Le premier pornographe britannique, un des plus beaux films d'amour de l'année, un docu sur Shinning, un comédien prometteur dans un teen movie respectable, des danseurs, Debbouze et l'identité nationale, Superman, sa vie, son oeuvre, Albert Cohen pillé...
Les films à voir (ou pas).
Les films à voir absolument
A Very Englishman, de Michael Winterbottom *****
Pretty Pictures1958, dans un Londres chahuté par les prémices du rock et de la pop, Paul Raymond, un affairiste avisé et tradi, lance les premières revues dansantes, sur le modèle de Pigalle. L'Angleterre conservatrice découvre des créatures de rêve qui se trémoussent dans des salons tamisés mais dans une ambiance toujours chic et bien élevée. Les affaires vont bon train et Paul Raymond se lance dans l'édition ("Men Only", c'est lui). Le roi de Soho est désormais un homme public, il amasse les livres sterling par millions, lance sa fille dans le business et, en 1992, devient l'homme le plus riche du Royaume. En s'intéressant à ce parcours pour le moins atypique, Michael Winterbottom dresse avec élégance le portait d'une Angleterre toujours divisée entre l'audace de la modernité et les valeurs chrétiennes fondatrices. Cette ambiguïté, le touche-à-tout Steve Coogan l'incarne à la perfection et prouve qu'on peut incarner le summum de la distinction (être un père aimant et dévoué, rouler en Rolls, faire décorer son appart par Ringo Starr, porter les costumes les plus chics et maîtriser le verbe de la haute) tout en sniffant de la coke à gogo. La mise en scène est à l'image du héros, gracieuse et efficace, sans fioritures, donnant la part belle aux différentes et complexes relations de Raymond (notamment avec sa fille, interprétée par Imogen Poots, une révélation). Le retour de Michael Winterbottom en grande forme. MD
Les Beaux Jours, de Marion Vernoux *****
Le PacteCaroline, la soixantaine, abandonne son métier de dentiste et entame sa retraite. Autour d’elle, la vie suit son cours, affreusement régulier. Son époux continue de collectionner les bons vins et d’inviter les amis à la maison. Ses deux grandes filles font preuve de leur affection molle de toujours et, signe de leur bonne volonté, lui offrent un abonnement au club de retraités du coin. Caroline s’y rend, en traînant les pieds. Elle ne le regrettera pas. Sur place, elle rencontre Julien, un jeune prof d’informatique au capital de séduction conséquent. Entre la sexagénaire menacée par la dépression et le Don Juan un brin fatigué de lui-même, une sorte de coup de foudre impose ses lois déstabilisantes. Tumulte des corps et des âmes. Aucun des deux n’est dupe concernant la durée de l’idylle, mais aucun ne refuse cet amour majuscule qui dézingue tout sur son passage : les convenances, les habitudes, les certitudes… Au plus près de ses beaux personnages, Marion Vernoux signe un film enragé et subtil sur le refus d’abdiquer et le combat contre l’inexorable passage du temps. Dans ce bouleversant précipité où l’humour, l’émotion et la cruauté sont indissociables, les acteurs se hissent au niveau, donc très haut. Au côté de Fanny Ardant, dans son meilleur rôle depuis La femme d’à côté de Truffaut, Laurent Lafitte et Patrick Chesnais accomplissent également des miracles. Résultat : le plus beau film d’amour de l’année, ex aequo avec Le temps de l’aventure, de Jérôme Bonnell et La vie d’Adèle.ODB
Le film à voir
Room 237, de Rodney Ascher ****
Wild Bunch DistributionContrairement à ce que l’on dit, Rodney Ascher n’a pas signé un documentaire sur le film Shining. Il en a organisé la visite. Parce qu’il est entièrement monté à partir d’images d’archives, gracieusement prêtées par la Warner, Room 237 est enfermé dans l’esthétique du long-métrage de Stanley Kubrick, au point que l’on a parfois l’impression de pouvoir toucher du doigt le papier peint, les boiseries et cette satanée moquette qui déroule à l’infini son motif orange et marron. Comme des touristes en guoguette, on avance dans cet hôtel qui semble pris dans les glaces du temps. Bien sûr, il est hanté par des fantômes : Jack, Wendy et Danny ; Lloyd, le barman et les petites jumelles ; mais aussi tous les critiques qui ont été fascinés par ce chef d’œuvre du genre horrifique. À mesure que Ascher traverse le hall, les couloirs et les chambres emprunts d’une froideur sans pareil, les voix-off s’élèvent et évoquent leurs souvenirs et leurs analyses, d’une scène ou d’un objet. Dans tous les sens du terme, les interviewés sont des esprits qui nous racontent Shining à leur manière et leurs propos sont souvent tout bonnement incroyables. Room 237 frise la démence puisqu’il montre aussi le délire obsessionnel que cet objet a provoqué. Cela donne envie de voir et revoir The Shining. AS
Les films à voir, à la rigueur
Struck, de Brian Dannelly ***
