurs des moments difficiles mais lorsqu’il s’agit des shofars, il a véritablement le désir de livrer ses connaissances et son sens de la perfection », a indiqué Hanan Keinan. « Je pense que c’est pour une grande partie en raison de cela que nos shofars sont vraiment les meilleurs ».

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