EurozoomLe teen movie a le vent en poupe aux US. Depuis la mort de John Hughes, on cherche désespérément celui qui captera sur 70 minutes la génération 2010. Après le décevant Hit Girls, qui donnait des coups de coudes un peu trop appuyés àBreakfast Club, c'est l'acteur deGlee Chris Colfer qui tente sa chance. Avec son premier scénario, Struck, et son premier grand rôle dans un film, il s'en sort plutôt bien. Le film suit les aventures d'un loser qui rêve de devenir journaliste et d'écrire pour le prestigieux New Yorker. Et c'est bien tout ce qu'il a : sa mère est une plaie, il n'a pas d'amis, tout son lycée le déteste. Il poursuit donc son rêve sans relâche. Et pour augmenter ses chances d'entrer dans l'université de son choix, il doit monter un magazine littéraire, auquel personne ne veut participer. Il décide alors de faire du chantage aux élèves populaires de son lycée pour les forcer à y contribuer. Classique dans la forme, mais plutôt impertinent sur le fond, Struck est une bonne surprise portée par Rebel Wilson (Mes meilleures amies, Hit Girls), second rôle de choix. On tient peut-être en Chris Colfer, avec son visage poupon et hautain, la voix d'une génération, particulièrement paumée. PLG
5 Danses, d'Alan Brown ***
Optimale5 Danses est un petit film intimiste, réalisé par Alan Brown et financé en partie par des internautes, qui se déroule dans un cocon, entre une salle de danse de Soho et un petit appartement de Brooklyn. Tout y est délicat et suggéré, comme les pas de danses que Brown filme avec patience et minutie, et l'histoire d'amour naissante entre deux danseurs qu'il évoque élégamment. On y suit les aventures de Chip, danseur doué mais fauché, venu vivre son rêve à New York, quitte à dormir sous les ponts. Il va y rencontrer une troupe dont chaque membre se bat contre ses problèmes. Les cinq rôles sont interprétés par des danseurs sans aucune expérience dans la comédie, ce qui donne à leur jeu une physicalité et un naturel un peu gêné dont le scénario minimaliste avait besoin. Une belle découverte pour les amateurs de danse contemporaine. Et même les autres. PLG
Né quelque part, de Mohamed Hamidi ***
Mars DistributionFarid, Français de nationalité, n’a jamais mis les pieds en Algérie, le pays de sa famille et il ne trouve aucune raison de s’en plaindre. La maladie de son père l’oblige toutefois à prendre l’avion, histoire de sauver la maison familiale, menacée de destruction par les autorités locales corrompues. Une fois débarqué au bled, Farid rencontre plusieurs personnages, dont une jeune femme qui le touche en plein cœur et un cousin farfelu (Jamel Debbouze) qui s’empresse de lui piquer ses papiers pour enfin découvrir la France dont il rêve. Mohamed Hamidi a la bonne idée de trousser une fiction énergique et modeste qui préfère toujours ses personnages à la théorie et n’oublie jamais en chemin l’humour et l’impertinence. Au final, un « petit » film bien senti, qui en dit beaucoup plus long sur l’« identité nationale » que la plupart des documentaires bourratifs consacrés au douloureux sujet. ODB
Les films à éviter
Man of Steel, de Zack Snyder **
Warner Bros.Après le plantage de Superman Returns,l'équipe de Man of Steel a compris que le journaliste kryptonien Clark Kent ne peut continuer à déchirer sa veste dans l’ascenseur du Daily Planet pour aller sauver le monde. Christopher Nolan (ici producteur) remet les compteurs à zéro et la première partie reprend donc le récit depuis la naissance de Clark Kent, avant qu’il ne soit envoyé sur Terre par ses parents, jusqu’à l’implosion de la planète. Du space opera qui permet de faire les présentations. Dans le rôle du méchant Général Zod, Michael Shannon prouve qu’il peut être payé trente fois plus que son salaire habituel sans rien changer de son jeu. Une ellipse et une vingtaine d’années plus tard, le bébé envoyé sur Terre est devenu un grand gaillard (Henry Cavill) élevé par des fermiers du Kansas. Nolan et son scénariste David S. Goyer s’évertuent alors à montrer en flash-back la difficulté pour un enfant pas comme les autres de trouver sa place dans le monde tandis que le grand Clark part à la recherche de ses origines et finit par accepter le rôle de Messie qui lui incombe. Derrière la caméra, le réalisateur bourrin Zack Snyder (Watchmen, 300) peut ainsi s’éclater avec les superpouvoirs des effets spéciaux et de la 3D. Les combats entre Superman et le Général Zod sont interminables puisque les deux indestructibles traversent dix immeubles et explosent trois stations service à chaque coup de poing. C’est l’inconvénient avec les Kryptoniens. ES
Belle du Seigneur, de Glenio Bonder *
Océan Films DistributionN’y allons pas par quatre chemins : tous ceux qui ont aimé le roman détesteront le film. Quant aux autres, ils bailleront, au mieux. 1935. Genève. Solal, fonctionnaire à la Société des Nations, tente d’alarmer ses contemporains diplomates concernant les périls fascistes de l’époque. En vain. Parallèlement, il rencontre la belle Ariane, l’épouse de l’un de ses collaborateurs. Cette dernière ne tarde pas à céder au charme déroutant de Solal, un type qui ne ressemble à aucun autre. Les deux amants entament leur histoire, pour le meilleur et pour le pire. Dans cette accablante et poussive adaptation, Glenio Bonder - ex-diplomate et réalisateur de pubs, décédé en 2011, alors que le film était en post production - sombre dans tous les pièges de la reconstitution internationale en costumes. Dialogues sur- signifiants, scénario poids lourd, musique tonitruante, acteurs à côté de leurs pompes (les décoratifs Jonathan Rhys Meyers et Natalia Vodianova) : le film déroule mécaniquement ses scènes sur fond d’apparats luxueux et ne fait qu’illustrer avec maladresse les mots et intentions de Cohen. A oublier de toute urgence. ODB
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